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Chapitre 2
Les semaines qui ont suivi ont été un brouillard de douleur et de formalités. Nous vivions toujours sous le même toit, une situation absurde et insupportable. Chaque soir, Chloé rentrait et parlait au téléphone avec Marc, sans aucune discrétion, planifiant leur avenir devant moi. Elle parlait de prénoms pour le bébé, de la décoration de la chambre d'enfant, de leurs prochaines vacances. J'étais là, assis dans le salon que j'avais dessiné, et j'écoutais la démolition de ma vie en direct. J'essayais de m'isoler, de me plonger dans le travail, mais leur bonheur cruel s'infiltrait partout.
Un soir, alors que je travaillais tard sur un projet, j'ai cherché mon chargeur de téléphone. Ne le trouvant pas, j'ai pris celui qui était sur la table de chevet de Chloé. Son téléphone était posé à côté, l'écran s'est allumé quand j'ai branché le mien. Une notification de message s'est affichée. C'était Marc. Normalement, je n'aurais jamais lu. Mais cette fois, je ne pouvais pas m'en empêcher. Mon cœur battait à tout rompre tandis que je prenais son téléphone. Le message en aperçu était suffisant pour me glacer le sang.
« Pense à lui faire signer les papiers pour la maison le plus vite possible. Une fois que c'est fait, on sera tranquilles. Je t'aime. »
La maison. Ma maison. Celle que j'avais héritée de mes parents, que j'avais rénovée de mes propres mains, pierre par pierre. Je l'avais mise à nos deux noms après le mariage, un geste d'amour et de confiance totale. Maintenant, je comprenais. Ce n'était pas seulement une histoire de désir ou d'amour pour un autre homme. C'était un plan. Un plan froid et calculé pour tout me prendre. La colère, une colère pure et brûlante, a commencé à remplacer la tristesse. J'ai reposé le téléphone, mes mains tremblaient. Je devais partir. Pas seulement me séparer, mais disparaître.
J'ai commencé à préparer mon départ en secret. J'ai contacté un cabinet d'architectes à Singapour avec qui j'avais déjà collaboré. Ils m'ont offert un poste immédiatement. C'était ma porte de sortie. J'ai passé mes journées à organiser le transfert, à scanner mes documents importants, à vider mes comptes en banque discrètement. Le soir, je jouais la comédie, l'époux résigné qui attendait la procédure de divorce.
La veille de mon départ prévu, j'ai fait une dernière tentative, une sorte de test absurde pour me prouver que j'avais raison. C'était notre anniversaire de mariage. Je lui ai acheté un petit bouquet de ses fleurs préférées, des pivoines blanches. Je les ai posées sur la table du petit-déjeuner.
« Joyeux anniversaire, Chloé. »
Elle a à peine regardé les fleurs.
« Ah oui, c'est vrai. Merci. »
Elle a pris une tasse de café et s'est assise en face de moi, déjà absorbée par son téléphone. Les fleurs, symboles de notre mariage, se fanaient déjà entre nous. C'était la confirmation finale. Il n'y avait plus rien à regretter.
Ce soir-là, j'ai fait ma valise. Une seule. J'ai pris quelques vêtements, mon ordinateur portable et un album photo de mes parents. J'ai parcouru la maison une dernière fois. Chaque objet, chaque meuble, était un souvenir. Le canapé où nous regardions des films, la cuisine où nous avions préparé tant de repas, notre chambre... C'était un déchirement. Mais c'était nécessaire. C'était comme amputer un membre gangrené pour survivre. J'ai laissé l'alliance sur la table basse, là où je l'avais posée des semaines plus tôt. Elle n'y avait pas touché. J'ai laissé aussi les clés de la maison. Je leur laissais les murs. Ils n'auraient pas mon âme.
Nous étions invités ce soir-là à un dîner chez des amis communs. J'ai dû y aller pour ne pas éveiller les soupçons. C'était une torture. Tout le monde savait, ou du moins se doutait. Leurs regards étaient un mélange de pitié et de gêne. Pendant le repas, Marc, qui était là bien sûr, a posé sa main sur le ventre de Chloé d'un geste possessif, annonçant à toute la tablée leur "heureuse nouvelle". Il l'a fait en me regardant droit dans les yeux, un sourire triomphant sur les lèvres. J'ai senti le rouge me monter aux joues. L'humiliation était publique, totale. Je me suis levé, prétextant une migraine, et je suis parti sous les regards gênés des autres invités. Personne ne m'a retenu.
En rentrant, mon téléphone a sonné. C'était Édouard, mon seul véritable ami restant, celui qui n'avait jamais vraiment aimé Marc.
« Antoine, ça va ? Ce qu'il a fait ce soir, c'est dégueulasse. »
« Je sais, Édouard. C'est pour ça que je pars. Ce soir. »
Il y a eu un silence à l'autre bout du fil.
« Tu es sûr de toi ? »
« Jamais été aussi sûr de toute ma vie. »
J'étais sur le point de lui expliquer mon plan pour Singapour quand j'ai entendu la voiture de Chloé se garer dans l'allée.
« Je dois te laisser, elle rentre. Je t'appelle de l'aéroport. Ne dis rien à personne. »
J'ai raccroché, le cœur battant. Mon départ était imminent, mais la moindre erreur pouvait tout faire capoter. Chloé est entrée, elle ne semblait même pas surprise de me voir avec ma valise près de la porte.
« Tu pars enfin ? a-t-elle demandé, presque soulagée. Tu vas chez Édouard ? »
« Quelque chose comme ça », ai-je répondu, évasif.
Je ne voulais pas d'une dernière scène. Je voulais juste partir. J'ai attrapé la poignée de ma valise et je me suis dirigé vers la porte. Ma main a effleuré l'interrupteur, et j'ai quitté la maison que j'avais construite, la laissant plongée dans l'obscurité derrière moi.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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