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Chapitre 2
Le lendemain, la confrontation était inévitable. Marc m'avait demandé de passer à l'appartement que nous partagions pour récupérer mes affaires. Quand je suis arrivée, Sophie était là, seule, assise sur mon canapé, sirotant un café dans ma tasse préférée.
Elle portait un des peignoirs en soie de Marc.
« Ah, te voilà, » dit-elle d'un ton faussement enjoué, comme si nous étions de vieilles amies. « Je commençais à m'inquiéter. »
La provocation était si évidente, si crue, que j'ai dû serrer les poings pour ne pas lui jeter quelque chose à la figure.
« Qu'est-ce que tu fais là, Sophie ? »
« Je vis ici, maintenant, » répondit-elle avec un haussement d'épaules nonchalant. « Marc voulait que je me sente chez moi. Alors, je me sens chez moi. »
La colère montait en moi, chaude et amère. Je me suis forcée à rester calme, à ne pas lui donner la satisfaction de me voir perdre le contrôle.
« C'est drôle, » ai-je dit, ma voix plus stable que je ne l'aurais cru. « Il y a deux jours à peine, il me disait que cet endroit ne serait jamais une maison sans moi. Il m'a même offert la bague de sa grand-mère. Tu sais, celle qu'il garde dans le coffre. »
C'était un coup bas, une tentative désespérée de m'accrocher à un passé qui n'existait déjà plus. Je voulais voir une lueur de doute dans ses yeux, une once de jalousie.
Mais Sophie a simplement souri. Un sourire lent et carnassier.
« Oh, la bague ? Il me l'a montrée. Il a dit qu'il avait failli faire une erreur, mais qu'il s'était souvenu à temps à qui elle était vraiment destinée. »
Chaque mot était une pierre jetée sur les ruines de ma fierté.
Mon assistante, Léa, qui avait insisté pour m'accompagner, a fait un pas en avant. « Camille, on devrait juste prendre tes affaires et partir. Ça n'en vaut pas la peine. »
Sophie a tourné son regard vers Léa, un mépris glacial dans les yeux. Puis, elle s'est levée, s'est approchée de la table basse où j'avais posé la veille un prototype de collier pour une nouvelle collection. C'était une pièce complexe, délicate, des heures de travail.
Elle l'a pris entre ses doigts. « C'est toi qui as fait ça ? C'est... mignon. Un peu démodé, non ? »
Et puis, elle a fait quelque chose d'impensable. Alors que je la regardais, horrifiée, elle a simplement resserré sa prise. Le métal s'est tordu, les pierres se sont détachées, tombant sur le tapis avec un bruit mat. L'œuvre était détruite.
Ce n'était qu'un prototype, mais elle venait de détruire une partie de moi.
C'est à ce moment-là que Marc est entré. Il a vu la scène : moi, le visage décomposé par la rage, Sophie, l'air faussement effrayé, et les débris du collier sur le sol.
« Qu'est-ce qui se passe ici ? » a-t-il demandé, sa voix dure.
Sophie s'est immédiatement jetée dans ses bras, se mettant à sangloter. « Marc, j'ai essayé d'être gentille, mais elle... elle est devenue folle. Elle m'a accusée de tout, et puis elle a cassé son propre collier en disant que c'était de ma faute ! »
Je n'en croyais pas mes oreilles. Le mensonge était si énorme, si audacieux.
« C'est faux ! » ai-je crié, ma voix se brisant. « C'est elle qui l'a détruit ! »
Marc m'a regardée, et pour la première fois, j'ai vu de la haine pure dans ses yeux. Pas de la confusion, pas de la pitié. De la haine.
« Camille, arrête ton cirque ! » a-t-il hurlé. « Tu ne supportes pas de m'avoir perdu, alors tu viens ici pour harceler Sophie ? Regarde-toi ! Tu es pathétique ! »
Léa, ma fidèle et courageuse Léa, n'a pas pu se retenir. « Monsieur Lefèvre, c'est injuste ! J'ai tout vu, c'est Madame Moreau qui a provoqué Camille et qui a cassé le bijou ! »
Le regard de Marc s'est tourné vers Léa, froid comme l'acier. « Vous êtes virée. Prenez vos affaires et sortez de ma vue. Et vous ne travaillerez plus jamais dans ce milieu, je m'en assure personnellement. »
Léa a blêmi, des larmes montant à ses yeux. La voir ainsi, punie pour avoir dit la vérité, pour m'avoir défendue, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase de ma douleur.
Nous sommes parties en silence, moi portant les cartons de ma vie brisée, Léa portant le poids d'une injustice cruelle.
Trois jours plus tard, j'ai appris la nouvelle par un appel glacial d'un policier.
Léa était morte.
Elle avait fait une chute dans les escaliers de son immeuble. Un accident, disait le rapport. Un stupide, tragique accident.
Mais au fond de mon âme, dans un endroit sombre et terrifié, je savais que ce n'était pas un accident. C'était un message. Un avertissement. Et il venait de Marc et Sophie. La peur, une peur viscérale et paralysante, s'est emparée de moi. Le jeu venait de changer. Il ne s'agissait plus seulement d'un cœur brisé et d'une humiliation publique. Il s'agissait de ma survie.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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