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Chapitre 1 Chapitre 1.
Fuir pour vivre, cette phrase est le sens de ma vie. On dit qu'il faut se battre pour atteindre ses rêves. Je suis entièrement d'accord, seulement, dans mon cas, c'est peine perdue, mes rêves sont inaccessibles autant pour moi que pour ma famille. Je fuis pour leur sécurité, parce que, si nous nous battons, il y aurait de grandes conséquences et peu de chances de gagner ce pour quoi nous fuyons. Pour vivre. Nous voilà encore sur la route, toujours à prendre la fuite. Mais, en même temps, être sur la route nous permettait de récupérer de cette longue nuit. Je regardai ma sœur Leila à travers le rétroviseur côté passager, elle dormait paisiblement à l'arrière, ce qui était normal vu la bagarre que nous avions eue.
Son œil droit, qui avait un beau teint violet, était presque redevenu normal, ainsi que sa lèvre supérieure ouverte qui avait été remplacée par une trace de sang séché. Par contre, j'avais plus que quelques bleus, ma cheville était fêlée et j'avais quelques côtes douloureuses, mais mon pouvoir faisait effet, me rendant comme neuve. Je faisais défiler ma playlist, comme défilait le paysage sous mes yeux, traversant les routes désertes avec ses terrains secs, ses collines d'un marron clair et un ciel bleu sous un soleil chaud. La vitre baissée, l'air frais me parvenait au visage et je commençais à fermer les paupières.
Cette situation de ne pas pouvoir m'établir me comprimait le cœur et laissait un vide béant que je ressentais, ce qui me rendait faible. Le danger, voilà ce qui nous poussait à fuir. Étant deux contre une armée, nous serions très vite battues. Sachant que maman ne savait pas se défendre, il nous fallait trouver des alliées pour gagner et vivre normalement. Tout ça me fatiguait et je rêvais que tout s'arrête, je me demandais ce que nous avions fait aux dieux pour être aussi maudites. Quand on me secoua l'épaule, j'ouvris les yeux avec un peu de mal pour me réhabituer à la lumière du soleil et dus mettre ma main en visière pour regarder devant et autour de moi. Tout en m'étirant, je détachai ma ceinture de sécurité et constatai que nous étions entourées d'arbres qui me faisaient apprécier le peu d'ombre qu'il y avait.
Nous étions sur le parking d'un bâtiment de taille modeste. Je vis l'enseigne du Macdonald, ce qui me fit sourire. Cet endroit était le paradis pour Leila. Comme nous avions un métabolisme particulier, elle pouvait s'empiffrer de tout et n'importe quoi sans grossir, et ça, elle ne s'en privait pas, croyez-moi. Sur le siège conducteur, je vis ma mère couper le contact de notre 4X4 noir. Le seul problème était que je ne connaissais pas la ville. Je me tournai vers elle qui venait de réveiller Leila.
— Où sommes-nous ? demandai-je. — Dans le Colorado, à Arvada. — Ce n'est pas risqué ? répondis-je, méfiante. — On verra bien. Allez, venez, on va manger un morceau, dit-elle en souriant. — Ça va nous faire du bien d'avaler quelque chose après cette nuit, dit Leila en s'étirant. — Je ne te le fais pas dire.
Je vous explique : cette nuit a été très éprouvante, car nous nous sommes battues contre des hommes presque toute la nuit, et, après une diversion de ma part, Leila et maman ont pu partir et je les ai rejointes sur la route après m'être débarrassé des gardes en les tuant. Oui, je sais, je tue des gens, mais si ce n'est pas eux, c'est moi. On sortit de la voiture et avança vers le McDo. Une fois entrées, on se dirigea vers une table libre près des fenêtres et une odeur super agréable me vint au nez. Maman nous demanda ce que nous voulions, puis partit commander. J'étais un peu dans la lune à me délecter de cette magnifique odeur qui venait de je ne savais où, mais Leila me secoua le bras, je levai doucement la tête vers elle, la posant sur ma main, encore fatiguée par la longue route de huit heures que nous venions de faire, donc j'avais pas mal conduit.
— Qu'est-ce qu'il y a ? fis-je la voix fatiguée. — Il y a une table de jeunes pas très loin, dit-elle méfiante. — Et alors ? dis-je en regardant discrètement. — Écoute-les. — Leila, on ne peut pas écouter tout le monde, ça ne se fait pas. — Fais-moi confiance.
Comme je la vis sur ses gardes, je penchai la tête vers la table de jeunes que Leila voulait que j'écoute et les vis pas loin de nous : trois filles et quatre garçons, ils nous regardaient aussi. Quand je les repérai, ils arrêtèrent de parler puis baissèrent le regard s'étant aperçu que je les avais grillés. Ce qui m'encourageait à les écouter. Pour paraître discrète, je regardais mon portable. Cependant, j'avais un œil sur eux.
— Merde, on s'est fait remarquer, dit une fille aux cheveux noirs. — Non, tu crois ? répondit le garçon à sa droite qui, lui, avait une crête blonde. — Andréa, sois plus discrète, fit une autre fille aux cheveux blond foncé cette fois. — Vous regardez tous, je vous signale, se défendit cette Andréa. — Je te l'accorde, répondit le garçon à sa gauche, posant sa main sur la sienne. Qu'est-ce que tu as, Théo ? — Je ne sais pas, il y a une odeur délicieuse dans l'air depuis qu'elles sont entrées, dit un brun de dos. — Je ne pense pas qu'elles soient comme toi.
Je ne peux me retenir de lever le regard vers eux. « Comme toi », c'est un terme pas très utilisé pour désigner des personnes. Théo avait ses poings serrés et essayait de garder son calme apparemment.
— Et pourquoi ça ? dit Théo sur la défensive. — Bah, elles ont l'air discrètes, normales et semblent timides, affirma Andréa. — Tu ne peux pas savoir ce que je sens, dit-il en secouant la tête. — Bon, vous n'allez pas vous disputer pour ça, c'est sans doute des touristes, dit le gars qui avait sa main sur celle d’Andréa. — Ça serait bien que non, Théo a l'air épris de la plus grande. — C'est dans sa nature, il n'y peut rien, même s'il y a Alice. — Ce n'est pas ma faute si elle me fait de l'effet, dit-il en risquant un regard vers moi en se tournant légèrement.
Je perdis ma concentration quand maman s'installa en face de moi et déposa un plateau de boissons froides accompagnées de frites, avec des morceaux de fruits. Je commençais à attaquer mes frites quand Leila me regarda fixement. Je savais qu'elle écoutait aussi, mais, pour moi, le brun ne devait pas être humain. Moi aussi j'avais perçu son odeur, fallait pas me prendre pour une cruche, elle était cuivrée, signe de force. Ce n'était pas une odeur agréable, mais sur un mâle qui nous attire physiquement, c'est excitant.
— T'en penses quoi ? demanda-t-elle. — L'un d'eux est surnaturel, car ils ont parlé d'odeur et de nature, dis-je à maman qui ne comprenait pas. — Il est comme vous ? demanda maman. — Je ne sais pas, mais il vaut mieux ne pas en parler ici, dis-je en regardant nos espions débutants. — OK, dit Léa. On reprend quand les cours ? me demanda ma petite sœur en boudant. — Lundi, m'exclamai-je. — Lundi ? Lundi là ? Juste après ce week-end ? — Oui, Leila, c'est ce lundi-là, fit maman en se retenant de rire. — Je ne pourrais pas faire mes cours par correspondance ? dit-elle en suppliant ma mère. — Je te laisse la convaincre, maman, je vais aux toilettes.
Je me levai et me dirigeai vers les toilettes. Juste avant d'y entrer, je percutai quelqu'un. Ça commençait bien, si on se faisait remarquer dès le premier jour. Mais je changeai d'opinion quand je levai la tête et vis le fameux Théo en face de moi, enfin, un peu au-dessus, car il faisait bien une tête de plus que moi. Je sentis bien le regard de ma famille plus ceux de ses amies à lui sur nous. De près, je le trouvais… plus intimidant, plus séduisant, plus impressionnant, ses yeux marron chocolat faisaient ressortir ses cheveux plus sombres un peu en bataille, ses lèvres, c'est comme si elles m'appelaient. Il m'étudiait de haut en bas et, pendant un moment, avec un sourire au coin puis un tressautement sur sa mâchoire, m'apprit que lui aussi appréciait ce qu'il voyait.
Pour la première fois de ma vie, je fus déstabilisée par quelqu'un. Je ressentis un effet électrique passer dans tout mon être, me poussant à vouloir être plus proche de lui, ce qui me ramena à la réalité, me rappelant que je le fixais du regard depuis un moment. Bon, Léa, essayons de ne pas faire de bavure, car, s'il a déjà des doutes avec nos odeurs, faut la jouer fine et pas baver en le regardant si je ne veux pas tout faire foirer dès le début. Déjà, détourne le regard, ça sera un grand pas vers le self-control. Bravo, tu l'as fait !
— Je suis... désolée, je ne t'es… pas fais mal ? réussis-je à bafouiller.
Bah voyons, on dirait une chochotte qui parle pour la première fois à un mec. Comment je vais faire pour paraître crédible si je dois le menacer maintenant ? Faut vraiment que je me reprenne, mais il est trop canon. Bon, stop, pense à autre chose que tes hormones. Je le regardai et le vis avec un sourire au coin qui me donnait chaud, très chaud. Pitié, qu'est-ce qu'il m'arrive ? Faut que je regarde ailleurs, pas son torse, ça me donne envie de le toucher vu la masse musculaire que je devine très clairement sous son t-shirt, pas sa bouche non plus ....non, très mauvaise idée. Bon, je vais regarder ...... son oreille ....Ouais, c'est bon, ça passe, je me contrôle, là. OUFFFFF !
— Non, ça va, je ne regardais pas où j'allais, dit-il en me souriant. — Moi non plus, j'avais… la tête ailleurs. On se regardait en souriant, puis il me tendit sa main avec toujours ce putain de sourire. — Je m'appelle Théo. — Léa.
Quand je serrai sa main, l'effet électrique refit son apparition d'une puissante décharge, mais en beaucoup plus forte que celle de tout à l'heure, alors je lâchai vite sa main. Je vis bien qu'il ne comprenait pas, puisque ses yeux étaient grands ouverts, mais il ne relevait pas. Peut-être avait-il ressenti la même chose ? Faut que j'arrête de rêver, moi. Quelqu'un pourrait venir m'aider ? Ça serait super sympa ! Un candidat ?... Non ?... Bande de lâcheurs, va !
— Je sais. Je levai un sourcil. J'ai entendu ta sœur le dire quand je suis passé. — Comment tu sais que c'est ma sœur ? — La ressemblance, et puis, vous arrivez ensemble et elle semble plus jeune que toi.
Waouh ! Lui, il ne sait pas mentir, c'en est presque trop drôle, mais j'arrive à garder mon sérieux. Je vais être sympa et pas le cramer. Car Leila et moi, on ne se ressemble pas du tout, bon, sauf nos yeux marron, mais ça ne va pas plus loin que le bout de notre nez. Je suis brune, Leila est châtain et ma peau est plus bronzée que la sienne. D'un côté, il a raison, on arrive ensemble, donc c'est évident que nous sommes de la même famille.
— D'accord, je vais devoir te laisser, dis-je en montrant les toilettes.
J'entrai dans les toilettes après lui avoir souri et fait mes petites affaires. Pendant que je me lavais les mains, la discussion avec Théo me revint en tête. Enfin, c'était surtout son sourire et son regard que ma tête affichait. Je n'ai pas dit stop, moi ? Mais, pour parler sérieusement, il avait dû nous entendre, car je l'aurais vu s'il était passé près de nous. Oh ça oui, je l'aurais vu ! Je me demandais ce qu'il était. Quand je rejoignis maman et Leila, elles étaient prêtes à partir. Ma sœur m'attrapa par le bras en me chuchotant sur la pointe des pieds :
— Il a fait exprès de te bousculer, je les ai entendus.
On passa devant leur table et il y avait un silence de mort. J'avais du mal à ne pas regarder Théo une dernière fois avant de partir. Je me félicitais mentalement, mais je sentis leurs regards quand nous passâmes la grande porte comme si de rien n'était. Je dus mettre le GPS pour trouver une agence immobilière. Une fois dans le bâtiment, un agent vint vers nous. À son badge, il s'appelait Ethan. Nous étions habituées à leurs procédures, nous faisions à chaque fois l'agence immobilière en premier, puis nous allions aux écoles.
— Bonjour, mesdames, que désirez-vous ? dit le conseiller avec un sourire. — Bonjour, nous venons d'arriver et nous souhaitons louer, répondit maman. — Quand souhaitez-vous la maison ? — Maintenant. — Une demande expresse ? Très bien, suivez-moi, s'il vous plaît, dit-il en montrant un couloir.
Il nous amena dans son bureau et se mit derrière son ordinateur. Il fit glisser un formulaire devant nous pour qu'il sache ce que nous cherchions comme maison. Grande ? Petite ? Nombre de chambres ? Un jardin ? Et tout plein de détails ennuyeux. Après avoir tout rempli, maman lui redonna le formulaire qu'il consulta, et il tapa sur son ordinateur les indications que nous avions demandées, c'est-à-dire : quartier calme, maison sécurisée et près d'un collège et d''un lycée.
— Bien, vous n'êtes pas trop exigeantes, ça sera plus facile de vous trouver la maison de vos rêves. Voilà, regardez celle-là. Il tourna son écran vers nous : six cents dollars, quartier calme, quatre chambres, jardin avec piscine, une cuisine aménagée, près des écoles, et système d'infraction. — Qu'en pensez-vous ? fit-il avec un sourire. — Celle-ci semble très bien, pouvons-nous la visiter ? — Bien sûr, j'allais vous le proposer. Allons-y, dit-il en prenant des clés.
Nous suivîmes Ethan avec notre voiture. Nous roulions en direction de la maison. Quand nous la vîmes, nous fûmes subjuguées : elle était magnifique. Trois petites marches devant pour monter jusqu'au porche blanc qui était accompagné de deux poutres avec de petits barreaux sur le reste de la longueur, le côté gauche avait un effet pierre gris qui était très joli, à l'étage, une fenêtre donnait sur toute la rue avec une autre petite fenêtre sur la gauche.
À voir les voitures, nous avions un voisin en face, à droite et à gauche, ensuite la rue était une impasse. Je sortis de la voiture suivie de maman et Leila. Ethan nous rejoignit devant la maison et l'ouvrit. En tant que filles, nous courûmes à la recherche de nos chambres. Après dix minutes de courses et de visites, nous retournâmes voir Ethan devant la maison. Il vérifiait avoir tous les papiers qu'il devait avoir avec lui.
— Je pense que nous sommes d'accord, on la prend, sourit maman.
Il lui donna trois jeux de clés, maman nous en passa une à moi et à Leila.
— Parfait ! Si vous avez le moindre problème, appelez-moi, dit-il en tendant sa carte. Nous restons à votre disposition pour les papiers. Au revoir.
Il reprit sa voiture et partit. Nous déchargeâmes les quelques valises et cartons que nous avions mis dans le coffre, puis les rentrâmes. Une fois toutes nos affaires dans nos chambres respectives, nous partîmes cette fois vers le collège de Leila qui était un peu nerveuse de voir toutes ses nouvelles têtes, car plusieurs élèves étaient venus chercher du matériel. Nous allâmes au bureau du CPE. Pendant que maman s'occupait de l'inscription, moi et Leila faisions un peu le tour de ce fameux collège.
— T'en penses quoi ? demanda Leila. — Il a l'air bien, et regarde le grillage, en cas de besoin, tu pourras sauter par-dessus, signalai-je en lui montrant. — T'as pensé si quelqu'un me voyait ? — Tu feras comme à l'entraînement, discrétion, rapidité et efficacité. — Tu crois qu'on va se plaire ici ? Je veux dire, regarde avec le gars du McDo, on a toutes les deux senti qu'il n'était pas humain.
Je voyais bien qu'elle était stressée, mais je fis de mon mieux pour la rassurer, regrettant de ne pas pouvoir lui donner un endroit fixe où s'établir, se faire de vraies amies et ne plus vivre dans la peur.
— Tout ce que tu as à faire, c'est d'être une nouvelle collégienne, totalement normale, et fais ta vie. En ce qui concerne le gars de tout à l'heure, je m'en chargerai en cas de besoin.
Je lui fis mon regard qui disait « t'inquiète, je gère ». Elle sourit et moi aussi. On fit le tour des bâtiments. Ce qui était bien avec les murs et les grillages, c'est qu'ils avaient l'air faciles à escalader. On croisa quelques élèves avec leurs parents, qui nous regardaient comme si on était des aliens, ce qui nous fit rire. Quand nous retournâmes voir maman, elle venait de finir avec le CPE. Sur le chemin de la voiture, nous racontâmes ce que nous avions prévu en cas de danger.
— Fais juste attention à ne pas te faire voir, il manquerait plus que le principal m'appelle pour me dire que ma fille de quinze ans escalade un grillage de cinq mètres alors que tu fais un mètre cinquante de hauteur. — Si elle fait comme je lui ai appris, elle devrait passer incognito, dis-je en la rassurant. — C'est simple à escalader, on a fait bien pire, comme quand on a dû sauter jusqu'au toit, confirma Leila. — Tu vois, il n'y a pas à s'en faire, dit-elle en faisant un clin d'œil à ma sœur.
Nous fîmes le chemin pour aller au lycée le plus proche et je constatai qu'il n'était qu'à cinq minutes du collège. Cette fois, au lycée, je marchais la tête haute pour montrer que je ne me laisserais pas faire, même s'il n'y avait pas grand monde, mais j'avais beaucoup de caractère. Une fois dans le bureau, le même baratin se fit, alors, moi et Leila, on alla mettre mes nouveaux livres dans mon casier en attendant. Puis on partit visiter ce lycée qui serait le mien pendant une année entière si tout se passait bien. On marcha avec Leila dans les couloirs histoire de visiter et de repérer ce qui pourrait m'être utile.
— Dis-moi, au McDo avec Théo, vous vous êtes fixés, pourquoi ? demanda-t-elle en me regardant. — Je ne sais pas, lui dis-je en ne croisant pas son regard. — Parce qu'on aurait dit que vous avez eu un coup de foudre. — On n'est pas dans un film, Leila, et vu notre situation, nos vies seraient une pure merde. — Ouais, c'est vrai, je te l'accorde, dit-elle en grimaçant.
La voix de maman me parvint, elle murmurait, mais je savais que ses paroles étaient pour nous. Elle nous demandait de revenir.
— On y va, maman nous appelles.
Leila s'arrêta et fit une tête boudeuse, ce qui me fit rire. Leila avait du mal à être réceptive aux sons et aux odeurs quand elle n'était pas concentrée, alors que moi, avec mes entraînements, c'était un réflexe.
— Arrhhh, moi, je ne l'entends toujours pas, ça me casse le cocotier, s'énerva-t-elle en tapant du pied. — C'est parce que tu n'as pas ouvert ton esprit, dis-je calmement. — Bah moi, je ne peux pas faire deux choses en même temps. — Si, tu peux, tu manges et regardes la télé en même temps, dis-je en essayant de la taquiner, ce qui marche. — Léa, ça, tu le fais aussi, me répondit-elle en me regardant comme si j'étais folle.
Nous rejoignîmes maman en riant, je saluai ma principale, puis nous allâmes vers la voiture, mais je n'entrai pas, ce qui stoppa les membres de ma famille.
— Tu ne viens pas avec nous ? demanda maman. — J'y vais à pied, ça me fera faire le tour du quartier. — D'accord, sois prudente, m'ordonna-t-elle.
La voiture partie, j'en profitai pour sortir mes écouteurs et faire défiler ma playlist. Je pris le chemin du retour, une forêt était sur le côté, donc je m'y engouffrai. La plupart des branches recouvraient le ciel, mais des rayons atterrissaient sur le sol. Je sentis des animaux dans le périmètre, puis je continuai ma route. Un grand arbre était devant moi. En levant la tête, je vis que l'arbre était très haut et solide, donc je rangeai mon portable, pris de l'élan et sautai dessus en allant le plus haut possible. J'avais une vue magnifique sur la ville ainsi que sur une panthère qui vint vers moi. Je ris doucement et sautai devant l'animal.
— Tu me cherches ? lui demandai-je.
La panthère se leva sur ses pattes arrière et se transforma en Leila qui me sourit. Eh oui, c'est ça notre secret, nous sommes des panthères-garous. Ouais, je sais, ça change des loups. On se mit toutes les deux à marcher à travers la forêt.
— Je voulais te rejoindre et je me suis concentrée sur ton odeur, répondit-elle fièrement. — Je suis fière de toi, tu progresses beaucoup. — Tu es une super prof !
Un compliment qui était rare de sa part.
— Merci, dit-elle en faisant une révérence qui la fit rire.
On se mit à courir à la vitesse d'une locomotive pendant au moins une heure, mais je sentis des odeurs trop près de nous pour que nous puissions les éviter. Alors, nous sautâmes dans le premier arbre venu et la mîmes en sourdine quand les personnes se postèrent juste devant l'arbre. Moi et Leila retenions notre souffle, regardant la scène sous nos yeux.
— Eh Théo, arrête de nous... faire courir, on... ne va pas... aussi vite.
Andréa arriva près de Théo essoufflé se tenant à l'arbre sur lequel nous étions. Ses copains arrivèrent aussi fatigués que l'est Andréa.
— Désolé, mais j'ai senti la même odeur que les filles de cette après-midi, dit-il en regardant à droite et à gauche. — Tu vois bien, il n'y a personne d'autre que nous ici, fit-elle. — Elles sont là, je les sens, répondit celui-ci. — Très bien, elles sont où alors ? Je ne les vois pas, grogna
Andréa en balançant ses bras pour montrer la forêt. Par malheur, Leila bougea son pied, ce qui fit tomber une feuille au sol, mais avant qu'elle n'atterrisse, je la maintins dans les airs, mais Théo leva la tête, prit la feuille dans sa main, puis se tourna vers ses amies.
— Je reviens.
Il disparut d'un coup. Je n'eus pas à le chercher longtemps quand je sentis un tapotement sur mon épaule et, à voir la tête de Leila et à ses yeux surpris, il se trouvait derrière moi. Je pivotai en lui donnant un coup de pied dans le ventre. Dès qu'il tomba de l'arbre, moi et Leila sautâmes aussi. Je mis mon pied sur sa poitrine pour ne pas qu'il bouge. Les autres retinrent leur souffle. À l'odeur, ils avaient peur.
— Qui es-tu ? Pour qui tu travailles ? dis-je d'un air menaçant. — Je te l'avais dit, Andréa, elles ne sont pas humaines, fit remarquer Théo en posant sa tête par terre. — Je te crois maintenant, assura-t-elle en hochant la tête. — Je répète, qui es-tu ? Tu travailles pour qui ? répétai-je. — Tu sais qui je suis et je ne travaille pour personne, c'est quoi cette idée ? — Alors, tu es quoi ? demanda Leila. — Et vous ? — Tu ne crois quand même pas que nous allons te le dire, lui répondit-elle. — Relâche-le, dit le gars à la crête blonde. — Pas avant que je sache ce qu'il est.
J'appuyai un peu sur mon pied pour qu'il crache le morceau.
— Je suis une panthère-garou, avoua-t-il. Tout comme vous deux.
Moi et Leila captâmes notre regard dans la seconde qui suivait son aveu. Était-ce possible ? Oui. Le croyait-on ? À vérifier. Bizarrement, le fait de penser qu'il puisse être comme nous me rassurait en quelque sorte.
— Montre-nous. — Dis à ta sœur de me lâcher, si tu veux une preuve.
Avant que je puisse enlever mon pied, il posa ses mains sur ma cheville puis inversa nos positions, sauf qu'il s'allongea sur moi. On ne dit rien pendant une longue minute, tout le monde retint son souffle, moi y compris. Seul Théo avait un visage confiant avec ce petit sourire en coin. Il me regarda dans les yeux et je me sentis bien. Il se leva en passant derrière un arbre et revint transformé en panthère-garou de couleur noire. Il grogna et ses amies allèrent derrière lui. Je me levai, me mettant près de Leila, et il se mit bien devant moi, me défiant du regard.
— J'aurais dû m'en douter. Personne ne t'a appris qu'aucun humain ne devait savoir notre nature ? dis-je en mettant mes poings sur mes hanches. — Il nous fait confiance, nous dit le copain d'Andréa. — Bon, elle, je la connais, dis-je en regardant Andréa. Mais les autres, non. — Sois plus diplomate, on n'est pas des sauvages non plus, me chuchota Leila. — Oui, euh, voici Pierre, Lucas, Célia, Maria et Ugo, dit Andréa en montrant ses amis.
Théo commença à s'approcher de nous, ce qui me mit sur la défensive. Je commençai à reculer avec Leila qui avait sa main dans la mienne et le prévins de ne pas avancer plus, mais il n'écouta pas. Donc, je prononçai « terre » en bougeant les doigts de ma main libre, et des racines sortirent de la terre en l'enfermant dans une prison où il se transforma en humain, mais il brûla les racines de ses mains pour en sortir. Leila me regarda avec de la peur dans les yeux, mais je lui fis un petit sourire pour ne pas qu'elle s'inquiète. Là, pour le coup, je fus surprise, mais ne le montrai pas. Enfin, j'essayai de ne pas le montrer en croisant les bras.
— Tu maîtrises la magie du feu, intéressant, commentai-je. — Tu ne sais pas le faire ? dit-il en souriant. — Bien sûr que si. — Pourquoi vous êtes venues ici ? Je ne vous ai jamais vues. — On visite, fis-je d'un air détaché en regardant Leila.
Ne voulant pas perdre la face devant lui, mes réponses étaient vagues. Leila émit un son pour me dire de partir, donc je les regardai une dernière fois et on partit à la même vitesse que tout à l'heure. Nous arrivâmes à la maison trente secondes plus tard. Maman nous porta un regard plein de questions, ce qui nous fit tout balancer. Elle nous regarda avec de la peur et de la surprise aussi. Elle s'assit en soufflant, puis commença son dialogue sur le fait que nous devions être discrètes et prudentes.
Après avoir établi quelques consignes à leur sujet, je montai dans ma chambre qui était de taille assez grande et de couleur claire. Il y avait déjà un grand lit et une grande armoire qui pouvaient me servir de penderie, suivis d'un bureau. J'avais aussi une salle de bains qui était collée à ma chambre, ce que je trouvais génial. Étant donné que j'avais quelques cartons dans ma chambre, j'allai ouvrir la fenêtre et commençai à tout déballer. Tout allait très vite avec ma rapidité, j'avais presque fini quand j'entendis le camion se garer devant la maison. Je descendis un peu trop vite et arrivai à la porte avant ma mère.
— Ce que je t'envie d'aller aussi vite, dit-elle.
Je lui souris et ouvris la porte aux deux déménageurs assez costauds. Leila descendit au bon moment pour commencer à aider à décharger le camion. À la fin, les deux gars prirent la machine à laver qu'ils avaient un peu de mal à porter, puis moi et Leila prîmes le piano qui était pour nous léger. Avec notre force, on avait vu bien pire à porter. Les déménageurs nous trouvèrent bizarres, mais comme ils étaient bien payés, ils ne dirent rien. On posa le piano là où maman nous dit et on partit chercher le reste des cartons qu'il restait, puis on finit par sortir, parlant à l'écart des déménageurs.
— Non mais t'as vu leurs têtes ? fit Leila en riant. — Oui, ils ont du mal et nous, on y va easy. — Faut juste faire attention qu'on ne nous voie pas, dit-elle en me souriant. — On dira qu'on a galéré, dis-je en haussant les épaules avec un sourire complice. — Ça ne s'est pas vu.
Je reconnus directement sa voix, je me tournai vers lui et vis qu'il n'était cette fois pas avec les gars de sa bande. Il ne me lâcha pas des yeux et je commençai à baisser la barrière que j'avais placée quand il était dans les parages.
— Vous nous suivez ou comment ça se passe ? demanda Leila en croisant les bras. — J'habite juste en face, et les gars dans le quartier, dit Théo en souriant. — C'est bien notre veine, fit remarquer Leila en soufflant. — Leila, viens voir s'il te plaît, dit maman en apparaissant devant la porte, puis elle repartit aussitôt. — Votre mère est humaine ? — Oui, ça te pose un problème ? fis-je méfiante. — Je suis juste surpris, ne t'inquiète pas, dit-il en levant les mains, montrant sa bonne foi. — Leila, dépêche-toi ! cria maman depuis la maison. — J'arrive, maman, dit-elle en se tournant vers moi. Je reviens.
Elle se retourna en vitesse, mais elle se prit le trottoir et s'ouvrit la cheville. Elle tomba au sol et se retint de crier. Les gars paniquèrent, mais on n'avait pas le temps pour ça, ma sœur saignait beaucoup. L'os nous disait bonjour et je n'avais pas le temps de l'amener ailleurs, car les déménageurs étaient encore dans la maison.
— Entourez-nous, que personne nous voie, les pressai-je. — Pourquoi ? On doit appeler une ambulance, dit Ugo paniqué. — Faites... ce qu'elle... dit, implora Leila devenant toute rouge, les larmes coulant sur ses joues.
Les gars se mirent autour de nous et je posai directement mes mains au-dessus de la cheville de Leila. Une lumière blanche éclaira sa blessure, faisant tomber de petits cristaux blancs sur sa plaie, et un petit courant d'air passa, faisant lever nos cheveux. On vit la blessure se cicatriser. Tout ça dura 15 secondes maximum. Après ça, Leila se leva et souffla de bien-être. Elle marcha un peu, faisant jouer sa cheville comme neuve. Je souris en la voyant comme ça.
— Comment t'as fait ? demanda Lucas surpris. — Vous n'étiez pas censé voir ça, dis-je sans le regarder. — Pourquoi tu l'as fait alors ? fit remarquer Pierre.
Du coin de l'œil, je vis les deux déménageurs prendre la route.
— Je n'aurais pas pu l'emmener dans la maison avec les déménageurs et il fallait faire vite, dis-je doucement sentant maman venir.
— Les filles, rentrez, tout est là, intervint-elle.
On partit sans leur dire au revoir, en fermant la porte qui claqua. On finit de ranger la maison, puis nous mangeâmes une pizza devant la télé, tel un samedi soir, sans nous prendre la tête. Quand j'arrivai dans ma chambre, je finis vite, fis mes cartons et sortis mon ordinateur portable. Pendant que je me mettais en pyjama, l'ordinateur avait le temps d'avoir tout mis à jour pour Internet. Je regardai Insidious avant de me coucher. Sans que je comprenne pourquoi, je rêvai de Théo
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