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Chapitre 2
Antoine passa une nuit agitée.
Élodie n'était pas rentrée dans leur suite. Elle était restée près du téléphone, attendant des nouvelles de Bretagne.
Ou peut-être était-elle allée chez une amie. Il ne savait plus.
Leur communication était si limitée.
Il se sentait seul, terriblement seul dans ce grand lit vide.
Il pensait à son plan. Demain. Tout commencerait demain.
Au petit matin, il convoqua le personnel.
Madame Leroux, la gouvernante, Monsieur Paul, le chauffeur. Les autres.
« Je pars en voyage pour une durée indéterminée. Vous êtes tous licenciés. Avec une prime généreuse, bien sûr. »
Leurs visages exprimèrent la surprise, l'inquiétude.
Il fut bref, pragmatique. Pas de place pour les sentiments.
Il se détachait de son ancienne vie, morceau par morceau.
Il écrivit une lettre à ses parents.
Il leur avait déjà parlé, bien sûr. Mais il voulait laisser une trace écrite.
Expliquer encore une fois. Les rassurer, autant que possible.
« Maman, Papa, ne vous inquiétez pas. C'est la seule solution. Je vous aime. Je vous appellerai depuis Lisbonne. »
Son cœur se serra. Il leur imposait tant.
Mais ils comprenaient. Son amour pour eux était immense.
Plus tard dans la matinée, il se rendit en Bretagne.
Pas pour voir Élodie. Mais sa grand-mère, Madame Moreau.
Elle résidait dans une charmante maison de repos, face à la mer.
Grâce à son argent.
La vieille dame l'accueillit avec un sourire chaleureux.
« Antoine, mon cher enfant. Quelle bonne surprise. »
Elle lui prit les mains. Ses yeux pétillaient de tendresse.
Il ressentit une pointe de mélancolie.
« Élodie parle souvent de vous, vous savez, » dit Madame Moreau.
« Elle est très reconnaissante pour tout ce que vous faites. »
Antoine sourit poliment. Reconnaissante, oui. Amoureuse, non.
« Et vous deux, quand allez-vous enfin… vous savez… »
Elle fit un geste vague, un sourire entendu.
Se marier ? Avoir des enfants ?
Antoine sentit une amertume lui monter à la gorge.
« Nous avons le temps, Madame Moreau. »
Sa voix était résignée. Le script ne prévoyait rien de tout ça pour lui.
Il sortit de sa poche un petit écrin.
Un carnet de croquis relié en cuir, avec un stylo d'argent.
Il l'avait acheté pour Élodie, il y a longtemps. Elle ne l'avait jamais utilisé.
« Pourriez-vous lui donner ceci de ma part ? Quand elle viendra vous voir. »
Il espérait secrètement qu'elle y dessinerait quelque chose pour lui.
Madame Moreau le regarda, intriguée.
« Antoine, vous semblez… différent. Quelque chose ne va pas ? »
Son regard était perçant, malgré son âge.
Il faillit craquer. Lui dire la vérité.
Mais à quoi bon ?
« Non, non, tout va bien. Juste un peu fatigué. »
Il se leva. « Je dois y aller. »
Au moment où il allait sortir de la chambre, la porte s'ouvrit.
Élodie.
Et avec elle, Victor Lemaire. Le "héros".
Grand, blond, un sourire confiant. L'ami d'enfance.
Ils riaient ensemble. Une complicité évidente.
Antoine sentit une douleur sourde dans sa poitrine.
Son arrivée était une interruption.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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