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Chapitre 3 Partie 3
Chapitre 3
POV d'Ember
Chaque cauchemar me laissait dans le même état.
Lorsque je revivais cette nuit, mon esprit recommençait inlassablement à imaginer d'autres issues, d'autres décisions, d'autres chemins qui auraient peut-être pu sauver ceux que j'aimais. Je repassais chaque détail, chaque parole, chaque geste, cherchant une erreur à corriger, une seconde à récupérer. Mais la réalité demeurait immuable. Rien ne pouvait être changé. Le passé restait gravé dans ma mémoire comme une blessure ouverte, et chaque réveil me laissait épuisée, vide, avec cette impression de porter un poids impossible à déposer.
Les souvenirs me poursuivaient encore lorsque j'enfilai rapidement mes vêtements.
Je passai mon pantalon noir ajusté, puis tirai le tissu sur mes hanches avant d'attraper mon haut noir à manches longues, que j'enfilai par-dessus mon soutien-gorge. Je me préparais avec des gestes précis, presque automatiques, comme un rituel répété des centaines de fois. La capuche intégrée au vêtement m'était indispensable : elle empêchait mes cheveux de s'accrocher aux branches lorsque je courais dans la forêt.
Je resserrai ensuite mon corset noir autour de ma taille. Il s'arrêtait juste sous ma poitrine et m'offrait un meilleur maintien lorsque je m'entraînais. J'attachai ma ceinture de cuir beige, celle sur laquelle je fixais habituellement mes couteaux. Autour de ma cuisse droite, j'ajustai une sangle spéciale dans laquelle je glissai deux de mes plus grandes lames.
Je passai mon carquois sur mon épaule. La large lanière de cuir traversait mon torse en protégeant légèrement mon épaule droite. J'hésitai un instant devant mes gants noirs, puis décidai de les laisser de côté. Je finissais toujours par les retirer dès que la chaleur de l'effort devenait trop intense.
J'attrapai ensuite mon cache-visage noir, celui qui me servait à dissimuler mes traits, puis j'enfilai mes bottes de combat noires qui montaient jusqu'aux mollets.
Mon arc était appuyé contre le mur, près de la porte.
Je le saisis avant de quitter la cabane.
Un sifflement bref suffit pour appeler Accalia.
Elle surgit aussitôt et me rejoignit tandis que je relevais ma capuche et remontais le tissu sur mon nez.
Je m'entraînais toujours équipée comme si j'allais réellement combattre.
C'était volontaire.
Je voulais être prête quelles que soient les conditions, le terrain ou la météo. Mon corps devait connaître parfaitement chacun de mes mouvements avec cet équipement. Et, il fallait l'admettre, cette tenue avait un autre avantage : elle inspirait la méfiance. Si des humains me croisaient, ils préféreraient probablement garder leurs distances. La capuche et le cache-visage me permettaient également de cacher la déformation qui marquait mon œil droit.
Je me mis à courir.
Au début, mon allure resta modérée tandis que je slalomais entre les arbres, franchissant les troncs tombés et les vieilles souches qui encombraient le sous-bois.
Puis j'accélérai.
Bientôt, je courais à pleine vitesse en direction de la montagne qui dominait la forêt près de ma cabane.
En cinq ans, j'avais appris chaque sentier, chaque rocher, chaque passage caché de cette montagne. Je la connaissais aussi bien que ma propre main.
L'ascension ralentit progressivement mon rythme.
La pente devenait plus raide, mes jambes brûlaient sous l'effort, mais cette sensation m'apaisait. La douleur physique repoussait les pensées qui m'empoisonnaient l'esprit.
Accalia courait à mes côtés avec enthousiasme.
Elle adorait ces longues courses autant que moi.
Nous continuâmes ainsi pendant près de deux heures, ne nous arrêtant que quelques instants pour reprendre notre souffle ou boire l'eau fraîche du ruisseau qui serpentait à flanc de montagne.
Lorsque nous atteignîmes une vaste clairière située à mi-hauteur, je ralentis enfin.
Une falaise dominait toute la vallée.
C'était mon terrain d'entraînement.
Mon refuge.
L'endroit où mon esprit cessait enfin de m'attaquer.
Dès que je commençais à m'exercer, tout disparaissait.
Il ne restait plus que les mouvements, les trajectoires, les enchaînements, les corrections à apporter.
Je n'avais plus le temps de penser.
Je m'épuisais volontairement, espérant qu'un corps brisé finirait par offrir quelques heures de sommeil sans cauchemars.
Cela fonctionnait rarement.
Le principal problème de mon entraînement restait le même.
Je n'avais aucun véritable adversaire.
Je passai les heures suivantes à travailler mon tir à l'arc et mes lancers de couteaux.
Je multipliai les exercices.
Je tirais en courant.
Je roulais au sol avant de décocher une flèche.
Je sautais depuis des rochers.
Je prenais appui sur les troncs d'arbres pour lancer mes couteaux sous des angles improbables.
Je cherchais constamment à rendre mes gestes plus rapides, plus instinctifs.
J'essayai même de convaincre Accalia de m'attaquer.
Comme d'habitude, elle comprit tout de travers.
Au lieu de me charger sérieusement, elle se précipita sur moi pour me renverser et me couvrir de léchouilles.
Je poussai un soupir amusé.
Au moins, elle faisait de son mieux.
Je poursuivis l'entraînement jusqu'à sentir chacun de mes muscles trembler.
Mon adresse était devenue excellente.
Même si je manquais encore d'expérience au corps-à-corps, je pouvais toucher presque n'importe quelle cible.
En fin d'exercice, je pris mon élan depuis un énorme bloc de pierre, bondis dans le vide, pivotai d'environ quatre-vingt-dix degrés et décochai ma dernière flèche.
Elle atteignit le centre de la cible.
Je retombai lourdement.
Mes jambes tremblaient.
Lorsque Accalia et moi entamâmes la descente, la fatigue pesait sur chacun de mes pas.
De retour à la cabane, je retirai ma capuche et mon cache-visage en entrant.
Le tissu était trempé de sueur.
Accalia me dépassa en courant et s'écroula aussitôt sur le canapé avec un profond soupir satisfait.
Je levai les yeux au ciel.
- Louve paresseuse.
Je détachai la sangle de ma cuisse et la lançai sur la table de la cuisine.
Il devait être environ quatorze heures.
Je décidai de préparer notre déjeuner.
En ouvrant mes réserves, je grimaçai.
Il allait bientôt falloir repartir chasser.
La chasse en elle-même ne me dérangeait pas.
C'était le dépeçage qui me rebutait.
Toujours autant de sang.
Toujours autant de travail.
Derrière la cabane, j'avais creusé une petite cave rudimentaire.
J'avais dû descendre jusqu'au sol gelé en permanence afin de conserver les aliments suffisamment longtemps. L'hiver, c'était beaucoup plus simple : la neige faisait office de réfrigérateur naturel.
Je pris deux poissons que j'avais pêchés la veille ainsi que quelques pommes de terre.
Je les fis cuire ensemble.
Je réfléchissais déjà à la prochaine chasse.
Ce soir.
Ou demain à l'aube.
Les cerfs sortiraient brouter.
Avec un peu de chance, je pourrais même tomber sur un ours.
Ils cherchaient à accumuler des réserves avant l'arrivée de l'hiver, qui ne devait plus être qu'à un ou deux mois.
Mon esprit dériva vers la longue liste de tâches qui m'attendaient avant les premières neiges.
Réparer le toit.
Renforcer les réserves.
Préparer le bois.
Entretenir les pièges.
Au moins, cela m'occuperait.
L'après-midi s'écoula entre le jardin et le ruisseau.
Je récoltai des légumes.
Je tentai d'attraper quelques poissons supplémentaires.
Lorsque je terminai, le soleil commençait déjà à décliner.
Il me restait encore une ou deux heures de lumière.
Assez pour me laver dans le ruisseau et préparer le dîner.
Je revenais vers la cabane lorsque je remarquai le changement d'attitude d'Accalia.
Elle s'était immobilisée.
Ses oreilles étaient dressées.
Son regard fixé vers la forêt.
Je m'arrêtai immédiatement.
Je tendis l'oreille.
Rien.
Mes sens humains étaient devenus tellement frustrants.
Autrefois, j'aurais entendu ce qu'elle percevait bien avant elle.
Maintenant, je dépendais d'elle.
Ses poils se hérissèrent tandis qu'un grondement sourd montait de sa poitrine.
- Qu'est-ce qu'il y a, ma belle ?
Je reculai doucement jusqu'à la cabane, attrapai mon arc et mon carquois sans faire de bruit.
Puis je l'entendis.
Des branches qui cassaient.
Des buissons piétinés.
Quelque chose approchait rapidement.
Je tournai la tête dans cette direction.
- Attrapez-le !
Une voix d'homme.
Puis plusieurs autres.
Au moins trois poursuivants.
Sans compter leur cible.
Ils arrivaient depuis la direction de la ville.
Ils atteindraient les limites de mon territoire dans quelques minutes.
Je partis immédiatement en courant.
Je traversai les broussailles à toute vitesse jusqu'à atteindre un ancien sentier qui menait vers la ville.
Les bruits se rapprochaient.
Les hommes faisaient un vacarme digne d'un ours enragé.
- Dépêchez-vous ! Ne le laissez pas atteindre le territoire de la sorcière !
Je ne pus m'empêcher de sourire.
La sorcière.
Les humains avaient toujours eu beaucoup d'imagination lorsqu'il s'agissait de me donner des surnoms.
Certains n'étaient pas totalement faux.
Mais ils n'avaient pas besoin de le savoir.
Je ralentis et me baissai.
Je trouvai un arbre entouré d'un épais couvert végétal, m'agenouillai derrière son tronc et bandai mon arc.
Quelques secondes plus tard, un homme surgit entre les arbres.
Immense.
Musclé.
Il courait aussi vite qu'il le pouvait malgré une forte claudication.
Du sang coulait abondamment sur sa poitrine et le long de sa jambe gauche.
Il ne portait qu'un simple short.
Je n'eus pas le temps de mieux l'observer.
L'un des chasseurs lança un couteau.
L'homme poussa un cri lorsque la lame se planta dans son mollet.
Il s'effondra.
Il tenta encore de ramper.
Mais il était à bout de forces.
Puis tout bascula.
Accalia bondit au-dessus de moi.
Elle atterrit devant l'inconnu, faisant face aux trois hommes qui arrivaient.
Elle baissa la tête.
Ses crocs apparurent.
Son grondement résonna dans toute la forêt.
Je fronçai les sourcils.
Elle n'avait jamais protégé quelqu'un d'autre que moi.
C'était forcément un loup-garou.
Son absence presque totale de vêtements confirmait cette hypothèse.
Les loups reconnaissaient instinctivement les leurs.
- Merde !
Les trois hommes s'arrêtèrent net et levèrent leurs armes.
Ils allaient la tuer.
Pas tant que je respirais.
Je sortis de ma cachette.
Trois flèches étaient déjà encochées sur mon arc.
Je tendis la corde et avançai lentement.
- Ça suffit. Laissez-le tranquille, Travis.
En passant près du blessé, je baissai les yeux vers lui.
Son regard croisa le mien.
Des yeux verts.
Mon souffle se bloqua.
Le temps sembla suspendu.
Puis ses paupières se fermèrent.
Il perdit connaissance.
Non.
Pas maintenant.
Je chassai cette sensation et reportai toute mon attention sur les trois hommes.
J'aurais le temps de m'occuper de lui ensuite.
Je rejoignis Accalia.
- Je ne le répéterai pas, Travis. Quitte mon territoire.
Son visage se durcit.
- Cet homme nous appartient, sorcière. Laisse-nous l'emmener, et nous te laisserons tranquille.
Son regard passait sans cesse de mon arc à Accalia.
Il était nerveux.
Parfait.
Je haussai un sourcil.
- Tu sais très bien de quoi je suis capable, Travis. Ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons. Je vois que tu as reformé une équipe.
Je regardai chacun des nouveaux venus.
Leur confusion était évidente.
- Tu leur as raconté ce qui est arrivé à la précédente ?
Mon sourire s'élargit.
Travis jura entre ses dents.
- De quoi elle parle ? demanda l'un des plus jeunes.
Il paraissait à peine adulte.
Et il avait visiblement peur.
- Tais-toi. Ne l'écoute pas.
Travis fit un pas vers moi.
Accalia bondit aussitôt en avant.
Il s'arrêta.
- Ce n'est pas terminé, sorcière. Nous reviendrons. Tu nous donneras ce que nous voulons...
Il marqua une pause.
- Ou tu mourras.
Il fit signe aux autres.
Ils reculèrent lentement avant de tourner les talons et de disparaître dans la forêt.
Je baissai légèrement mon arc.
Au moins, cette fois, je n'avais pas eu besoin de les tuer.
Travis avait retenu la leçon de notre dernière rencontre.
Je revins vers l'inconnu étendu au sol.
Ses blessures continuaient de saigner abondamment.
Les armes étaient en argent.
Évidemment.
Travis était un chasseur de créatures surnaturelles.
Il savait exactement comment infliger des blessures qui tardaient à guérir.
Je lui donnais une semaine.
Deux tout au plus.
Ensuite, il reviendrait avec davantage d'hommes.
Il me craignait.
Surtout depuis le jour où j'avais éliminé toute son ancienne équipe, pendant qu'il les abandonnait pour sauver sa propre peau.
Je regardai le loup-garou inconscient.
Comment allais-je ramener ce géant jusqu'à ma cabane ?
Je secouai la tête avec incrédulité.
Puis je me penchai, attrapai son bras et commençai à le traîner à travers la forêt.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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