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Chapitre 3 Chapitre 3
La rage m’a suivi hors de la salle d’entraînement. Je regrette immédiatement mes paroles. Je ne lui en avais jamais parlé, car même s’il m’a ouvert la voie, c’est moi qui ai choisi de m’y engager. Mes excuses sont instantanées, ne lui laissant pas le temps de répondre.
— C’est bon, Max, tu as le droit de le dire. Si tu savais comme je regrette de te l’avoir présentée. J’y pense tous les jours.
La nostalgie me serre la gorge, et je hais cette humidité au coin de mes yeux, annonçant une soirée à ressasser le passé.
— Viens chez moi ce soir, Lisa a invité Mirabelle.
Ce n’est pas la personne que j’ai le plus envie de voir, mais à cet instant, tout ce que je veux, c’est éviter la solitude. Je rentre chez moi, attrape une bouteille de vin rouge et me dirige chez mes amis.
Ils habitent à quinze minutes, mais leur quartier est bien différent du mien. Il est embelli par de magnifiques végétations, et il y a même un square pour enfants. Les habitants ne se disputent pas à chaque coin de rue, l’air est pur et paisible. Leur maison se trouve au bout d’une impasse, protégée par un portail coulissant et un interphone. Une fois à l’intérieur, on découvre un couloir pavé beige, entouré de chemins de pierre délimités par des arbustes, le tout éclairé par de petites lanternes au crépuscule.
Je frappe à la porte, et Chris m’ouvre immédiatement. Notre accolade est forte, comme toujours, même après toutes ces années. J’embrasse Lisa puis Mirabelle, malgré son odeur de patchouli désagréable, et je m’installe sur le canapé. La cheminée réchauffe la pièce, déjà conviviale. Le mur de pierre apparente face à la baie vitrée rend le salon encore plus charmant. Mes amis ont bon goût, et un peu d’épargne, il faut l’admettre.
Chris me sert un verre de crème de whisky sans me demander, il me connaît trop bien. Mirabelle brise le silence qui s’est installé depuis mon arrivée.
— Comment vas-tu, Maxime ? Ça fait deux ans qu’on ne s’est pas vus, non ?
Cela fait longtemps que l’on ne m’a pas appelé par mon prénom complet, mes proches savent que je préfère mon diminutif.
— Oui, c’est possible. Et toi, tu travailles toujours pour ce photographe ?
— Non, j’ai arrêté depuis un moment. J’ai ouvert ma propre boutique et j’ai une clientèle fidèle.
Cette nouvelle ne me surprend pas, elle a toujours eu un don pour la photographie et des idées à revendre.
Mirabelle est une amie de longue date de Lisa, elles se connaissent depuis le collège. Je l’ai rencontrée au lycée. Je n’ai jamais vraiment aimé cette fille, elle est arrogante et sournoise. Lisa lui a souvent pardonné ses écarts de conduite. Elles sont très différentes, et je ne vois toujours pas en quoi elles se complètent, mais Lisa la défend toujours, quoi qu’il arrive. Même si Mirabelle semble s’être adoucie avec le temps, je reste méfiant de ses manières trompeuses.
Lisa s’inquiète pour mon nez et, devant Mirabelle, elle prétend que je me suis pris un coup à la boxe. Mirabelle ne pose pas plus de questions. Nous passons à table après avoir déjà pas mal grignoté, Lisa a préparé une excellente quiche. Chris en profite pour me servir du vin blanc. Les discussions tournent autour du boulot, d’un côté, Lisa parle de ses patients avec humour et parfois une pointe de désespoir de ne pouvoir les aider plus, de l’autre, Chris essaie de convaincre Mirabelle de prendre une assurance voiture, ce qui semble bien l’intéresser. Cet homme a un tel charisme qu’il est devenu l’un des meilleurs atouts de la banque où il bosse. Il faut dire qu’il croit dur comme fer aux services qu’il propose. Quant à moi, j’écoute et me ressers à boire dès que mon verre est vide, noyant mon chagrin dans l’alcool. La bouteille ne fait pas long feu. Mon cerveau commence à devenir un peu plus joyeux qu’au début de la soirée.
— Et toi Maxime, tu bosses toujours dans cette agence de presse ?
— Non, j’ai démissionné il y a quelques années. Je viens juste de décrocher une nouvelle opportunité.
Lisa n’a même pas le temps de répondre que Mirabelle apporte aussitôt le dessert sur la table, pendant que Chris remplit des coupes pour célébrer ma nouvelle embauche. Chaque bouchée est un régal.
Je commence à être bien éméché lorsque Mirabelle aborde le sujet épineux sans trop de tact.
— T’as des nouvelles de Mélissa ?
Lisa manque de s’étouffer avec une noix de pécan. Mirabelle semble satisfaite de sa question, qu’elle devait sans doute attendre pour la poser depuis le début de la soirée. Son excitation est comparable à celle d’une gamine prête à aller jouer au parc. Cette vipère n’a pas changé.
— Je ne sais pas, tu en as d’Ezéchiel ?
Je réponds du tac au tac, me mettant au même niveau qu’elle en évoquant son ex-fiancé. Elle devait se marier l’an dernier, mais son petit ami a tout annulé à la dernière minute. L’aînée de Mirabelle s’était avérée plus intéressante. Je n’avais pas l’intention d’utiliser cette histoire pour lui renvoyer son venin, mais elle ne m’a pas laissé d’autre choix. Sa question n’avait rien d’innocent, elle connaît déjà toute l’histoire grâce à Lisa.
— Figure-toi qu’il a quitté ma sœur et qu’il veut me récupérer.
— Qu’est-ce qu’il regrette exactement ? Ton arrogance ? Ta simplicité d’esprit ?
Je prends plaisir à voir ses yeux s’emplir de colère. Elle qui pensait m’énerver finit par s’exciter toute seule. Elle commence à m’injurier sans la moindre répartie, ses mains tremblent et je jubile d’avoir réussi à la toucher sans pour autant me dévoiler, car au fond, sa question m’a anéanti.
Lisa essaie de calmer le jeu comme à son habitude, mais les mots qu’on s’échange sont si violents qu’elle n’arrive pas à faire entendre sa douce voix.
— C’est toi qui me dis ça, toi qui as raté ta vie ? Toi qui trouves comme excuse la boxe pour justifier ton visage amoché alors que tout le monde sait que tu cherches la bagarre dès que tu entres dans un bar. T’es qu’un minable. Tu l’as toujours été, même au lycée.
Je ne sais pas si ses mots m’atteignent, mais je prends mon manteau en laine, remercie mes amis, et décide de rentrer chez moi, à pied.
En fermant le portail derrière moi, je sens une résistance. Mirabelle me supplie de la laisser me raccompagner chez moi en voiture. Comme une tête brûlée, je refuse.
— Je t’en prie, je ne vais pas te laisser rentrer par ce froid avec tout cet alcool dans le sang. Ne fais pas l’idiot.
Après un court instant de réflexion, je la suis jusqu’à sa voiture. Je ris en m’apercevant qu’elle a toujours la même Ford Ka rouge du lycée. Son visage s’adoucit soudainement.
— Pas de commentaire s’il te plaît. Tu sais à quel point j’adore cette voiture.
Nous rions tous les deux et, pour un instant, cette voiture semble instaurer une trêve entre nous. Je lui indique mon domicile et nous restons silencieux tout le long du trajet. J’observe les lampadaires défiler le long de la route. La ville est calme. Mirabelle se gare le long du trottoir en face de mon immeuble.
— Tu habites dans un de ces appartements ?
— Ouais. Tu veux voir ?
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