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Chapitre 2
Le lendemain matin, je suis revenue.
J'avais passé la nuit dans un petit hôtel anonyme, à fixer le plafond, le film de la trahison se rejouant en boucle dans ma tête. Je n'avais pas dormi. La colère avait remplacé le chagrin, une colère froide et déterminée.
Je m'étais entraînée à marcher comme une aveugle, à tâtonner, à laisser mes yeux légèrement dans le vague. J'ai remis mes lunettes de soleil, mon masque de cécité.
Quand j'ai ouvert la porte, j'avais espéré, contre toute logique, qu'il serait seul. Qu'il serait rongé par la culpabilité, même s'il ne savait pas que je savais. J'espérais voir des traces de remords.
La réalité fut bien pire.
L'appartement empestait encore. Un mélange écœurant du parfum cher de Chloé et de l'odeur rance du sexe. Chloé était là, assise à notre table de cuisine, sirotant un café comme si elle était chez elle. Elle portait un de mes peignoirs de soie. Mon peignoir.
Louis s'est précipité vers moi, son visage une composition parfaite d'inquiétude feinte.
« Mon amour ! Tu es rentrée plus tôt ! Tout va bien ? Ta mère va bien ? »
Il m'a prise par le bras pour me guider. Son contact me brûlait la peau. Je me suis retenue de vomir.
« Oui, tout va bien. Je voulais juste rentrer. » Ma voix était neutre, vide.
Chloé s'est levée, un sourire narquois sur les lèvres.
« Bonjour Manon. Louis m'a dit que tu ne te sentais pas très bien hier. Je suis passée voir si je pouvais aider. »
Son ton était mielleux, condescendant. Elle jouait la bonne amie, la femme attentionnée. Je la voyais clairement, son regard brillant de triomphe. Elle me jaugeait, savourant sa victoire.
« C'est gentil, Chloé. »
Louis a continué son manège.
« Chloé a été un ange. Elle est restée pour me tenir compagnie, tu sais, j'étais si inquiet pour toi. »
La lâcheté de cet homme était sans fond. Il n'était même pas capable d'assumer. Il se cachait derrière elle, derrière ma cécité.
Ils ont continué à interagir devant moi comme si j'étais un meuble. Leurs mains se frôlaient, leurs regards se croisaient avec une complicité évidente. C'était un spectacle obscène, une torture psychologique délibérée.
Puis, le comble de l'humiliation.
Chloé a posé sa main sur son front d'un air théâtral.
« Oh là là, je crois que j'ai pris froid hier soir... J'ai un mal de tête terrible. Louis, mon chéri, tu n'aurais pas quelque chose ? »
Louis a immédiatement affiché un air concerné.
« Bien sûr. Manon, mon amour, tu pourrais aller chercher les médicaments pour Chloé ? Tu sais, dans l'armoire de la salle de bain, sur la deuxième étagère. La boîte blanche. »
Mes jambes ont failli se dérober. L'armoire de la salle de bain. La deuxième étagère. La boîte blanche. Je savais exactement ce que c'était. Ce n'était pas de l'aspirine. C'était la pilule du lendemain qu'il gardait là, "au cas où". Je le savais parce que nous en avions parlé une fois, il y a longtemps, et j'avais trouvé ça sordide.
Il me demandait à moi, sa fiancée qu'il venait de tromper, de fournir à sa maîtresse le moyen d'effacer les conséquences de leur nuit. Il me demandait, à moi, la femme aveugle et bafouée, d'être la complice silencieuse de leur sordide affaire.
C'était au-delà de la cruauté. C'était d'une perversité absolue.
J'ai senti le regard de Chloé sur moi, un regard amusé, provocateur. Elle voulait voir jusqu'où irait mon humiliation.
J'ai pris une profonde inspiration. Je devais jouer le jeu. Pour l'instant.
« Bien sûr, Louis. »
J'ai marché lentement, ma canne blanche tapotant le sol devant moi. Chaque pas vers la salle de bain était un pas de plus vers l'enfer. J'ai ouvert l'armoire. Mes mains ne tremblaient pas. J'ai trouvé la boîte blanche. Je l'ai prise.
Je suis revenue dans le salon. J'ai tendu la boîte dans leur direction.
« Tiens. »
Chloé l'a prise, ses doigts effleurant les miens. Un contact qui m'a donné la nausée.
« Merci, Manon. Tu es un amour. »
J'ai entendu le bruit du blister qu'on perce, puis le son d'elle avalant avec un verre d'eau.
Devant mes yeux.
Ils avaient transformé mon sacrifice en farce, mon amour en humiliation, et mon foyer en théâtre de leur perversion.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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