/0/36589/coverbig.jpg)
/0/1956/coverbig.jpg)
Chapitre 3 2 Léa, la tête en l’air
Sommeil. Mue dans la fraîcheur du matin, tout en douceur, elle bascule ostensiblement sur le côté et fait glisser son drap sur la courbe de son cœur. Nue dans l’immensité de ses rêves, elle goûte encore aux caresses de sa nuit mutine. Entre l’éveil et le sommeil, elle fait vibrer son univers de couleurs vives et de sons lascifs, de désir qui monte et de promesses de plaisir. Sa peau duveteuse frémit. Un frisson intérieur. Elle mordille sa lèvre inférieure, suspend sa respiration, comme le temps. Son cœur reprend vie dans un battement régulier qui s’accélère, doucement. Sa main de velours, finie par la grâce d’ongles carmins YSL, se pose sur son front où tombe une boucle d’un blond méché.
Éveil. Une odeur de café vient réchauffer ses narines. Elle avale sa salive. La chambre est immaculée : des murs blancs, des draps blancs, une étagère de bois blanc. Un vase posé dessus. Vide. Une lumière crue perce par la fenêtre entrouverte et joue avec les rideaux translucides voilés, tirés sur le côté, qui se régalent d’une brise infime. Un rayon de soleil passe par intermittence sur le visage détendu et se fraie un chemin sur la peau endormie qu’il explore. L’odeur de café se fait plus présente, insistante, elle approche. Un sourire se dépose sur la candeur du visage séraphique encore assoupi. Inspiration gourmande. Des volutes de fumée réconfortantes s’échappent d’une tasse qui a vécu tant dans le goût du café que dans celui du whisky et du tabac en fin de cigarettes nocturnes. Une cuillère, dans la tasse, fait de petits bruits aigus qui teintent les envies. Une main bienveillante parcourt le corps céleste nu découvert et s’immisce dans l’intimité du drap. Une autre tend le breuvage sacré. « Serré. Un sucre. » Rencontre de l’immanence et de la transcendance : elle jubile ! Un baiser se dépose sur sa chevelure sinueuse, éparse et flamboyante. « Je viens de rentrer. J’ai hésité à te laisser dormir mais il est déjà onze heures… Tu t’es couchée tard ? » Hum… Le temps qu’elle reprenne ses esprits et qu’elle se remémore les images de sa nuit, elle se saisit de la tasse, se redresse sensuellement sur un coude, lève un regard contenté sur celui qui la contemple, dépose à son tour un baiser sur le creux de la main qui frôlait déjà ses lèvres de doigts baladeurs amoureux. Elle couvre machinalement sa poitrine, sans pudeur. « Non… je sais plus… Nina est passée, on est sorti, un peu, on a traîné dans la nuit, la plage, les bars… quelques cocktails, de la musique, rien d’incroyable… Et toi, ta nuit ? » Kevin perd ses pensées dans les mensonges de sa belle et son regard dans le vide sur lequel bascule l’air par la fenêtre. Nina. Il l’a croisée, hier, au boulot. Elle est venue chercher Jules après son service. C’était étonnant, il ne s’attendait pas à ce que Nina s’intéresse à Jules. En tout cas, ça l’a marqué. Il était 22 h. Effrontée, insouciante, magnifique dans la légèreté de tout son être. Et si jeune. Il donnerait tout pour revivre la dizaine, de A à Z ! Ses vingt ans… Ces années qu’il appelait sa « perfectude ». Mais c’est derrière lui ma foi. Il accepte, ça et le reste. Parce qu’il l’aime. C’est aussi simple que ça. Il sait bien certains temps éphémères. Et il ne se fourvoie pas, le temps de Léa en fait partie. Il l’enserre avec tendresse, sourit, l’embrasse. Sur le front. Elle le quittera. Le plus tard possible, il l’espère. « Moi ? Tu sais… le chantier, la routine, le boulot… » D’un coup, elle laisse retomber son corps appétissant sur le matelas qui aime à l’avaler. Elle rit et lance une playlist sur le smartphone qui lui sert d’extension d’elle-même.
« Quand fourche ma langue, J’ai là, Un fou rire aussi fou, Qu’un phénomène »2
Elle se laisse gagner par la musique, tapote sur son écran tactile, « like », « commente », « bloque », « match » – il fait semblant de ne pas voir – puis d’un bond, elle jaillit du lit, sauvage et croqueuse de vie ! Debout sur la couche bon marché, elle chantonne, souffle un mot sur deux, accompagnant les airs de musique d’une danse hypnotique. Ses hanches se penchent, elle susurre les paroles à celui qui fait face à ses genoux exquis en rondeur harmonieuse.
Il l’écoute, conquis.
« J’ai besoin d’une douche ! Tu te reposes un peu ici ou tu viens dormir à la plage ? J’ai envie de me baigner ! »
Il l’observe, amusé. Léa est un être d’apesanteur, dans la matière. Elle aime l’eau, celle qui coule sur elle ou qui l’aspire, qui la fait tournoyer ou flotter, le courant des océans, la fraîcheur des rivières, la plomberie des sentiments, thuriféraires qui s’écoulent… dans une baignoire. Chaque orage est une épiphanie météorologique ! Il se lève. « Vas-y toi. Je vais rester là. Dormir un peu. » D’humeur plus musique country, l’amour lourd dans une mélancolie latente, il s’éloigne d’un pas droit, sans se retourner. Il garde pour lui ce qui le ferait passer pour un gentil vieux con, sauf s’il le chantait aussi bien que Neil Young :
« Because I’m still in love with you, I want to see your dance again »3
Il préfère faire semblant, que dévoiler cette part de lui-même. Il sait bien intérieurement que c’est pour ça qu’on l’aime. Souffrir un peu, pourquoi pas, mais en douce : il ne le fera pas devant elle. Alors de dos, dans le cadre de la porte, d’un ton neutre, il confesse plus qu’il ne rassure : « Je suis conscient que tu partiras Léa. Juste… reste tant que tu veux. Reste parce que tu le veux. Tu ne me dois rien. Mon cœur te devra toujours beaucoup. Loin de ton amour, je garderai tout le reste, tout ce que tu as embelli, ce que tu as façonné, ce que tu as fait vivre. Et tes lèvres. Je garderai ta bouche, et le goût de tes lèvres. » Elle n’est pas sûre de comprendre, mais elle l’entend, quand même. Et elle s’en fout. Il le sait, mais ça fait mal. Il le voit. Et ça fait mal ! « Je te refais un café ? », murmure-t-il. Comment tant de beauté peut tenir dans un creux si profond ? Il s’interroge. Ironie de l’instant ou magie futile d’une émotion en éclat : le fait qu’il la comprenne et qu’il accepte l’exècre. Évidemment qu’elle partira quand elle le souhaite ! Un jour. Elle verra. C’est elle qui choisit.
Kevin boit un troisième café, attablé dans la kitchenette de son appartement sans prétention, au son d’une pop folk qui alterne avec quelques titres de country qu’il ose lancer en sourdine, tant qu’il sait Léa assez loin pour ne pas entendre. Il fume en silence, laissant tomber ses cendres dans une tasse de porcelaine fleurie. De la fenêtre ouverte entre un léger courant d’air qui fait danser la fumée, cigarette et café confondus, autour de lui. Il aime bien ce moment, quand il rentre du travail, harassé par sa nuit, et qu’il retrouve Léa encore au lit. C’est comme un tableau. Il se sait peu cultivé, il n’est pas de ceux qui ont visité des musées le dimanche après-midi quand il était jeune. Ce sont plutôt les chantiers de son père qu’il voyait sous toutes les coutures. Et les uniques expositions auxquelles il participe, ce sont celles de la Mairie du village, qui portent généralement sur les bateaux et l’esprit marin : il aide toujours pour bricoler les installations et en échange, il peut rester sans acheter de ticket d’entrée. « Gagnant-gagnant », relève le maire. Mais peu importe son cerveau « dans la moyenne », c’est comme ça que le qualifiait sa prof de Français au collège, ça ne l’empêche pas d’imaginer. Il n’a pas la prétention d’y mettre les bons mots, mais il sait former les belles images. Et Léa c’est ça : c’est comme inventer une après-midi au musée, et la réinventer chaque jour. Il espère secrètement que son chantier durera le plus longtemps possible, juste pour s’assurer qu’il continuera un peu son boulot de nuit, qui lui permet de vivre ces quelques instants privilégiés, le matin. Non il ne se flagelle pas. Le matin, elle paraît toujours aimante, peu importe les affres de la nuit. Elle est faite de bonne humeur. Douce, drôle, elle apporte de la musique à ses paroles. Pas qu’il soit très bavard mais avec elle, il ose, il parle de ce qu’il pense, de ce qu’il voit, ce qu’il sent. Il se lance, sur plein de sujets ! Le matin, elle le voit. Quoiqu’elle ait eu fait de ses nuits, et de ses journées d’ailleurs, le matin, elle est à lui.
Sous la douche, Léa chantonne de plus belle. L’acoustique des salles de bain n’est décidément pas une légende ! Elle offre sa nudité en spectacle à un public fantôme. Puis elle reste là. En silence. Sous le jet d’eau qui coule sur elle. Candeur ultime, nettoyée de tout soupçon. L’eau se vide dans la baignoire comme elle vide Léa de ses pensées coupables et de ses excès de la veille. Quelques flashs persistent. Un garçon. De la chair. Un bar. De l’alcool. Du plaisir. La nuit passée reste passée et quoiqu’elle fût délicieuse, Léa se tient encore un peu sous cette douche salvatrice et cathartique, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus en elle que le souvenir de son sommeil et la certitude d’un bonheur présent.
Dans le miroir, Léa apparaît comme neuve. Gymnastique quotidienne. Neuve de tout. Elle vit au jour le jour : l’instant. Elle veut en profiter, à fond, jusqu’au bout. Elle ne doit rien à personne si ce n’est à elle. Kevin a raison, elle partira un jour. Pour l’instant, elle est bien là, avec lui. Et plus ou moins avec les autres. « On verra ».
« Léa ? » Kevin frappe deux petits coups à la porte de la salle de bain. « Léa, tu penses que… » La porte s’ouvre d’un coup sur le corps en drap de bain blanc. Léa pose derechef un baiser ventouseux sur les lèvres de Kevin qu’elle entrouvre avec sa langue. Elle joue, titille. Puis elle desserre le drap et enroule Kevin dedans. Contre elle. Leurs corps sont prisonniers d’une étreinte qui dessine un corps recouvert d’un jean et fini d’une paire de baskets, un autre totalement nu à la peau soyeuse et dorée. Naturellement, le drap glisse à terre, laissant monter l’envie et l’attraction. Kevin pousse délicatement Léa contre le mur et passe ses mains sur les formes de celle qui le rend fou. Elle gémit déjà sous ses baisers torrides et passionnés. Puis brusquement, elle se retourne, se plaque contre le mur et attire le corps à elle.
Bruit de ceinture qui s’enlève à la hâte.
Envie.
Effusion.
Jouissance.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
Continuez la lecture pour suivre la suite de l'histoire.
Continuer la lectureListe des chapitres
25 chapitres au total
/0/7637/coverbig.jpg)
/0/12206/coverbig.jpg)
/0/34066/coverbig.jpg)
/0/37306/coverbig.jpg)
/0/30639/coverbig.jpg)
/0/38038/coverbig.jpg)
/0/33807/coverbig.jpg)
/0/33811/coverbig.jpg)
/0/33832/coverbig.jpg)
/0/33826/coverbig.jpg)
/0/33810/coverbig.jpg)