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Chapitre 1

Le téléphone a sonné au milieu de la nuit, son vacarme strident déchirant le silence de notre petit appartement.

J'ai décroché, le cœur battant déjà la chamade.

Une voix d'homme, calme et professionnelle, s'est présentée comme étant celle d'un médecin de l'hôpital central.

« Monsieur Dubois ? Votre fils, Paul Dubois, a eu un grave accident de la route. »

Chaque mot était un coup de poing dans l'estomac.

Grave.

Accident.

Paul.

Le monde s'est mis à tanguer. J'étais dans l'atelier, une vieille toile à moitié restaurée sous mes doigts, l'odeur de térébenthine me piquant les narines. Je me suis agrippé à l'établi pour ne pas tomber.

« J'arrive tout de suite », ai-je réussi à articuler, ma propre voix me semblant lointaine.

J'ai enfilé la première veste que j'ai trouvée et j'ai cherché mon portefeuille. Mes mains tremblaient tellement que j'ai failli tout faire tomber.

Mon premier réflexe a été d'appeler Isabelle, ma femme. Elle devait savoir. Elle devait être là. Nous devions affronter ça ensemble.

J'ai composé son numéro.

La sonnerie a retenti, une fois, deux fois, trois fois. Personne.

J'ai réessayé.

Encore et encore.

La messagerie vocale. Toujours la messagerie vocale.

Où pouvait-elle bien être ? Elle travaillait tard, souvent, en tant que conservatrice de musée, les vernissages, les réunions... Elle disait toujours que c'était pour nous, pour assurer notre avenir.

Un frisson de panique m'a parcouru. J'étais seul. Mon fils était à l'hôpital, entre la vie et la mort, et j'étais seul.

J'ai couru dehors, sous la pluie fine et glaciale, et j'ai hélé un taxi. À l'intérieur, l'odeur de renfermé et de cigarette froide m'a soulevé le cœur. Je fixais les lumières de la ville qui défilaient, floues à travers la vitre mouillée, mon esprit en ébullition.

Arrivé à l'hôpital, l'odeur d'antiseptique m'a agressé. Les couloirs blancs, le bruit feutré des pas, les visages graves des infirmières. Tout me semblait irréel.

Une infirmière m'a conduit dans une petite salle d'attente. Il y avait une télévision allumée, sans le son. Les images montraient une soirée mondaine, des gens en tenue de soirée, des coupes de champagne à la main.

C'est là que je l'ai vue.

Isabelle.

Elle était magnifique dans sa robe noire, un verre à la main, souriant à un jeune homme à côté d'elle. Elle riait. Son rire était visible même sans le son. Elle semblait heureuse, épanouie. Loin, si loin de la prétendue pauvreté et des sacrifices qu' elle me décrivait chaque jour.

La bannière en bas de l'écran annonçait : « Vernissage exclusif du jeune prodige de la sculpture, Lucas Leclerc ».

Mon sang s'est glacé.

J'ai sorti mon téléphone, les doigts gourds, et j'ai composé son numéro une dernière fois.

Cette fois, elle a décroché.

Sa voix était pétillante, presque agacée par l'interruption.

« Pierre ? Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis en plein milieu d'un événement très important, je ne peux pas parler longtemps. »

Je pouvais entendre le brouhaha festif en arrière-plan. Des rires, de la musique.

« Isabelle... C'est Paul. »

Ma voix s'est brisée.

« Il a eu un accident. Un grave accident. Je suis à l'hôpital. »

Il y a eu un silence. Pas un silence de choc ou de panique. Un silence calculé.

« Un accident ? », a-t-elle répété, sa voix soudainement plus basse, mais toujours dépourvue de l'urgence que j'attendais. « Est-ce que... c'est grave ? »

« Ils ne savent pas. Il est en salle d'opération. Viens, s'il te plaît. »

Un autre silence, puis un soupir. Un soupir d'impatience.

« D'accord. J'essaie de me libérer. J'arrive dès que je peux. »

Dès qu'elle le pouvait.

Elle n'a pas dit "j'arrive tout de suite". Elle n'a pas dit "dans quel hôpital es-tu ?". Elle a dit "dès que je peux".

Elle a raccroché avant que je puisse ajouter quoi que ce soit.

Je suis resté là, le téléphone collé à mon oreille, écoutant la tonalité morte.

L'image d'elle, riant aux éclats à la télévision, se superposait à sa voix froide et distante.

À ce moment précis, dans ce couloir d'hôpital stérile, j'ai compris que mon fils n'était pas le seul à être en train de mourir.

Mon mariage, mes dix-huit années de vie commune, tout cela venait de s'éteindre.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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