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Chapitre 1

Le bus de nuit crachait Amélie Dubois sur le pavé froid de Strasbourg, l'air de l'aube était coupant.

Elle serrait son unique sac élimé contre elle, un maigre rempart contre le vent et la peur.

Ses vêtements étaient minces, usés, inadaptés à la morsure de l'hiver alsacien qui s'annonçait.

Strasbourg, sa ville, autrefois promesse d'avenir, aujourd'hui synonyme de cauchemar.

Elle revenait, non par choix, mais par un appel désespéré de Madame Annette, l'aide-soignante.

Madame Hélène Marchal, la grand-mère de Léo, la seule personne qui lui avait montré une once de bonté dans cette famille, était au plus mal.

Elle voulait revoir Amélie une dernière fois.

Amélie avait hésité, la peur au ventre, les créanciers la traquaient comme une bête.

Mais l'image de Madame Marchal, douce et ridée, l'avait emporté sur la terreur.

Elle marcha vers la demeure des Marchal, chaque pas ravivant des souvenirs amers.

Le portail monumental se dressait devant elle, arrogant, comme pour lui rappeler sa déchéance.

Elle sonna, la main tremblante.

La porte s'ouvrit sur Thomas, le chef de cabinet de Léo, son ami d'enfance.

Son visage se figea en la voyant.

"Amélie ? Qu'est-ce que tu fais là ?"

Sa voix était neutre, mais ses yeux la dévisageaient sans aménité.

"Madame Annette m'a appelée, pour Madame Marchal."

Thomas hésita, puis s'écarta. "Entre."

L'intérieur était opulent, silencieux, écrasant. Chaque meuble, chaque tableau criait la richesse et le pouvoir des Marchal.

Une richesse qui avait autrefois côtoyé la sienne, avant la faillite, avant la honte.

Elle entendit des pas.

Léo Marchal apparut en haut de l'escalier monumental.

Grand, impeccablement vêtu, il descendait lentement, chaque marche accentuant sa domination.

Son regard tomba sur Amélie, et un masque de glace recouvrit ses traits.

Il ne dit rien, s'arrêtant à quelques mètres.

Le silence était lourd, hostile.

Amélie sentit le rouge lui monter aux joues, la honte de sa mise misérable face à son élégance.

"Que fais-tu ici ?"

La voix de Léo était tranchante, dépourvue de toute chaleur.

Pas un "bonjour", pas une once de surprise feinte. Juste du mépris pur.

"Ta grand-mère... Madame Annette a dit qu'elle voulait me voir."

"Ma grand-mère est très malade, elle divague. Elle ne sait pas ce qu'elle dit."

Chaque mot était un coup.

Derrière Léo, une silhouette féminine apparut, Sophie de Courcy, sa fiancée.

Belle, souriante, mais d'un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.

Elle portait une robe élégante, et à son doigt brillait un saphir ancien, la bague de fiançailles des Marchal.

Un symbole de tout ce qu'Amélie avait perdu, de tout ce qu'on lui avait arraché.

Sophie s'approcha de Léo, posa une main faussement douce sur son bras.

"Léo, chéri, qui est-ce ?" Sa voix était sucrée, presque enfantine.

Léo ne la quitta pas des yeux Amélie.

"Personne d'important. Une ancienne employée du domaine de mes grands-parents."

Ancienne employée. Leur amour de jeunesse, leurs rêves, réduits à ça.

Amélie sentit son cœur se serrer, mais elle garda la tête haute.

Elle était habituée à l'humiliation.

"Elle prétend que ma grand-mère l'a fait venir," continua Léo, son ton accusateur.

"Je ne prétends rien, Léo. C'est la vérité."

Sophie la regarda de haut en bas, un petit sourire narquois aux lèvres.

"Pauvre petite chose. Tu as l'air d'avoir besoin d'un bon repas et de vêtements propres."

L'humiliation était publique, calculée.

Amélie serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes.

"Je suis venue pour Madame Marchal. Si elle ne peut pas me voir, je repartirai."

Léo eut un rictus. "Tu crois que c'est si simple ? Tu apparais comme ça, après tout ce temps, et tu t'attends à quoi ?"

Il s'avança vers elle, menaçant.

"Tu es venue pour l'argent, n'est-ce pas ? Comme toujours."

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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