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Chapitre 2
Léo vivait dans un petit appartement du Panier.
Modeste, presque spartiate.
Son seul luxe, son seul secret, c' était Caramel.
Un chaton roux qu' il avait trouvé abandonné dans une ruelle.
Il l' élevait en cachette.
Solange détestait les animaux. Elle les trouvait sales, inutiles.
Caramel était sa bulle de douceur dans ce monde de brutes.
Quand il rentrait le soir, brisé par les humiliations de Solange, le ronronnement du chaton apaisait un peu ses plaies.
Il lui parlait, lui racontait ses journées, ses peurs.
Caramel était son unique confident.
Un amour simple, sans calcul, sans trahison.
Léo passait des heures à le caresser, à jouer avec lui.
Ce petit être fragile lui redonnait un peu d' humanité.
Un espoir silencieux.
Un matin, le téléphone a sonné.
Solange. Sa voix était glaciale.
« Viens à la villa. Tout de suite. »
Pas d' explication. Juste un ordre.
Léo a senti une angoisse le serrer.
Quelque chose n' allait pas.
Il a caressé Caramel une dernière fois.
« Sois sage, mon petit. Je reviens vite. »
Il a fermé la porte de son appartement, le cœur lourd.
Il ne savait pas qu' il ne reverrait plus jamais son chat vivant.
Quand il est arrivé à la villa, Solange l' attendait dans le grand salon.
Julien était à côté d' elle, l' air satisfait.
Tony Lefèvre se tenait en retrait, le visage impassible.
L' atmosphère était électrique.
« On a trouvé quelque chose chez toi, Léo. »
Solange a fait un signe à Tony.
Tony s' est avancé, tenant une petite cage de transport.
À l' intérieur, Caramel, terrifié, miaulait faiblement.
Le sang de Léo s' est glacé.
Comment ? Comment avaient-ils su ?
Julien, sans doute. Ce salaud avait dû fouiner.
« Tu nous caches des choses, Léo. »
La voix de Solange était dangereusement calme.
« Tu sais que je n' aime pas les surprises. Et encore moins les faiblesses. »
Elle a désigné le chat.
« C' est quoi, ça ? Ta nouvelle distraction ? »
Léo voulait crier, se jeter sur Julien.
Mais il s' est contenu.
« C' est juste un chat, Solange. Il ne fait de mal à personne. »
« Il te rend faible. Sentimental. »
Elle a marqué une pause.
« Et je t' ai déjà dit ce que je pensais des faiblesses. »
Julien a ricané.
« Il pleurnichait après son chaton comme une fillette. »
Léo a fusillé Julien du regard.
Une haine pure montait en lui.
« Touche pas à mon chat ! »
Sa voix était rauque, menaçante.
Solange a levé un sourcil.
« Tu me menaces, Léo ? Pour une bestiole ? »
Elle s' est approchée de la cage.
Caramel s' est recroquevillé au fond, tremblant.
« Il est mignon, non ? » a dit Solange d' un ton faussement doux.
Puis son visage s' est durci.
« Tony. Débarrasse-moi de ça. »
L' ordre était tombé, sec, définitif.
« Non ! Solange, non ! S' il te plaît ! »
Léo s' est avancé, suppliant.
Tony a attrapé la cage.
« Lâche-le, Tony ! »
Léo a tenté de s' interposer.
Tony, plus costaud, l' a repoussé sans ménagement.
Il s' est dirigé vers la grande baie vitrée qui donnait sur la falaise.
La mer scintillait en contrebas, cruelle et indifférente.
« Solange, je t' en prie ! Pas ça ! »
Les larmes montaient aux yeux de Léo.
Il se foutait de sa fierté, de son image.
Il voulait juste sauver Caramel.
Solange le regardait, un sourire mauvais aux lèvres.
Elle jouissait de sa détresse.
Tony a ouvert la cage.
Il a sorti Caramel, qui se débattait faiblement.
Puis, d' un geste sec, il a lancé le chaton dans le vide.
Un petit cri.
Puis plus rien.
Le silence.
Léo a hurlé. Un cri de douleur pure, animale.
Il s' est précipité vers la baie vitrée, comme s' il pouvait remonter le temps, rattraper son chat.
Il a vu la petite tache rousse disparaître dans les vagues.
Son cœur s' est brisé en mille morceaux.
Caramel. Son seul ami. Mort.
Par sa faute. Parce qu' il n' avait pas su le protéger.
Il s' est retourné, les yeux fous de chagrin et de rage.
Il voulait tuer. Tuer Julien. Tuer Tony. Tuer Solange.
Mais il était vide. Épuisé.
La perte de Caramel l' avait anéanti.
C' était la goutte d' eau.
Le point de non-retour.
Solange l' observait, le visage impassible.
« J' espère que la leçon est comprise, Léo. »
Sa voix était froide comme la mort.
« Plus de distractions. Plus de faiblesses. »
Elle s' est détournée.
« Maintenant, sors. J' ai besoin de réfléchir. »
Léo est sorti, chancelant.
Il ne voyait plus rien, n' entendait plus rien.
Seule l' image de Caramel tombant dans le vide.
Son petit corps fragile.
Il avait perdu son dernier espoir.
Il était au bord de la rupture.
Quelques jours plus tard, Léo était une épave.
Il errait comme une âme en peine, incapable de se concentrer.
La mort de Caramel l' obsédait.
Solange ne lui adressait plus la parole, le traitant comme un meuble.
Julien, lui, jubilait discrètement.
Léo savait qu' il devait se ressaisir, mais la douleur était trop forte.
Il continuait pourtant d' exécuter les ordres, par habitude, par loyauté absurde.
Une nuit, Solange l' a envoyé récupérer une somme d' argent chez un mauvais payeur.
Une mission de routine, normalement sans grand risque.
Mais Léo n' était plus lui-même.
Il est tombé dans un guet-apens.
Plusieurs hommes l' attendaient, armés.
Il s' est battu comme un lion, avec l' énergie du désespoir.
Il a réussi à se dégager, mais il était blessé.
Une balle dans l' épaule, plusieurs contusions.
Il a quand même récupéré l' argent et l' a rapporté à Solange.
Elle n' a même pas regardé ses blessures.
« Tu as mis le temps. »
Juste ça. Pas un mot de remerciement, pas une once d' inquiétude.
Léo n' a rien dit. Il était trop las.
Il pensait qu' il avait encore prouvé sa loyauté.
Il se trompait lourdement.
Le lendemain, il a été convoqué par Solange.
Tous ses hommes étaient là. Le clan au complet.
L' ambiance était lourde, hostile.
Julien se tenait à côté de Solange, un air triomphant.
« Léo Vincent. »
La voix de Solange a résonné dans le silence.
« Tu es accusé de trahison. »
Léo a levé la tête, incrédule.
Trahison ? Lui ?
« Tu as été vu parler à des flics de la BRB. Tu es une balance, Léo. »
Des murmures ont parcouru l' assemblée.
Des regards haineux se sont tournés vers lui.
« C' est faux ! » a crié Léo. « Je n' ai jamais parlé à la BRB ! »
Julien s' est avancé.
« Je t' ai vu, Léo. Hier soir, après ta "mission". Tu parlais avec un inspecteur connu. »
Il mentait. Éhontément.
Mais son aplomb était tel que le doute s' est insinué dans l' esprit des hommes de Solange.
« C' est un menteur ! Il me piège ! »
Léo cherchait le regard de Solange.
Un signe. Une lueur de confiance.
Rien. Ses yeux étaient vides, froids.
« On a des preuves, Léo. »
Solange a fait un geste.
Un de ses hommes a déposé un dossier sur la table.
Des photos. Des enregistrements truqués.
Un montage grossier, mais efficace.
Léo a compris. C' était un coup monté.
Julien l' avait piégé, et Solange le laissait faire.
Ou pire, elle était complice.
Le désespoir l' a submergé.
Il était seul contre tous.
« Solange… tu me connais… tu sais que je ne ferais jamais ça… »
Sa voix était brisée.
Elle l' a regardé, sans ciller.
« Les preuves sont là, Léo. Je ne peux pas ignorer les preuves. »
Elle s' est levée.
« Tony. Règle le problème. »
L' ordre était tombé. Froid. Implacable.
Deux hommes ont empoigné Léo.
Il ne s' est pas débattu. À quoi bon ?
Il était déjà mort à l' intérieur.
Tony s' est approché, son visage une grimace de dégoût.
Ou peut-être de pitié. Léo ne savait plus.
Il l' a frappé violemment au visage.
Puis encore. Et encore.
Léo a senti le goût du sang dans sa bouche.
La douleur physique était presque un soulagement comparée à la douleur de la trahison.
Solange regardait la scène, impassible.
Elle ne bronchait pas.
Elle le laissait se faire tabasser par ses propres hommes.
Lui, son Léo. Son ombre.
Quand il a été à moitié inconscient, ils l' ont traîné dehors.
Ils l' ont jeté dans le coffre d' une voiture.
La voiture a démarré, roulant vers une destination inconnue.
Léo savait où ils l' emmenaient.
Les Calanques.
Le lieu habituel pour se débarrasser des traîtres.
Il a fermé les yeux.
Il pensait à Caramel.
Il pensait à Solange.
À sa pièce "Espoir".
L' espoir était mort. Définitivement.
La voiture s' est arrêtée au bord d' une falaise.
Ils l' ont sorti du coffre, brutalement.
Le vent froid de la mer lui a giflé le visage.
Il a vu les vagues se briser sur les rochers, loin en contrebas.
Tony était là, avec deux autres hommes.
« Des derniers mots, Léo ? »
La voix de Tony était presque neutre.
Léo a secoué la tête.
Il n' avait plus rien à dire.
Il a regardé une dernière fois le ciel étoilé.
Puis ils l' ont poussé.
Il a senti le vide sous ses pieds.
La chute. Interminable.
Le choc brutal avec l' eau glacée.
Puis le noir. L' oubli.
Léo Vincent était présumé mort.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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