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Chapitre 1

Antoine Dubois raccrocha le téléphone.

« Agence Némésis, disparitions sur mesure. Oui, c'est bien ça que je veux. Ma mort. »

Il murmura pour lui-même, un sourire amer aux lèvres.

Le plan était enclenché. Radical, mais nécessaire pour échapper à ce destin merdique.

Il quitta son bureau privé, traversa les couloirs de son immense demeure bordelaise.

Le luxe l'étouffait.

Il entra dans le grand salon. Élodie Moreau était là, comme d'habitude.

Elle dessinait, absorbée, sur un grand carnet.

Ses cheveux noirs tombaient sur son visage concentré.

Elle leva à peine les yeux.

« Tu es rentré. »

Sa voix était neutre, presque froide.

« Oui. Le mécène est de retour. »

Elle ne releva pas son ton sarcastique.

« J'ai besoin de fonds supplémentaires pour la galerie en ligne. Le développeur a augmenté ses tarifs. »

Toujours les affaires. Leur relation était un contrat. Sa compagnie exclusive contre son argent.

Il l'aimait. Elle, elle avait besoin de lui. Ou plutôt, de son portefeuille.

Élodie posa son crayon.

« Je dois appeler ma grand-mère. Les nouvelles de Bretagne ne sont pas bonnes ce soir. »

Elle se leva, gracieuse, et quitta la pièce, son téléphone déjà à l'oreille.

Antoine la regarda partir.

Sa grand-mère malade. Toujours sa priorité.

Il n'était qu'un accessoire, un portefeuille sur pattes. Le script le disait clairement.

Il était le "méchant faire-valoir", celui qui devait souffrir et disparaître.

Une tristesse familière l'envahit, mêlée d'une jalousie qu'il tentait d'étouffer.

Il acceptait, il le fallait.

Il avait failli tout lui dire, l'autre soir.

Après l'Opéra Garnier. Ce lustre qui avait manqué de l'écraser.

« Élodie, je… »

Mais les mots étaient restés coincés dans sa gorge.

Comment expliquer l'inexplicable ? Qu'ils n'étaient que des marionnettes ?

Elle l'aurait pris pour un fou.

Il se l'était murmuré à lui-même, une fois seul dans la voiture.

« Je suis l'antagoniste. Je vais mourir de chagrin. »

Une prophétie. Sa prophétie.

Leur arrangement avait commencé il y a deux ans.

Un café près de la Sorbonne.

Élodie était désespérée. Sa grand-mère, sa seule famille, nécessitait des soins coûteux dans une maison spécialisée en Bretagne.

Elle, étudiante en histoire de l'art, n'avait rien.

Lui, Antoine Dubois, héritier des vignobles Dubois, avait tout. Sauf l'amour.

Il l'avait vue, cette beauté froide, cette détermination dans ses yeux.

« Je peux vous aider. »

« Que voulez-vous en échange ? »

« Votre compagnie. Exclusive. »

Elle avait accepté. Par pragmatisme. Pour sa grand-mère.

Un pacte. Son argent contre sa présence.

Il espérait secrètement gagner son cœur. Naïf.

Deux ans.

Rien n'avait changé.

Elle était toujours là, distante. Lui, toujours amoureux, toujours espérant.

Patient. Stupide.

La galerie d'art en ligne était son nouveau projet. Financé par lui, évidemment.

Son espoir à lui, c'était qu'un jour, elle le voie vraiment.

Pas seulement le playboy, l'héritier. Mais l'homme.

Puis il y avait eu cet incident à l'Opéra Garnier.

Une soirée mondaine. Élodie à son bras, magnifique et indifférente.

Soudain, un craquement sinistre.

Un lustre énorme, des centaines de cristaux, se détachant du plafond.

Il avait plongé, tirant Élodie avec lui, par réflexe.

Le lustre s'était écrasé là où ils étaient une seconde avant.

Le choc. La poussière. Les cris.

Et dans sa tête, cette "révélation".

Comme si un voile s'était déchiré.

Il avait "vu".

Leur monde n'était pas réel. C'était un roman. Un roman à l'eau de rose.

Élodie en était l'héroïne.

Lui, le personnage secondaire. L'antagoniste faire-valoir.

Il avait découvert les détails du script, comme un téléchargement brutal dans son esprit.

Élodie était destinée à Victor Lemaire, son ami d'enfance, l'architecte prometteur. Le "héros".

Elle connaîtrait un succès fulgurant avec sa galerie.

Et lui, Antoine ?

Son destin était tragique. Rejeté par Élodie, il mourrait de chagrin et de jalousie.

La peur l'avait saisi. Un désespoir froid.

Il refusait ce sort.

C'est là qu'il avait pris sa décision.

Changer le script. Échapper à la narration.

Mourir, oui, mais selon ses propres termes. Une fausse mort.

L'Agence Némésis. Recommandée par un contact discret.

Ses parents étaient dans la confidence. Effondrés, mais prêts à l'aider.

Pour son bonheur. Ou du moins, sa survie.

Il allait devenir Antonin Valois. À Lisbonne. Loin de tout ça.

Loin d'Élodie. Loin de son destin programmé.

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Liste des chapitres

26 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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