/0/16002/coverbig.jpg)
Chapitre 2 Chapitre 2
Chez Mira...
À peine le téléphone posé sur le lit, Mira s'étire avec la langueur d'une femme qui n'a de comptes à rendre à personne, ou du moins, qui a décidé qu'il en serait ainsi. Elle balance les jambes hors du lit, les pieds cherchant ses sandales sur le carrelage, lorsque le bruit de la douche s'arrête. La porte de la salle de bains s'ouvre. Roland sort, une serviette nouée à la taille, les cheveux encore humides, et les yeux déjà chargés de cette suspicion qui s'est installée entre eux comme un meuble encombrant qu'aucun des deux ne veut déplacer.
Il s'arrête au milieu de la chambre, les bras croisés lentement sur la poitrine, la voix contenue mais tendue comme un fil sur le point de céder.
Roland : C'était qui au téléphone ? Et depuis quand tu vis en famille ?
Mira ne lève même pas les yeux. Elle ramasse ses affaires avec des gestes calmes, presque ennuyeux, et se dirige vers la salle de bains. Mais Roland fait un pas de côté et se place devant elle, les bras en croix, le regard dur, la mâchoire serrée.
Roland : C'est pas à toi que je parle ?
Mira lève enfin les yeux sur lui. Un regard froid, horizontal, celui de quelqu'un qui a depuis longtemps cessé d'avoir peur des conflits.
Mira : Tu penses vraiment que tu mérites des réponses ? C'est moi qui paye le loyer ici, Roland. Si j'ai inventé cette histoire de famille, c'est justement par respect pour toi, pour ne pas ramener quelqu'un d'autre sous ce toit. Tu devrais m'en être reconnaissant.
La mâchoire de Roland se contracte. Ses narines frémissent. Il avale sa salive avant de parler, et quand les mots sortent, ils tremblent légèrement sous le poids de la colère et de l'humiliation mélangées.
Roland : Tu es en train de me dire que tu discutais avec l'homme avec qui tu me trompes ?
Un silence. Puis quelque chose se dénoue dans le visage de Mira, et elle éclate de rire. Un rire franc, presque cruel, qui remplit la chambre et dure une bonne minute. Elle relève enfin la tête, les yeux brillants d'une ironie qu'elle ne prend même plus la peine de dissimuler, et dévisage cet homme qui, depuis dix mois de chômage, a perdu à ses yeux bien plus qu'un emploi.
Mira : Dix mois que tu es sans travail. Dix mois que tu déposes des CV de bureau en bureau et que tu rentres t'allonger ici sans chercher quoi que ce soit d'autre. Et c'est moi le problème ? On doit survivre, Roland. Alors oui, j'ai trouvé un moyen. Et l'homme qui m'aide, il me permet de manger, de payer ce loyer où tu dors, et de continuer à vivre. Tu appelles ça de la tromperie. Moi j'appelle ça de la survie.
Roland ouvre la bouche. La referme. Ses yeux brillent, pas de larmes, mais de quelque chose qui ressemble à une blessure profonde qu'on vient d'appuyer dessus avec les deux pouces. Il parle, la voix est brisée entre la colère et la douleur.
Roland : Donc c'est ça. Toutes ces fois où tu disais que tu allais chez ta sœur pour l'aider avec son boulot de cuisine, les commandes et autres pour les fêtes... c'était ça. Je me demandais. Maintenant je sais. Dieu merci que tu aies eu le courage de l'avouer. Je ne veux pas mourir jeune, Mira. Je te laisse à ton nouveau monde.
Mira hausse l'épaule. Son regard se vide de toute émotion, comme une lumière qu'on éteint.
Mira : Comme tu veux. Je ne suis plus en mesure de partager ma vie avec quelqu'un qui ne m'apporte rien. Si je suis restée aussi longtemps, c'est parce qu'au lit, au moins, tu ne chômes pas. Oui, tu me fais bien l'amour. Mais si tu veux partir, la porte est là.
Sans attendre sa réaction, elle entre dans la salle de bains et ferme la porte derrière elle. Roland reste debout, immobile, les poings serrés le long du corps, les mots coincés quelque part entre la gorge et la fierté.
Quelques heures plus tard...
•• Marlène ••
Je suis déjà au travail, concentrée, le seau dans une main, la serpillière dans l'autre, donnant à chaque recoin la clarté qu'il mérite. Il y a quelque chose de presque méditatif dans ce mouvement répété, frotter, rincer, recommencer, qui me permet de ne penser à rien. Surtout pas à Nelson. Surtout pas à ce matin.
Je sors du bureau du grand patron, referme doucement la porte, et me baisse pour attraper mon seau lorsqu'une présence dans mon dos me fige sur place. Quelque chose dans l'air change, une chaleur, un parfum discret et boisé qui n'appartient pas aux couloirs que je nettoie d'habitude. Je me redresse lentement et me retourne.
Le cœur me bondit dans la poitrine avant même que mes yeux ne fassent la mise au point.
Monsieur Mousse.
Le grand patron en personne, à quelques centimètres de moi, avec ce regard calme et profond qui ne ressemble à rien de ce que j'ai l'habitude de croiser dans ces couloirs. Il est grand. Ses épaules larges remplissent l'espace avec une aisance naturelle. Ses yeux, posés sur moi avec une douceur presque déstabilisante, semblent s'excuser avant même qu'il n'ouvre la bouche.
Mousse : Oh, pardon. Je n'avais vraiment pas l'intention de vous faire peur.
Je voudrais répondre. Je voudrais sourire, articuler quelque chose d'intelligent, de professionnel. Mais depuis deux mois que je travaille ici, je ne me suis jamais retrouvée aussi près de lui. Son parfum flotte dans l'air autour de nous, discret, enveloppant, terriblement masculin. Ce sont ses mots "Est-ce que vous allez bien ?" qui me ramènent enfin à moi.
Les joues légèrement brûlantes, les yeux fuyant les siens, je baisse la tête.
Marlène : Désolée, monsieur.
Il incline légèrement la tête, les sourcils froncés d'une inquiétude sincère.
Mousse : Tout va bien ?
Je me ressaisis. Je redresse les épaules et croise brièvement son regard avant de le laisser filer quelque part sur le mur derrière lui.
Marlène : Oui. J'ai déjà terminé.
Un demi-sourire traverse son visage, discret, presque imperceptible, mais il est là.
Mousse : Très bien. Et encore désolé de vous avoir surprise comme ça.
Marlène : Ce n'est rien, monsieur.
Je ramasse mes affaires et prends le couloir d'un pas que j'espère assuré, sentant son regard dans mon dos jusqu'au tournant. Je ne sais pas pourquoi mon cœur ne veut pas se calmer. Ce n'est que mon patron. Ce n'est que le patron.
Ce n'est que le patron.
Dans le bureau de monsieur Mousse...
Il prend place dans son fauteuil, mais quelque chose a changé. Il reste un long moment immobile, les coudes sur le bureau, les mains croisées devant lui, les yeux posés sur rien, ou plutôt sur une image que les murs ne lui renvoient pas mais que son esprit refuse de lâcher. Ce regard fuyant. Ce silence embarrassé qui en disait pourtant bien plus que n'importe quel mot.
Il secoue légèrement la tête, comme pour chasser une pensée qui n'aurait pas dû s'installer. Puis il tend la main vers l'interphone.
Quelques secondes plus tard, Carla entre, bloc-notes à la main, impeccable comme toujours, le sourire professionnel, la posture droite, les yeux légèrement plus attentifs que d'habitude.
Mousse : Une nouvelle femme de ménage a été embauchée récemment ?
Carla marque une pause imperceptible. Ses doigts se resserrent légèrement autour de son stylo.
Carla : Oui. Elle s'appelle Marlène. C'est une connaissance de monsieur Nelson, votre chauffeur personnel.
Les yeux de Mousse restent posés sur son bureau, comme s'il enregistrait l'information sans vouloir en montrer davantage.
Mousse : D'accord. Vous pouvez disposer.
Carla hésite. Un pas vers la porte, puis elle se retourne, les lèvres légèrement pincées.
Carla : Y a-t-il un problème, monsieur ? Elle a commis une faute ?
Mousse : Non. Tout va bien. Merci, Carla.
Elle sort. Mais son sourire professionnel tombe dès que la porte se referme dans son dos. Elle regagne son bureau lentement, s'assoit, et reste un moment immobile, les mains à plat sur la table, les yeux dans le vague.
"Depuis deux ans que je suis dans cette entreprise... je ne l'ai jamais vu poser une question pareille sur quelqu'un. Même moi, et pourtant Dieu sait que j'ai tout essayé pour qu'il me remarque, il ne m'a jamais accordé un regard de trop. Et là, une femme de ménage..."
Elle croise lentement les bras, les lèvres pincées, un pli dur entre les sourcils.
"Dans tous les cas, je serai là pour voir ce qui est en train de se tramer."
Envie de continuer la lecture ?
Continuez la lecture pour suivre la suite de l'histoire.
Continuer la lectureListe des chapitres
56 chapitres au total
/0/34587/coverbig.jpg)
/0/6413/coverbig.jpg)
/0/36595/coverbig.jpg)
/0/14154/coverbig.jpg)
/0/25777/coverbig.jpg)
/0/34765/coverbig.jpg)
/0/38601/coverbig.jpg)
/0/33590/coverbig.jpg)
/0/33700/coverbig.jpg)
/0/38029/coverbig.jpg)
/0/33347/coverbig.jpg)
/0/33548/coverbig.jpg)