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Chapitre 2

Je me suis levée, j'ai enfilé un peignoir de soie et je suis sortie de la chambre. Chloé était déjà dans la sienne, fredonnant en choisissant ses vêtements. Le son m'a donné la nausée.

Dans le couloir, j'ai croisé Madame Bertrand, notre gouvernante. Elle était avec nous depuis avant la naissance de Léa, une femme discrète, efficace et d'une loyauté sans faille. Elle me regardait avec une inquiétude non dissimulée.

« Madame a l'air fatiguée. »

J'ai posé un doigt sur mes lèvres, puis j'ai fait un signe de tête en direction des escaliers de service qui menaient à la cave. Elle a froncé les sourcils, intriguée, mais a hoché la tête. Elle comprenait qu'il ne fallait pas poser de questions.

« Chloé veut que ses parents biologiques viennent passer quelques jours ici, à cause du froid, » ai-je murmuré une fois que nous étions à l'abri des oreilles indiscrètes, dans l'office.

Madame Bertrand a pincé les lèvres, son visage habituellement impassible se durcissant.

« Madame est trop bonne. Après tout ce que vous avez fait pour cette enfant… Elle ne pense qu'à eux. »

Je savais qu'elle n'avait jamais vraiment porté Chloé dans son cœur. Elle était trop perspicace pour ne pas voir la petite manipulatrice qui se cachait derrière les sourires angéliques.

« Je vais leur préparer quelques cadeaux de bienvenue, » ai-je continué en me dirigeant vers la lourde porte de la cave. « J'ai besoin de votre aide. »

En descendant les marches de pierre, l'air frais et humide m'a enveloppée. Les souvenirs de ma première vie sont revenus avec une violence inouïe. Je les revoyais, les parents de Chloé, débarquant avec leurs grosses valises vides et leur appétit sans fond. Je revoyais leur regard cupide balayant le salon, estimant la valeur de chaque objet. Je revoyais la façon dont ils vidaient nos bouteilles de vin les plus chères sans même un merci, comment ils se resservaient trois fois à table en se plaignant que la nourriture n'était "pas assez consistante".

Je revoyais le visage fatigué de Marc, essayant de rester poli, de faire bonne figure. Je revoyais la petite Léa, effrayée par ces voix fortes et ces manières brutales, se réfugiant dans mes jupes. Et moi, idiote, je leur demandais de rester, encore et encore, pour faire plaisir à Chloé. Je les avais laissés souiller ma maison, terroriser ma famille, épuiser nos réserves. Tout ça pour finir poignardée, veuve et privée de mon enfant.

Une rage froide m'a envahie, une détermination de fer.

Plus jamais.

Cette fois, je ne serai pas l'agneau qu'on mène à l'abattoir. Cette fois, je suis le boucher.

« Madame Bertrand, » ai-je dit, ma voix résonnant contre les murs de pierre. « Prenez ces caisses de Château Pétrus. Et cette boîte de foie gras. Les plus chères. »

Elle m'a regardée, stupéfaite.

« Mais Madame… C'est pour eux ? »

« Non. C'est pour nous. »

Avec une précision chirurgicale, nous avons ouvert les caisses en bois. J'ai délicatement retiré les bouteilles au nectar pourpre, valant une petite fortune chacune. Je les ai posées avec soin sur une étagère à part, dans l'ombre. Puis j'ai fait de même avec les boîtes de conserve de foie gras, les terrines truffées, les chocolats fins.

Devant nous, il ne restait que des emballages luxueux, vides de leur substance. Des promesses magnifiques qui ne contenaient que du vide. Exactement comme l'amour de Chloé pour moi.

« Maintenant, refermez tout, » ai-je ordonné. « Faites en sorte que ça ait l'air neuf. Impeccable. »

Madame Bertrand a travaillé en silence, ses mains agiles scellant à nouveau les boîtes et les caisses. Elle ne posait aucune question. Elle avait vu l'éclat dans mes yeux, elle avait compris que le jeu avait changé.

Je suis remontée, les bras chargés de ces magnifiques mensonges. Chloé sortait de sa chambre, habillée d'un cachemire coûteux que je lui avais offert pour son anniversaire.

« Oh, maman ! C'est incroyable ! Ils vont être tellement heureux ! »

Je lui ai tendu les paquets. Ils étaient lourds de vide et de déception future.

« Bien sûr, ma chérie. C'est pour ta famille. »

J'ai insisté sur le mot "ta".

« Maintenant, vas-y. N'attends pas. La neige commence à tomber plus fort. Tu ne veux pas être bloquée en chemin. »

Je la poussais dehors. Je la poussais vers son destin. Celui qu'elle avait choisi.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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