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Chapitre 2
Je ferme les yeux, et l'image de la réception d'hier soir revient me hanter.
Ironiquement, au début de notre relation, Marc était mon protecteur. Quand le scandale a éclaté et que mon père a perdu sa licence de médecin, tout le monde nous a tourné le dos. Nos amis, notre famille. Sauf Marc. Il est resté. Il m'a tenue dans ses bras pendant que je pleurais, il m'a promis qu'il prendrait soin de moi, que nous construirions un nouvel avenir, loin de la honte.
Je l'ai cru. J'ai cru qu'il était mon sauveur.
Un flash. Je suis à ses côtés à cette réception. Il est radieux. Il parle à des clients importants, son bras possessif autour de ma taille. C'est à ce moment-là que Sophie est arrivée.
Sa cousine. La fragile Sophie, avec son cœur malade.
Elle s'est approchée de nous, un sourire innocent sur son visage pâle.
« Marc, quelle soirée magnifique ! Et Lucie... ma chérie, tu es resplendissante. »
Elle m'a prise dans ses bras. Son étreinte était froide.
Puis, elle s'est penchée vers mon oreille, sa voix un murmure que seul moi pouvais entendre.
« Tu n'as pas l'air très bien, cependant. Tu es un peu pâle. Tu ne devrais pas gâcher la grande soirée de Marc. C'est tellement important pour lui, pour nous tous. »
Elle a reculé, son sourire toujours en place, l'incarnation de l'inquiétude. Mais ses yeux disaient autre chose. Ils brillaient d'une lueur triomphante. Elle me voyait comme un obstacle, un problème. Un problème lié à l'événement le plus important de la vie de son cousin.
Plus tard dans la soirée, Marc a commencé son discours. Il se tenait devant un écran géant, présentant les plans de son nouveau projet, un complexe de luxe qui allait le rendre célèbre. Il était charismatique, passionné. La foule buvait ses paroles.
Et soudain, l'image à l'écran a changé.
Ce n'était plus un plan d'architecte. C'était une photo de moi.
Une photo prise à mon insu quelques jours plus tôt. J'étais endormie sur le canapé, la bouche entrouverte, un filet de bave au coin des lèvres. J'avais l'air vulnérable, stupide.
Un silence gêné a parcouru la salle, puis quelques rires étouffés.
Marc a ri dans son micro.
« Ma magnifique muse, Lucie. Toujours là pour m'inspirer, même dans ses moments les plus... détendus. »
La foule a ri plus fort cette fois. J'étais figée sur place. Mon visage brûlait de honte. Je me sentais nue, exposée. Chaque regard était un jugement. J'étais un objet de moquerie. Il m'avait déshumanisée devant tous ces gens.
Je pouvais voir Sophie, debout à côté de Marc, lui chuchoter quelque chose à l'oreille.
« Regarde, elle ne dit rien. Je crois qu'elle aime ça, être le centre de l'attention. »
Marc a tourné la tête vers moi, son regard était vide de toute compassion. Il a mal interprété mon silence, ma paralysie. Il a cru que j'acceptais, que je participais à cette humiliation.
« Alors, Lucie ? Un petit mot pour nos invités ? »
La salle est devenue silencieuse. Tous les yeux étaient sur moi. J'ai ouvert la bouche, mais aucun son n'est sorti. La nausée est montée dans ma gorge. La douleur dans mon ventre, sourde jusqu'à présent, est devenue aiguë.
C'en était trop.
Je ne sais pas ce qui m'a pris. Un instinct de survie, peut-être. Une révolte désespérée.
J'ai fait un pas en avant, puis un autre. J'ai attrapé une bouteille de vin rouge sur une table voisine. Et j'ai marché droit vers l'écran.
Sans réfléchir, j'ai jeté le contenu de la bouteille sur le projecteur.
Le vin rouge a éclaboussé l'appareil. L'image de moi s'est tordue, déformée, avant de disparaître dans un grésillement.
Il y a eu un cri collectif.
Dans mon élan, j'ai trébuché sur un câble. Je suis tombée lourdement sur le sol. Une douleur fulgurante a traversé mon corps, partant de mon ventre.
Marc a accouru, mais pas vers moi. Vers son projecteur.
« Mais qu'est-ce que tu as fait, espèce de folle ! » a-t-il hurlé.
Il m'a ignorée, allongée par terre, et a commencé à essuyer l'appareil avec une serviette.
Sophie s'est précipitée à ses côtés, feignant la panique.
« Oh mon Dieu, Marc ! La présentation pour la fondation cardiaque... elle était juste après la tienne ! C'était sur cet ordinateur ! »
Elle s'est tournée vers la foule, les larmes aux yeux.
« Elle a tout saboté. Elle savait à quel point c'était important pour moi, pour tous les malades qui attendent une greffe... »
Les murmures se sont transformés en accusations. J'étais la méchante. La femme jalouse et instable qui avait tout détruit. Personne n'a vu ma douleur. Personne n'a vu mon désespoir. J'étais seule, par terre, au milieu des débris de ma dignité, mon secret saignant silencieusement à l'intérieur de moi.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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