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Chapitre 1
Mon téléphone a vibré violemment sur la paillasse de la cuisine de l'école. Je pétrissais une pâte à choux, concentré. L'écran affichait "Éloïse". Mon cœur a fait un bond.
« Antoine ! Au secours ! Viens vite, je t'en prie ! »
Sa voix était paniquée, entrecoupée de sanglots.
« Éloïse ? Qu'est-ce qui se passe ? Où es-tu ? »
« L'atelier de joaillerie… rue de la Paix… Un homme… il m'a menacée… J'ai peur… »
Elle a raccroché.
La panique m'a envahi. J'ai arraché mon tablier, bousculé mon camarade.
« Urgent, je dois y aller ! »
J'ai couru hors de l'école, hélé un taxi. Chaque seconde était une torture. Éloïse. En danger. Je devais la sauver. J'avais promis de toujours la protéger. C'était la fille la plus merveilleuse, la plus éblouissante de Paris. Mon amour pour elle était immense, infini. J'aurais donné ma vie pour elle. Le taxi n'allait pas assez vite. Je lui ai crié de se dépêcher. J'imaginais le pire. Un type horrible, la menaçant. Je serrais les poings. J'allais le démolir.
Le taxi m'a déposé en crissant des pneus. J'ai jeté un billet au chauffeur et j'ai sprinté vers l'adresse indiquée. Une boutique de luxe, vitrine étincelante.
J'ai poussé la porte lourdement.
Et je l'ai vue.
Éloïse.
Elle riait aux éclats, un verre de champagne à la main. À côté d'elle, ses amies, Victoire et Adélaïde, pouffaient de rire. Elles me regardaient, amusées.
Pas de menace. Pas de danger. Juste elles, et leur cruauté.
« Oh, Antoine, tu es venu si vite ! » a dit Éloïse, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.
« Tu es vraiment trop mignon quand tu t'inquiètes. »
Victoire a ajouté : « On se demandait combien de temps tu mettrais. Tu as battu notre record. »
Le choc m'a cloué sur place. Ma respiration s'est bloquée. La panique s'est transformée en une douleur sourde dans ma poitrine. C'était une blague ? Une autre de leurs "farces" ?
J'ai regardé Éloïse, cherchant une explication, une trace de remords. Rien. Juste ce regard froid, amusé.
« Pourquoi ? » ai-je réussi à articuler. Ma voix était rauque.
« Pourquoi ? » a répété Éloïse, comme si la question était stupide. « Pour Charles-Henri, idiot. »
Charles-Henri de Villedieu. Son ami d'enfance. Mon rival pour la bourse d'études à Paris. Il prétendait que j'avais triché pour gagner. Éloïse le croyait. Elle voulait le venger.
« Il n'a jamais accepté de perdre contre un petit provincial comme toi, » a continué Éloïse, sa voix pleine de mépris. « Et moi, je n'accepte pas qu'on fasse du mal à Charles-Henri. »
Ses mots étaient comme des coups. Chaque syllabe me blessait. Mon amour pour elle… C'était donc ça ? Une comédie ? Un instrument de vengeance ?
J'étais un pion dans son jeu cruel. Mes sentiments, mes sacrifices, tout ça n'était qu'une vaste blague pour elle.
« Tu as vraiment cru que je pouvais aimer quelqu'un comme toi ? Un petit pâtissier sans nom, venu de Lyon ? » Elle a ri, un rire cristallin et cruel. « Tu es tellement naïf, Antoine. C'est presque touchant. »
Je me sentais vide. Humilié. Un idiot. Oui, j'étais un idiot. Un idiot amoureux.
La douleur était insupportable. Une vague de nausée m'a submergé. Il fallait que je sorte d'ici. Loin d'elle, loin de ses rires.
Je me suis retourné, chancelant.
« Oh, ne pars pas si vite, Antoine, » a lancé Adélaïde. « La fête ne fait que commencer. On a encore 98 autres surprises pour toi ! »
98 autres…
J'ai claqué la porte derrière moi. J'ai couru, sans savoir où j'allais. Les larmes brûlaient mes yeux, brouillaient ma vue. Le son de leurs rires résonnait dans ma tête. Une blague. Ma vie à Paris, mon amour pour Éloïse, tout était une blague.
Je me suis effondré sur un banc, le souffle court. J'avais mal. Partout. Mon cœur était en miettes.
Je ne pouvais plus rester à Paris. Je ne pouvais plus la voir.
J'ai appelé mes parents. Ma mère a décroché, sa voix douce et inquiète.
« Antoine ? Ça ne va pas, mon chéri ? »
« Maman… » Ma voix s'est brisée. « Je… je veux rentrer. Ou partir. Loin. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Éloïse… ? »
« C'est fini, Maman. Tout est fini. Elle… elle ne m'a jamais aimé. C'était une vengeance. »
J'ai tout raconté, entre deux sanglots. Mon père a pris le téléphone. Sa voix était grave, mais pleine de soutien.
« Écoute, fiston. Si tu veux rentrer, tu rentres. On est là. La Bretagne, c'est toujours d'actualité. Tu pourras te reposer, réfléchir. »
La Bretagne. Loin de Paris. Loin d'Éloïse. L'idée m'a apporté un minuscule soulagement.
« Oui, Papa. Je crois que c'est ce que je vais faire. Je ne peux plus rester ici. »
J'avais cru trouver le bonheur à Paris. J'y avais trouvé l'enfer.
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