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Chapitre 1

Je savais que c'était la fin.

Marc, tu ne l'auras pas.

Tu ne l'auras jamais.

Je tenais le verre d'eau dans ma main tremblante, les deux petites pilules blanches posées dans ma paume. C'étaient les pilules qui allaient tout arrêter, qui allaient mettre fin à ton plan monstrueux. Tu voulais un cœur, un cœur fort pour ta précieuse cousine Sophie. Tu as fait de moi un incubateur, une machine pour produire l'organe parfait. Tu disais que les vitamines que tu me forçais à prendre chaque jour étaient pour "renforcer" le bébé. Mensonge. C'était pour renforcer son cœur, rien de plus. Et moi, naïve et amoureuse, je t'ai cru.

Maintenant, je sais tout.

Tu m'as gardée en vie, tu as surveillé ma santé, non pas par amour pour moi, mais par amour pour ce morceau de chair que je portais. Tu ne l'auras pas. Je préfère le détruire moi-même plutôt que de te le donner. C'est ma vengeance. La seule qui me reste.

Je déglutis, l'eau et les pilules descendent dans ma gorge. C'est fait.

Une larme roule sur ma joue. Pas pour toi, Marc. Pas pour nous. Pour lui. Pour ce petit être que je n'ai jamais voulu sacrifier.

Mon téléphone vibre sur la table de chevet. C'est toi. Bien sûr que c'est toi. L'architecte charismatique, l'homme que tout le monde admire. Tu appelles pour vérifier ton investissement.

Je ne réponds pas. Je te laisse dans ton ignorance.

Quelques heures plus tard, la porte de la chambre s'ouvre violemment.

Tu es là. Marc. Ton visage est une tempête de fureur.

« Lucie, qu'est-ce que tu as fait hier soir à la réception ? »

Sa voix est dure, glaciale. Il parle de la soirée de gala pour ton cabinet d'architecture. Une soirée cruciale pour toi.

« J'ai tout vu. Ton petit spectacle. »

Je reste silencieuse, allongée dans le lit, les crampes commençant à tordre mon ventre. Je ne dis rien.

« Tu m'as humilié, tu comprends ça ? Tu t'es évanouie au milieu de mon discours. Tout le monde te regardait. Ils me regardaient. »

Je me souviens vaguement. La chaleur, les lumières, les visages tournés vers moi. Le sentiment de honte.

« J'étais fatiguée, Marc. »

« Fatiguée ? »

Il rit, un rire sans joie.

« Tu as ruiné ma soirée. La soirée la plus importante de ma carrière. Tu vas appeler mon associé, Bernard, et tu vas t'excuser. »

« Je ne l'appellerai pas. »

Ma voix est faible, mais ferme.

Il s'approche du lit. Son ombre me recouvre.

« Qu'est-ce que tu as dit ? »

Il se penche, son visage à quelques centimètres du mien. Je peux sentir son souffle froid.

« J'ai dit non. »

Sa main s'abat sur le matelas, juste à côté de ma tête. Le lit tremble.

« Tu te souviens de la dernière fois que tu m'as dit non, Lucie ? »

Un frisson me parcourt. Oui, je m'en souviens. C'était il y a six mois. Je ne voulais pas que tu vendes les derniers bijoux de ma mère pour financer ton projet. Tu m'as enfermée dans la cave pendant une journée entière. Sans lumière, sans eau. Juste le froid et l'obscurité.

La peur remonte, une vieille amie familière. Mais aujourd'hui, quelque chose est différent. La douleur dans mon ventre est plus forte que la peur.

« Tu crois que tu peux me défier ? »

Il se redresse et commence à faire les cent pas dans la chambre, comme un animal en cage.

« Je vais te détruire, Lucie. Tu sais que je peux le faire. Ton père, le grand Dr. Dubois, le médecin déchu. Ce serait dommage que toute la presse se souvienne soudainement de son petit scandale, n'est-ce pas ? »

Il s'arrête et me regarde, un sourire cruel sur les lèvres.

« Imagine les gros titres. La fille du médecin fraudeur, une instable qui ruine la carrière de son brillant petit ami architecte. »

Mon cœur bat à tout rompre. Il sait où frapper. Toujours. Mon père est tout ce qui me reste. Il a déjà tellement souffert.

Je sens les larmes monter, mais je les ravale. Pas devant lui.

« Marc, s'il te plaît... »

Ma voix se brise. J'utilise son prénom comme on lance une bouée de sauvetage. Un vestige de l'époque où ce nom signifiait encore quelque chose pour moi. L'époque où j'étais Lucie, son amour, pas seulement un ventre à exploiter.

Il me regarde, son expression ne change pas. Aucune pitié. Aucun regret. Juste du mépris.

« C'est trop tard pour les "s'il te plaît", Lucie. »

Il se détourne et se dirige vers la porte.

« Prépare-toi. Ce soir, nous dînons avec Sophie. Et tu seras parfaite. »

La porte se referme derrière lui. Le son du verrou qui tourne dans la serrure résonne dans le silence de la chambre. Je suis de nouveau sa prisonnière. Mais pas pour longtemps. Les crampes s'intensifient. Ma vengeance est en marche.

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Liste des chapitres

10 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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