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Chapitre 1
La nouvelle est tombée comme un couperet, sans prévenir.
Marc, mon fiancé, se tenait devant moi dans notre petit appartement parisien, le visage crispé.
« Adèle, il faut que je te dise quelque chose. »
Sa voix était étrangement solennelle. J'ai posé le croquis sur lequel je travaillais, sentant une boule se former dans ma gorge.
« Mme Dubois est enceinte. »
Mme Dubois. Ma patronne. La directrice tyrannique de la maison de couture où je travaillais comme simple styliste.
Mon cerveau a mis une seconde à traiter l'information. J'ai froncé les sourcils.
« C'est triste pour son mari, mais quel est le rapport avec nous ? »
Marc a évité mon regard. Il a fixé un point invisible sur le mur derrière moi.
« Le bébé... c'est le mien. »
Le silence qui a suivi a été total, absolu. Le bruit de la ville à l'extérieur a disparu. Je n'entendais plus que le bourdonnement sourd dans mes oreilles.
« Quoi ? »
Le mot est sorti comme un souffle rauque.
« C'est une blague, n'est-ce pas ? Marc, dis-moi que c'est une mauvaise blague. »
Il a finalement osé me regarder. Il n'y avait aucune trace de plaisanterie dans ses yeux. Seulement une sorte de détermination froide et calculée.
« Ce n'est pas une blague, Adèle. Et il y a autre chose. Je pars en voyage d'affaires avec elle demain. Pour une longue durée. »
Chaque mot était un coup de poing. Enceinte. De lui. Un voyage d'affaires.
« Tu me quittes ? Pour elle ? »
Il a eu le culot de secouer la tête, comme si j'étais stupide de penser ça.
« Non, bien sûr que non. Adèle, écoute-moi. C'est une opportunité. Tu sais à quel point je me bats pour réussir, pour nous construire un avenir. Mme Dubois peut m'ouvrir toutes les portes. Elle va me propulser au sommet. »
J'étais abasourdie par son raisonnement. Il ne parlait pas d'amour, ni même de désir. Il parlait de carrière.
« Un avenir ? Quel avenir, Marc ? Un avenir construit sur la trahison ? »
« Tu ne comprends pas, » a-t-il insisté, se rapprochant de moi. J'ai reculé instinctivement. « C'est un sacrifice. C'est pour nous. Je vais faire ce qu'il faut pour m'élever socialement. Une fois qu'elle se sera lassée de moi, une fois que j'aurai obtenu ce que je veux, je reviendrai vers toi. Tu n'auras qu'à attendre un peu. »
Il parlait de sa liaison, de son enfant illégitime, comme d'un investissement à court terme. Il me demandait, à moi, sa fiancée, d'être la gardienne patiente de sa trahison.
La nausée m'est montée à la gorge. C'était trop. Trop vil, trop égoïste.
Une pensée a traversé mon esprit, une pensée que je gardais secrète depuis des années. Mon vrai nom. Adèle Dupont. Dupont, comme l'empire de la haute couture que mon père dirigeait dans l'ombre. Il m'avait demandé de cacher mon identité, de commencer en bas de l'échelle pour apprendre la vraie valeur des choses, pour me tester. Et moi, j'avais joué le jeu, vivant modestement, croyant en l'amour pur et le mérite.
Et voilà où ça m'avait menée. À être le "sacrifice" nécessaire à l'ambition d'un homme sans scrupules.
La tristesse a laissé place à une colère froide et lucide.
J'ai retiré la bague de fiançailles de mon doigt. Elle semblait soudain lourde et sale. Je l'ai posée sur la table basse entre nous. Le petit bruit du métal contre le verre a résonné dans la pièce.
« C'est fini, Marc. »
Ma voix était stable. Étonnamment stable.
« Prends ton "opportunité". Construis ton "avenir". Mais ne m'y inclus plus jamais. »
Il m'a regardée, l'air surpris, presque vexé. Comme si ma réaction n'était pas celle qu'il avait anticipée.
« Adèle, ne sois pas stupide. Tu gâches tout. Je fais ça pour nous ! »
« Il n'y a plus de "nous". »
Son visage s'est durci. L'homme que j'avais aimé avait disparu, remplacé par un étranger avide et cruel.
« Tu es vraiment égoïste. Tu ne penses qu'à tes petits sentiments blessés. Tu ne vois pas la situation dans son ensemble. »
Il a pointé un doigt accusateur vers moi.
« Tu regretteras cette décision. Quand je serai au sommet, tu reviendras en rampant. Mais il sera trop tard. »
Je l'ai regardé sans un mot de plus. Il n'y avait plus rien à dire. L'homme que j'allais épouser venait de détruire notre vie pour une promotion, et il osait me traiter d'égoïste.
J'ai tourné les talons et je suis allée dans notre chambre pour faire ma valise. La rupture était nette, douloureuse, mais nécessaire. C'était la fin d'un chapitre, et malgré la douleur, je sentais qu'une autre Adèle, plus forte, était sur le point de naître de ces cendres.
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