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Chapitre 2

Je suis rentrée à la maison, le visage fermé. J'avais simulé une crise de panique juste avant d'entrer dans la salle d'examen, forçant ma mère à me ramener. Le trajet en voiture avait été un silence de plomb, plus lourd que n'importe quel reproche.

Mon père n'était pas encore là. Ma mère m'a jetée dans le salon comme un paquet encombrant.

« Je suis déçue, Jeanne. Terriblement déçue. »

Elle a tourné les talons et est partie vers la cuisine, me laissant seule avec le poids de ma décision. Mes yeux se sont posés sur la petite étagère près de la cheminée.

Là, il y avait la boîte à musique.

Une simple boîte en bois sombre que Luc avait sculptée pour moi quand j'avais treize ans. C'était notre trésor. Quand on l'ouvrait, elle jouait une mélodie simple, une berceuse qu'il avait composée. C'était le symbole de notre lien, de notre monde secret, loin de l'ambition froide de nos parents.

Je me suis approchée et je l'ai prise dans mes mains. Le bois était doux, familier. Je l'ai ouverte. La petite mélodie fragile s'est élevée dans le silence du salon.

Un son de pas précipités m'a fait sursauter. Ma mère est revenue de la cuisine, son visage déformé par une rage que je ne lui avais jamais vue.

« Qu'est-ce que tu fais avec ça ? »

Avant que je puisse répondre, elle m'a arraché la boîte des mains.

« Je t'ai dit mille fois de jeter cette horreur ! »

Et là, sous mes yeux, elle a levé la boîte au-dessus de sa tête et l'a fracassée sur le carrelage.

Le bois a éclaté en morceaux. Le mécanisme a rendu un dernier son dissonant avant de se taire pour toujours.

Je suis restée bouche bée, le souffle coupé. Ce n'était pas de la colère. C'était de la haine pure, une violence disproportionnée pour un si petit objet.

J'ai regardé ma mère, et pour la première fois, j'ai eu peur d'elle. Vraiment peur.

Puis, aussi soudainement que la rage était venue, elle a disparu. Son visage s'est adouci. Un sourire tordu est apparu sur ses lèvres. Elle s'est accroupie pour ramasser les débris, comme si de rien n'était.

« Oh, ma chérie, je suis tellement désolée. La tension... Le stress de ce concours... Je ne sais pas ce qui m'a pris. Pardonne-moi. »

Sa voix était mielleuse, fausse. Elle essayait de me prendre dans ses bras, mais je me suis reculée instinctivement. C'est à ce moment-là que je l'ai vu.

Alors qu'elle se penchait, ses cheveux ont glissé, dévoilant la peau derrière son oreille droite.

Il y avait une fine cicatrice blanche, longue de quelques centimètres.

Mon sang s'est glacé.

Ma mère n'a pas de cicatrice derrière l'oreille.

Je suis sa fille. Je l'ai dessinée des centaines de fois. Je connais chaque ligne de son visage, chaque grain de beauté sur sa peau. Cette cicatrice n'existait pas.

Je l'ai regardée, mais je ne voyais plus ma mère. Je voyais une étrangère. Une actrice qui portait son visage comme un masque.

Qui était-elle ?

Ma voix est sortie en un murmure tremblant.

« Cette cicatrice... depuis quand tu as ça ? »

Elle s'est figée, la main encore pleine de débris de bois. Son sourire a vacillé.

« Quelle cicatrice ? Ma chérie, tu racontes n'importe quoi. Le choc t'a sans doute perturbée. »

Elle a essayé de rire, mais le son était creux. Elle a rapidement rajusté ses cheveux pour cacher la marque.

« Non, » ai-je insisté, le cœur battant dans ma gorge. « Je l'ai vue. Derrière ton oreille. Tu n'as jamais eu de cicatrice là. »

Son visage s'est durci de nouveau. La fausse douceur a laissé place à une froide irritation.

« Ça suffit, Jeanne. Tu deviens paranoïaque. C'est à cause de l'influence de ton frère. Il a toujours été doué pour te remplir la tête de sottises. »

Elle s'est levée, jetant les restes de la boîte à musique dans la cheminée.

« Oublie cette boîte. Oublie ton frère. Il faut que tu te reposes. Demain, tout ira mieux. »

Elle parlait comme à une enfant, ou à une folle. Elle essayait de nier l'évidence, de me faire douter de mes propres yeux.

J'ai compris à cet instant que je devais faire semblant. Si cette femme n'était pas ma mère, alors j'étais en danger. Un danger bien plus grand que de rater un concours.

J'ai baissé les yeux, feignant la soumission.

« Tu as raison. Je suis fatiguée. Je vais monter me coucher. »

J'ai tourné le dos et je suis montée lentement à l'étage, sentant son regard pesant sur moi à chaque marche. Une fois dans ma chambre, j'ai verrouillé la porte.

Mon monde venait de s'effondrer. Ma mère n'était pas ma mère. Et Luc m'avait prévenue.

« C'est une question de vie ou de mort. »

Maintenant, je comprenais pourquoi.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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