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Chapitre 2

Léo la détaillait, son regard s'attardant sur ses cheveux ternes, son visage creusé par la fatigue et la faim, ses vêtements usés jusqu'à la corde.

Il n'y avait aucune pitié dans ses yeux, seulement un dégoût froid.

"Tu as vraiment touché le fond, Amélie."

Ses mots étaient comme des gifles.

"On dirait que la vie ne t'a pas épargnée."

Sophie gloussa doucement à côté de lui, savourant la scène.

Amélie ne répondit pas, fixant un point derrière Léo.

Elle ne lui donnerait pas la satisfaction de la voir s'effondrer.

"Ma grand-mère est dans sa chambre, Annette est avec elle," dit Léo, sa voix toujours aussi dure. "Tu peux la voir, mais très brièvement. Et ensuite, tu disparaîs."

Il la toisait. "Je ne veux plus jamais te revoir ici."

"Je comprends," murmura Amélie, la gorge nouée.

Elle n'était qu'une nuisance, une ombre du passé qu'il voulait effacer.

"Et ne t'avise pas de lui demander quoi que ce soit. Pas un centime."

Amélie releva la tête, son regard croisant le sien.

"Je ne suis pas venue pour l'argent, Léo."

"C'est ce qu'elles disent toutes," répliqua-t-il avec un sourire cynique.

Il fit un geste impatient à Thomas. "Conduis-la à la chambre de ma grand-mère. Et surveille-la."

Thomas acquiesça, le visage fermé.

Amélie le suivit, sentant le regard brûlant de Léo et le sourire satisfait de Sophie dans son dos.

Le couloir était long, les portraits d'ancêtres Marchal la fixaient avec sévérité.

Elle se sentait comme une intruse, une souillure dans ce temple de la richesse.

Devant une porte, Thomas s'arrêta.

"Madame Marchal est très faible. Ne la fatiguez pas."

Amélie hocha la tête, le cœur battant.

Elle entra doucement.

La pièce était sombre, les rideaux tirés. Madame Hélène Marchal était allongée dans un grand lit, petite et fragile.

Madame Annette, l'aide-soignante, se leva d'une chaise.

"Amélie... vous êtes venue." Son visage exprimait un soulagement sincère.

Amélie s'approcha du lit.

Les yeux de Madame Marchal s'ouvrirent lentement. Un faible sourire éclaira son visage parcheminé.

"Amélie... ma petite Amélie..." Sa voix était un souffle.

Amélie prit sa main fine et sèche.

"Je suis là, Madame Marchal."

"Je savais... que tu viendrais..."

Les larmes montèrent aux yeux d'Amélie. C'était la seule personne qui semblait encore se soucier d'elle.

Elles parlèrent peu, Madame Marchal était trop faible. Mais ses yeux brillaient d'une tendresse qui réchauffa le cœur glacé d'Amélie.

Un instant de paix, fragile et précieux.

Puis, la porte s'ouvrit brusquement.

Léo se tenait sur le seuil, le visage dur.

"C'est assez. Tu dois partir maintenant."

Il n'avait même pas regardé sa grand-mère.

Madame Marchal serra faiblement la main d'Amélie. "Ne... ne pars pas..."

"Elle a besoin de repos," dit Léo, sa voix ne tolérant aucune discussion.

Amélie se pencha et embrassa le front de la vieille dame.

"Je reviendrai si je peux, Madame." Un mensonge, elle le savait.

Elle se redressa, évitant le regard de Léo.

En sortant, elle croisa Sophie dans le couloir.

Celle-ci examinait ses ongles, un air d'ennui affecté.

"Alors, les adieux sont faits ? J'espère que tu ne comptes pas t'incruster."

Amélie passa sans un mot.

Elle récupéra son sac sous le regard de Thomas.

Léo l'attendait près de la porte d'entrée.

"Je veux que tu sois claire sur une chose," dit-il, sa voix basse et menaçante. "Notre passé est mort et enterré. Tu n'es rien pour moi, rien pour cette famille, à part un mauvais souvenir."

Amélie encaissa, le visage impassible.

"Je suis ici uniquement parce que ma grand-mère, dans son délire, a demandé à te voir. C'est la seule raison."

"Je ne te dois rien. Tu ne me dois rien. Nous sommes des étrangers."

Elle le regarda enfin dans les yeux.

"J'ai compris, Léo. Parfaitement compris."

Sa résignation sembla l'irriter davantage.

"Bien. Alors, maintenant, va-t'en."

Il lui ouvrit la porte, un geste de congédiement brutal.

Dehors, le vent froid lui cingla le visage.

Elle était de nouveau seule, avec ses dettes, ses peurs, et le poids de ce mépris.

Elle avait besoin d'un endroit où dormir, d'un travail, n'importe quoi.

Elle commença à marcher, sans but précis, dans les rues de Strasbourg.

Elle devait survivre. Encore une fois.

Elle pensa à la cicatrice cachée sous ses vêtements, sur son abdomen.

Un stigmate de l'enfer qu'elle avait traversé pour éponger une partie des dettes de son père.

Une "intervention" clandestine à l'étranger, orchestrée par ses créanciers.

Personne ne devait savoir. Surtout pas Léo.

Il la méprisait déjà assez.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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