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Chapitre 1
Je renais à cet instant précis.
Mon mari, Julien, se tient devant moi, le visage grave. Delphine, la veuve de son cousin, est à ses côtés, les yeux rougis, l'air fragile.
« Amélie, » commence Julien, sa voix sérieuse. « Delphine a besoin d'un endroit stable à Paris pour elle et son fils. L'appartement de ta grand-tante serait parfait. Cède-le-lui. »
Je le regarde, puis je regarde Delphine, qui baisse les yeux comme si elle était la victime d'une terrible injustice.
Dans ma vie précédente, j'avais cédé. J'avais abandonné mon seul héritage, un petit appartement parisien, pour cette femme. Julien m'avait promis de m'aimer pour toujours. Vingt ans plus tard, il m'a laissée seule dans ce village, demandant le divorce pour enfin être avec Delphine.
Cette fois, je sens une froide détermination monter en moi.
« Non. »
Le mot est sorti, simple et clair. Julien fronce les sourcils, surpris.
« Quoi ? »
« Je ne céderai pas l'appartement, » je répète calmement. Puis j'ajoute, en regardant Delphine droit dans les yeux : « Mais je te cède volontiers Julien. »
Le silence qui suit est total. Delphine me regarde, la bouche entrouverte, le choc se peignant sur son visage habituellement si bien composé. Julien, lui, devient rouge de colère.
« Amélie, comment peux-tu être si égoïste ? Delphine a perdu son mari ! Mon cousin ! J'ai promis de prendre soin d'elle ! »
« C'est ton problème, pas le mien, » je réponds sans ciller.
Je vois dans ses yeux la même déception, le même reproche que j'ai supportés pendant vingt ans dans ma vie passée. Mais aujourd'hui, ça ne me touche plus. Je suis vide de tout amour pour cet homme.
Je réalise que sa dévotion pour Delphine n'a jamais été un simple devoir. C'était un choix. Il l'a toujours choisie, elle.
Je me tourne et je quitte la pièce, les laissant plantés là, stupéfaits.
Le lendemain, je me rends chez le notaire du village. C'est un vieil homme qui connaît ma famille depuis longtemps.
« Je veux entamer une procédure de divorce, » dis-je sans préambule. « Et je veux sécuriser l'héritage de ma grand-tante. »
Le notaire, Maître Dubois, me regarde par-dessus ses lunettes, surpris mais professionnel. Il ne pose pas de questions inutiles et commence à préparer les documents. Je me sens soulagée, comme si un poids énorme venait de quitter mes épaules.
Quand je rentre à la maison, Julien est là. Il a l'air contrarié.
« Tu as réfléchi ? » me demande-t-il, comme si ma décision de la veille n'était qu'un caprice.
« J'ai beaucoup réfléchi, » je réponds d'un ton neutre.
Il ne perçoit pas l'ironie. Il commence à me parler de son devoir, de sa promesse. Il me dit que Delphine est si reconnaissante de ma "future" générosité.
« Je sais que tu as un grand cœur, Amélie. Tu finiras par comprendre. »
Je hoche la tête, feignant d'être d'accord. À quoi bon discuter ? Mes actions parleront pour moi.
Ce soir-là, le ciel du Languedoc devient noir d'encre. La radio annonce un violent épisode cévenol. Des pluies torrentielles sont attendues. La rivière près de chez nous risque de déborder.
Alors que nous commençons à peine à protéger la maison, le téléphone de Julien sonne. C'est Delphine, bien sûr. Sa voix est paniquée.
« Julien, j'ai peur ! L'eau monte ! Viens me chercher, s'il te plaît ! »
Sans même un regard pour moi, Julien attrape ses clés et se précipite vers la porte.
« Je vais chercher Delphine et son fils. Ils ne sont pas en sécurité là-bas. »
Il me laisse seule, dans notre maison menacée par les flots, pour aller la "sauver" elle.
Je le regarde partir, le cœur vide. Je me souviens de ma vie passée. Il avait fait exactement la même chose. Cette fois, je ne l'attendrai pas.
Le lendemain matin, la pluie a cessé. La maison a subi quelques dégâts, mais elle a tenu. Julien n'est pas rentré de la nuit.
Je me prépare pour aller à l'école, comme si de rien n'était. Ma routine est mon ancre.
En arrivant près de l'école, je vois la voiture de Julien. Il dépose Delphine et son fils juste devant le portail. Plusieurs parents d'élèves sont là et les regardent. J'entends des chuchotements.
« Regarde, c'est le mari de l'institutrice... Il est toujours avec la veuve. »
Je sens le rouge de l'humiliation me monter aux joues.
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