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Chapitre 1

Le rapport du test de grossesse était posé sur la table basse du salon, un petit rectangle de papier qui contenait un univers de possibilités.

Je le regardais, un sourire flottant sur mes lèvres.

Sophie, ma fiancée, était assise en face de moi, son visage étrangement calme, presque vide.

« Enceinte », j' ai murmuré, le mot ayant un goût de miel et de futur. « On va avoir un bébé. »

Je suis Pierre Dubois, l' héritier des montres Dubois de Besançon, une entreprise familiale qui a rythmé le temps de plusieurs générations. Ma vie, jusqu' à ce moment, avait été une mécanique bien huilée : une carrière tracée, un mariage imminent avec Sophie Leclerc, une professeure d' histoire de l' art brillante et magnifique.

Je m' attendais à des larmes de joie, à une étreinte, à des projets murmurés dans le creux de l' oreille.

Au lieu de ça, j' ai eu droit à un silence lourd.

Sophie a levé les yeux vers moi, et pour la première fois, je n'ai pas vu l'amour que j'y cherchais, mais une sorte de pitié froide.

« Pierre, il faut qu' on parle. »

Sa voix était plate, sans émotion.

« Ce n' est pas ton enfant. »

La phrase est tombée dans le silence de la pièce. J'ai cru avoir mal entendu, c'était impossible.

« Quoi ? Qu' est-ce que tu racontes, Sophie ? C'est une mauvaise blague. »

Elle a secoué la tête, lentement, comme si elle expliquait une évidence à un enfant.

« Ce n'est pas une blague. Je suis enceinte, oui, mais le père, ce n'est pas toi. »

Le sol s'est dérobé sous mes pieds. La pièce a semblé se rétrécir, l'air est devenu rare. Ma fierté, mon amour, tout ce que je croyais solide s'est brisé en un instant.

« Qui ? » ai-je demandé, ma propre voix méconnaissable, rauque de douleur et de rage.

Elle a hésité une seconde, juste une seconde, avant de lâcher le coup de grâce.

« C' est celui de Marc. »

Marc.

Mon frère.

Mon frère adoptif. L' artiste que mes parents avaient recueilli, celui que j' avais toujours protégé, soutenu. Marc, qui vivait sous notre toit, qui partageait nos repas, qui me souriait chaque jour. La trahison n'était plus seulement amoureuse, elle était familiale, totale, absolue.

Je me suis levé d'un bond, renversant mon verre qui s'est brisé sur le parquet. Le bruit m'a fait sursauter.

Sophie n'a même pas tressailli. Elle a simplement continué, comme si elle déroulait un plan préparé à l'avance.

« Écoute, Pierre. Ça ne change rien entre nous. »

J' ai éclaté d' un rire sans joie, un son horrible et sec.

« Rien ne change ? Tu te fous de moi ? Tu couches avec mon frère, tu portes son enfant et tu oses dire que rien ne change ? »

« Marc est fragile, tu le sais. C'est arrivé… c'était une erreur, une faiblesse. Mais notre avenir, à nous, il est bien réel. On se marie, tu reconnais l'enfant. Il portera le nom Dubois, il grandira dans cette famille. Personne n'a besoin de savoir. Ce sera notre secret. »

Son calme était monstrueux. Elle ne parlait pas d'amour ou de regret, elle parlait de stratégie, d'arrangement. Elle voulait l'héritage Dubois, le statut de Madame Dubois, et elle était prête à tout pour le conserver, même à me faire élever l'enfant de ma propre trahison.

Marc est entré à ce moment-là, attiré par le bruit. Il portait un de mes pulls en cachemire, l'air faussement innocent, les yeux baissés.

« Pierre… je suis désolé. Je ne voulais pas… »

Sa voix était pleurnicharde, calculée pour inspirer la pitié.

« Toi, la ferme ! » ai-je hurlé.

La rage a submergé le chagrin. J' étais humilié, bafoué, dans ma propre maison, par les deux personnes en qui j' avais le plus confiance. Leurs visages, l'un calculateur, l'autre faussement contrit, me donnaient la nausée.

Je ne pouvais plus rester une seconde de plus dans cette pièce, dans cette vie empoisonnée.

Je me suis détourné d' eux, j' ai attrapé ma veste et mes clés sur la console de l'entrée. Je devais partir, respirer un autre air.

« Pierre, où tu vas ? Ne sois pas immature ! » a crié Sophie derrière moi.

Je ne lui ai pas répondu. J'ai claqué la porte d'entrée si fort que j'ai entendu un autre verre vibrer et tomber dans le salon.

Dehors, la nuit froide de Besançon m'a giflé le visage. Je marchais sans but, le cœur battant à tout rompre. L'humiliation était une brûlure physique. Ils m'avaient pris pour un idiot, un simple portefeuille, un nom à utiliser.

Ma fierté était en lambeaux.

Soudain, une idée folle, impulsive, a germé dans mon esprit. Une idée née du désespoir et d'un besoin urgent de reprendre le contrôle, de leur montrer qu'ils ne m'avaient pas détruit.

J' ai sorti mon téléphone, mes doigts tremblaient tellement que j' ai dû m' y reprendre à trois fois pour trouver le bon contact.

Le nom s'est affiché : Emma Bernard.

Mon amie d'enfance. La seule qui m'ait jamais vu tel que j'étais vraiment. Elle vivait à Paris maintenant, directrice d'une maison de haute couture, une femme forte, directe, sans fioritures.

Le téléphone a sonné une fois, deux fois.

« Pierre ? Tout va bien ? Il est tard. »

Sa voix, toujours pragmatique, a été comme un baume.

J'ai pris une grande inspiration, le froid piquant mes poumons.

« Emma, » ai-je dit, ma voix étonnamment ferme. « Épouse-moi. »

Un silence. Puis, un petit rire sec à l'autre bout du fil.

« Dubois, t' as trop bu ou tu t' es enfin décidé à quitter ta profiteuse ? »

« Les deux, sûrement. Mais je suis sérieux. »

Un autre silence, plus long cette fois. Je pouvais presque l'entendre réfléchir, analyser la situation avec sa logique implacable.

« D'accord, » a-t-elle finalement dit. « Je prends le premier train demain. On se retrouve à la mairie. »

Puis elle a raccroché.

J' ai fixé mon téléphone, stupéfait par ma propre audace et par sa réponse. C'était insensé. C'était un acte de pure folie.

Mais pour la première fois depuis des heures, je me sentais de nouveau vivant. Je venais de déclencher une guerre, et je n'avais pas l'intention de la perdre.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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