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Chapitre 1
Antoine Dubois regardait Éléonore de Valois, sa femme.
Son cœur était lourd.
La montre de son père, son unique héritage précieux, était au centre de leur dispute.
« Éléonore, cette montre… c' est tout ce qui me reste de lui. Pourquoi l' as-tu achetée pour la donner à Julien ? »
Éléonore le regarda froidement, ses yeux brillants d' une lueur qu' Antoine ne reconnaissait plus.
Julien Moreau, le jeune mannequin, son amant, était la cause de tout.
« Antoine, ne sois pas ridicule. C' est juste une montre. Julien l' aimait bien. »
Sa voix était tranchante, sans aucune trace de l' amour qu' elle lui portait autrefois.
La tension emplissait leur appartement luxueux, surplombant Paris.
Antoine sentait la colère monter, mais aussi une profonde tristesse.
Il savait qu' il se battait pour plus qu' un objet. Il se battait pour un souvenir, pour sa dignité.
Plus tard cette semaine-là, Éléonore conduisit Antoine en banlieue parisienne.
Ils arrivèrent devant un parc d' attractions désaffecté.
L' endroit était sinistre, les manèges rouillés se dressant comme des squelettes dans la pénombre.
Une grande roue immobile dominait le paysage.
Et là, suspendue à une nacelle, Antoine vit une forme.
Son sang se glaça.
Sa mère. Sa mère comateuse, attachée, flottant dans le vide.
« Éléonore ! Qu' as-tu fait ? » cria-t-il, la voix brisée par l' horreur.
Éléonore sourit, un sourire terrifiant.
« La montre, Antoine. Donne-la à Julien. Prouve-lui ta loyauté. Ou ta mère… elle pourrait tomber. »
La menace était claire, brutale.
Antoine sentit ses jambes flageoler. C' était un cauchemar.
« S' il te plaît, Éléonore, ne fais pas ça. Cette montre… c' est mon père. Chaque tic-tac me rappelle son amour, ses sacrifices. »
Sa voix était un murmure suppliant. Il tendit la main vers elle, espérant toucher une corde sensible.
Mais le visage d' Éléonore resta de marbre.
« Les sentiments de Julien sont plus importants pour moi maintenant. Il veut la montre. Il l' aura. »
Ses mots étaient comme des coups de poignard.
Le désespoir envahit Antoine. Il regarda sa mère, si vulnérable.
Il ne pouvait pas la risquer.
Éléonore sortit un petit boîtier de son sac. La montre de son père.
« Tu as jusqu' à ce que je compte jusqu' à trois pour me dire que tu acceptes que Julien la porte, qu' elle lui appartient. Sinon… »
Elle désigna la nacelle d' un geste théâtral.
« Un… »
Antoine regarda sa mère, puis la montre, puis Éléonore.
« Deux… »
Le cœur d' Antoine battait à tout rompre. La panique le submergeait.
« Je… j' accepte. »
Sa voix était à peine audible.
Éléonore sourit triomphalement.
Puis, elle fit un signe à quelqu' un dans l' ombre.
La nacelle descendit un peu, et un mannequin, habillé comme sa mère, tomba lourdement au sol.
Antoine hurla, croyant au pire.
Éléonore éclata de rire.
« Juste pour te montrer ce qui aurait pu arriver. »
La cruauté de ce geste le laissa anéanti.
Antoine s' effondra sur le sol, le souffle coupé, les larmes coulant sur son visage.
La douleur était insupportable.
Des images de son passé défilèrent dans son esprit.
La faillite de l' entreprise familiale, la ruine.
L' accident de voiture qui avait plongé sa mère dans le coma et tué son père.
Puis, l' arrivée d' Éléonore. Belle, puissante, comme un ange sauveur.
Elle avait payé leurs dettes, couvert les frais médicaux exorbitants.
Elle avait même financé un programme de recherche neurologique de pointe, un mince espoir pour sa mère.
Leur mariage avait été passionné, un tourbillon d' amour et de gratitude de la part d' Antoine.
Il l' avait aimée plus que tout.
Puis, Julien était apparu.
Éléonore l' avait rencontré lors d' un voyage d' affaires à Milan.
Un jeune mannequin, charismatique, manipulateur.
Au début, Antoine n' avait rien vu. Ou plutôt, il n' avait pas voulu voir.
Éléonore avait commencé à changer, devenant distante, irritable.
Les voyages d' affaires se multipliaient.
Les rumeurs avaient commencé à circuler.
Un soir, il l' avait confrontée. Elle avait avoué, sans remords.
« C' est juste un divertissement passager, Antoine. Tu dois être généreux, compréhensif. »
Généreux ? Compréhensif ?
Son monde s' était écroulé. La trahison le rongeait.
Il avait voulu partir, la quitter.
Mais comment ? Sa mère dépendait entièrement des soins financés par Éléonore.
Il était piégé.
Le mince espoir pour sa mère était sa plus grande vulnérabilité, et Éléonore le savait.
Éléonore s' approcha de lui, toujours avec ce sourire satisfait.
« Tu vois, Antoine, je contrôle tout. Ta mère, ta vie. Tu ne peux pas me quitter. »
Sa voix était douce, presque mielleuse, ce qui la rendait encore plus menaçante.
Antoine se sentait pris au piège, impuissant.
L' espoir pour sa mère, cet infime fil auquel il se raccrochait, était aussi la chaîne qui le liait à cette femme cruelle.
Il ne pouvait pas abandonner sa mère. Il ne le ferait jamais.
Mais vivre ainsi… c' était une torture.
Le mannequin gisait sur le sol, une imitation grotesque de sa mère.
Éléonore le regarda, puis reporta son attention sur Antoine.
« C' était une simulation, mon cher. Pour te faire comprendre la situation. »
Son ton était léger, presque amusé.
« Ta mère est en sécurité, pour l' instant. Tant que tu te comportes bien. »
Elle s' accroupit devant lui, lui tapotant la joue.
« N' oublie jamais qui tient les rênes. Un seul faux pas, et la prochaine fois, ce ne sera pas un mannequin. »
L' avertissement était glaçant. L' humiliation, totale.
Antoine sentit une rage froide monter en lui.
Cette humiliation était la goutte d' eau.
Il ne pouvait plus vivre comme ça.
Il devait trouver un moyen de s' échapper, de sauver sa mère, de se venger.
Mais comment ? Éléonore était trop puissante, trop bien protégée.
Alors une idée folle germa dans son esprit.
Une fausse mort. Disparaître. Recommencer ailleurs.
C' était risqué, presque impossible.
Mais c' était sa seule chance.
Il pensa à Sophie Chevalier, son ancienne camarade d' université.
Ingénieure brillante, intègre. Elle travaillait sur un projet gouvernemental confidentiel.
Elle lui avait parlé un jour d' un programme spécial, pour des personnes ayant besoin de disparaître pour des raisons de sécurité nationale.
Une "disparition civile".
C' était un espoir ténu, mais c' était un espoir.
Il devait la contacter. Discrètement.
Le plan commença à prendre forme dans son esprit, une lueur de détermination dans ses yeux embués de larmes.
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