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Chapitre 1
Le froid. C'est la dernière chose que j'ai sentie. Un froid qui n'avait rien à voir avec l'hiver parisien, un froid qui venait de l'intérieur, qui gelait mon sang et arrêtait mon cœur. J'étais allongée sur le sol rugueux d'une ruelle sombre, l'odeur des poubelles et de la pluie se mélangeant à celle de mon propre sang. Mes agresseurs étaient partis, leurs insultes résonnant encore dans ma tête, des mots aussi tranchants que les coups que j'avais reçus. "Salope", "honte de ta famille".
Le visage de mes parents m'est apparu. Des professeurs respectés, des modèles de droiture, anéantis par le scandale que j'avais déclenché. Leurs yeux remplis de désespoir avant qu'ils ne commettent l'irréparable. Leur suicide était ma faute. Tout était de ma faute. La vidéo, les mensonges, leur mort. Mes paupières étaient lourdes, si lourdes. J'ai essayé de murmurer un dernier pardon, mais aucun son n'est sorti. Puis, plus rien. Le noir complet.
…
Une lumière vive m'a aveuglée. Une voix familière, pleine de colère, a percé le silence.
"Claire, tu m'écoutes ? Je te parle ! C'est à cause de ton père encore, n'est-ce pas ? Il ne m'a jamais apprécié, il pense que je ne suis pas assez bien pour sa précieuse fille !"
J'ai ouvert les yeux, confuse. J'étais assise sur le canapé de notre appartement. Notre appartement. Celui de Marc et moi. Marc se tenait devant moi, le visage crispé par la frustration. Il portait la même chemise bleue que… que le jour de la dispute. La dispute qui avait tout commencé.
"Quoi ?" ai-je réussi à articuler, ma gorge sèche.
"Ne fais pas l'innocente," a-t-il craché. "On vient de se disputer, tu as oublié ? Tu as défendu ton père, comme toujours. Tu as dit que tu avais besoin de prendre l'air, que tu allais passer la nuit à l'hôtel pour réfléchir."
L'hôtel. Ce mot a fait l'effet d'un coup de poignard. L'hôtel de luxe, la nuit fatidique, le début de la fin. Mon corps s'est mis à trembler de façon incontrôlable. Ce n'était pas possible. C'était un rêve, un cauchemar. J'ai regardé mes mains. Pas de sang, pas de blessures. J'ai touché mon visage. Intact.
J'étais revenue. J'étais revenue au jour de la dispute.
La panique a laissé place à une détermination glaciale. Je ne laisserais pas l'histoire se répéter. Pas cette fois.
J'ai levé les yeux vers Marc, qui me regardait, déconcerté par mon silence.
"Non," ai-je dit, ma voix plus ferme que je ne l'aurais cru.
"Non quoi ?"
"Je ne vais pas à l'hôtel," ai-je déclaré. "Je ne vais nulle part. Je rentre chez mes parents."
Le visage de Marc a changé, passant de la colère à l'incrédulité, puis à une sorte de soulagement prudent. Il pensait que j'avais cédé, que j'étais revenue à la raison.
"D'accord," a-t-il dit, plus doucement. "D'accord, c'est une bonne idée. Va te reposer. On en reparlera demain, quand on sera tous les deux plus calmes."
Il s'est approché pour me prendre dans ses bras, mais j'ai reculé instinctivement. Son contact, qui m'avait autrefois rassurée, me brûlait maintenant. Il ne m'avait pas crue. Dans ma vie précédente, quand le monde entier s'était retourné contre moi, il avait été le premier à me juger, à me condamner. Son manque de confiance avait été le premier clou de mon cercueil.
J'ai pris mon sac et mes clés, sans un mot de plus. Je ne pouvais pas lui expliquer. Il ne comprendrait pas.
"Claire ? Attends !"
Je n'ai pas écouté. J'ai descendu les escaliers quatre à quatre, mon cœur battant à tout rompre, un mélange de peur et d'un espoir fragile. Dehors, l'air frais de Paris m'a fouetté le visage. J'ai hélé un taxi, donnant l'adresse de mes parents.
Le trajet m'a paru une éternité. Chaque feu rouge, chaque rue familière était un rappel de ce que j'avais perdu. En arrivant devant leur immeuble, j'ai hésité. J'avais si peur. Peur que tout recommence, que malgré ma décision, le destin trouve un autre moyen de me frapper.
J'ai sonné. La porte s'est ouverte sur le visage inquiet de ma mère.
"Claire ? Ma chérie, que se passe-t-il ? Marc nous a appelés, il avait l'air paniqué."
Mon père est apparu derrière elle, ses lunettes sur le bout de son nez, un livre à la main. En les voyant, vivants, inquiets pour moi, les larmes que je retenais depuis mon réveil ont finalement coulé. Je me suis jetée dans les bras de ma mère, sanglotant.
"Je suis désolée," ai-je murmuré encore et encore. "Je suis tellement désolée."
"Mais de quoi, mon trésor ?" a demandé mon père, posant une main réconfortante sur mon épaule.
Ils ne pouvaient pas comprendre. Pas encore. Mais en les serrant contre moi, en sentant la chaleur de leur présence, j'ai fait un serment silencieux. Cette fois, je les protégerai. Je découvrirai qui m'a fait ça, qui a voulu détruire notre famille. Et je ne laisserai personne, pas même le destin, me les enlever à nouveau. Je me vengerai.
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