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Chapitre 2
Le lendemain matin, le soleil filtrait à travers les vitres de la petite brasserie en face de la mairie. J' avais les yeux cernés, je n' avais pas dormi de la nuit, mais une étrange énergie me parcourait.
Emma est arrivée à l'heure, comme toujours. Elle portait un tailleur-pantalon noir impeccable, ses cheveux blonds coupés en un carré strict qui encadrait un visage aux traits déterminés. Elle n'avait pas l'air d'une future mariée, mais d'une femme d'affaires venant signer un contrat.
Elle s'est assise en face de moi, a commandé un café noir et m'a regardé droit dans les yeux.
« Alors, raconte. »
Il n'y avait ni jugement ni pitié dans sa voix, juste une demande de faits.
Je lui ai tout raconté. L'annonce de la grossesse, la trahison avec Marc, la proposition indécente de Sophie. Je n'ai omis aucun détail, même les plus humiliants.
Elle a écouté sans m'interrompre, sirotant son café. Quand j'ai eu fini, elle a posé sa tasse.
« Je savais que cette fille était une vipère, » a-t-elle dit simplement. « Je te l'ai toujours dit. Quant à Marc, il a toujours été un jaloux pathologique. Il voulait tout ce que tu avais. Apparemment, ça incluait ta fiancée. »
Sa franchise était brutale, mais c'était exactement ce dont j'avais besoin. Pas de condoléances, mais une confirmation de ce que mon instinct, anesthésié par l'amour, avait refusé de voir.
« Et donc, ce mariage, » a-t-elle continué en croisant les bras. « C'est une vengeance ? Une façon de leur montrer que tu n'es pas à terre ? »
« C'est une façon de sauver ma dignité, Emma. C'est la seule chose qu'ils ne m'ont pas encore prise. »
Elle a hoché la tête, un petit sourire en coin.
« Ça me va. J'ai toujours eu un faible pour toi, tu le sais. Même quand tu étais un idiot aveugle. Alors, allons-y. Faisons de moi Madame Dubois. Mais sache une chose, Pierre. Ce n'est pas un jeu pour moi. Si on fait ça, on le fait pour de vrai. Je serai ta femme, ton alliée, ton roc. En retour, je ne demande qu'une chose : la loyauté. La seule chose que l'autre n'a jamais pu te donner. »
Son regard était intense, sans la moindre trace de doute. Emma avait toujours été comme ça. Entière. Elle m'avait aimé en secret pendant des années, avec une patience et une discrétion qui me touchaient profondément maintenant. J'avais été si stupide de ne pas le voir plus tôt.
« Tu l'auras, » ai-je promis.
Nous n'avions pas besoin de plus de mots. Nous nous sommes levés et avons traversé la rue pour entrer dans la mairie. La procédure a été rapide, presque clinique. Deux témoins pris au hasard dans les couloirs, quelques signatures sur un registre.
En sortant, le soleil semblait plus brillant. J'ai regardé la simple bague en or qu'Emma avait glissée à mon doigt. C'était réel. J'étais marié.
Mon téléphone a vibré dans ma poche. C'était Sophie. Je l'avais ignorée toute la nuit, mais maintenant, j'étais prêt.
J'ai décroché.
« Pierre ! Enfin ! J'étais morte d'inquiétude ! Où es-tu ? Rentre à la maison, on doit discuter calmement. »
Sa voix était mielleuse, faussement inquiète. L'entendre parler de "la maison" comme si c'était encore la nôtre me soulevait le cœur.
« Il n'y a plus rien à discuter, Sophie. »
Ma voix était froide, détachée. Je me sentais fort, avec Emma à mes côtés.
« Ne dis pas de bêtises. Tu étais en colère, c'est normal. Je comprends. Mais tu ne peux pas tout jeter en l'air pour une erreur. Pense à nous, pense au bébé… »
« Je pense justement à mon avenir, » l'ai-je coupée. « Et tu n'en fais plus partie. Ni toi, ni Marc. »
Il y a eu un silence choqué à l'autre bout du fil. Elle ne s'attendait pas à une telle fermeté.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu ne peux pas me quitter, Pierre. Pas maintenant. Je suis enceinte ! Tu as des responsabilités ! »
« Mes seules responsabilités sont envers ma femme, » ai-je lâché, savourant l'impact de ces mots.
« Ta… quoi ? Arrête de dire n'importe quoi ! »
« Je me suis marié ce matin. Avec Emma Bernard. Tu te souviens d'elle, je suppose. »
Le silence qui a suivi était assourdissant. Je pouvais presque entendre les rouages de son cerveau calculateur grincer, essayant de comprendre comment elle avait pu perdre le contrôle de la situation si rapidement.
Puis, sa voix a changé. Le masque de la douceur est tombé, révélant la haine pure.
« Tu as fait quoi ?! Espèce d'idiot impulsif ! Tu crois que ça va résoudre quelque chose ? Tu crois que tu peux te débarrasser de moi comme ça ? »
« C'est exactement ce que je suis en train de faire. Je t'enverrai quelqu'un pour récupérer mes affaires. Ne touche à rien. Surtout pas à ma collection de montres. »
« Tes affaires ? C'est notre maison ! Et tu vas assumer cet enfant, que tu le veuilles ou non ! Je ferai de ta vie un enfer, Pierre Dubois ! Toi et ta nouvelle pute ! Vous allez le regretter amèrement ! »
Elle a raccroché brutalement.
Emma, qui avait tout entendu, a levé un sourcil.
« Charmante. Elle a du caractère. La guerre est officiellement déclarée, mon cher mari. »
J'ai glissé mon téléphone dans ma poche. Pour la première fois, je ne me sentais plus comme une victime. J'étais un combattant. Et j'avais la meilleure alliée possible à mes côtés.
« Qu'elle vienne, » ai-je dit. « Je l'attends. »
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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