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Chapitre 1
La porte de l' appartement s' est refermée avec un bruit sec. Dehors, la pluie tombait sur Paris, mais à l' intérieur, le silence était total. Je suis restée plantée au milieu du salon, mes affaires jetées à mes pieds dans des sacs poubelles.
« Tu es trop ordinaire, Adèle. Sans pedigree. »
Les mots de Marc Dubois résonnaient encore dans ma tête. Il venait de me jeter dehors. Lui, l' héritier de la grande maison de couture Dubois, mon petit ami depuis trois ans, l' homme pour qui j' avais tout quitté.
Il allait se fiancer. Pas avec moi, bien sûr. Avec Chloé Martin, une créatrice déjà célèbre, issue d' une famille puissante. Une femme qui avait le bon nom, le bon sang. Tout ce que je n' avais pas.
J' étais juste Adèle Dupont, fraîchement diplômée d' une école de design, talentueuse mais sans un sou, issue d' un quartier populaire.
Je me suis baissée pour ramasser un carnet de croquis qui s' était échappé d' un sac. Mes doigts tremblaient. C' était une humiliation totale, brutale.
Ce n' était pas la première fois que je vivais cette scène.
Dans une autre vie, une vie passée, j' avais pleuré. J' avais supplié Marc, je m' étais accrochée à lui, persuadée que notre amour était plus fort que les conventions sociales. J' avais cru qu' il finirait par se souvenir de nos projets, de nos rêves.
Cette croyance m' avait détruite.
J' avais tout fait pour empêcher son mariage avec Chloé. En retour, la famille Dubois m' avait fait enfermer dans un atelier clandestin, un véritable bagne où je cousais jour et nuit pour des marques de luxe, jusqu' à ce que mes doigts saignent et que mes yeux ne voient plus clair.
J' y avais passé des années, oubliée de tous.
Le pire, ça n' avait pas été l' enfermement. Le pire, ça avait été mon propre fils. Pierre. Notre fils, à Marc et à moi. Élevé par les Dubois, il avait honte de moi, de mes origines modestes. Il me méprisait.
Un jour, il était venu me voir. Il m' avait apporté un verre d' eau. J' étais si heureuse de le voir, si touchée par ce geste.
Il y avait du poison dans l' eau.
Je suis morte dans d' atroces souffrances, sous le regard indifférent de mon propre enfant.
Je me suis relevée, le carnet de croquis serré contre ma poitrine. Cette fois, je ne pleurerais pas. Cette fois, je ne supplierais personne. La douleur de cette mort passée était encore vive en moi, une flamme froide qui avait brûlé toutes mes illusions.
L' amour ? C' était une faiblesse. La dévotion ? Une prison.
Cette nouvelle vie, je la vivrais pour moi. Uniquement pour moi.
La sonnette a retenti. Je savais qui c' était. J' ai ouvert la porte sans hésiter.
Madame Dubois se tenait sur le palier, droite et glaciale dans son tailleur Chanel. Son regard me balayait de haut en bas, plein de mépris. Elle ne m' a même pas dit bonjour.
« Voici un million d' euros. »
Elle m' a tendu un chèque.
« Prenez cet argent et disparaissez de la vie de mon fils. Ne vous montrez plus jamais. Ne le contactez plus jamais. »
Son ton était sans appel, celui d' une reine qui exile une servante.
Dans ma vie antérieure, j' avais déchiré ce chèque avec indignation, criant que mon amour ne s' achetait pas. Quelle idiote j' avais été.
Cette fois, j' ai tendu la main et j' ai pris le chèque. Mes doigts ne tremblaient plus. J' ai regardé le montant. Un million. Le prix de ma disparition. C' était peu cher payé pour la souffrance qu' ils m' avaient infligée, mais c' était un début.
J' ai regardé Madame Dubois droit dans les yeux.
« C' est un bon début. Mais j' ai une condition. »
Elle a haussé un sourcil, surprise par mon calme.
« Vous allez user de votre influence pour m' obtenir une place à l' Istituto Marangoni de Milan. La meilleure école de design. Et vous vous occuperez de mon départ. Je veux être dans l' avion dans les trois jours. »
Son visage s' est durci. Elle ne s' attendait pas à ça. Elle s' attendait à des larmes, à des cris. Pas à des exigences.
« Tu te prends pour qui ? » a-t-elle sifflé.
« Pour quelqu' un qui a un million de raisons de faire un scandale qui entacherait le nom des Dubois juste avant les fiançailles de votre fils, » ai-je répondu froidement. « Votre mariage arrangé avec les Martin vaut bien plus qu' une simple place dans une école, n' est-ce pas ? Considérez ça comme une clause de confidentialité. »
Elle m' a dévisagée, ses yeux froids cherchant une faille dans mon assurance. Elle n' en a trouvé aucune. La jeune Adèle naïve et amoureuse était morte dans un atelier sordide.
« Très bien, » a-t-elle fini par céder, la voix sèche. « Fais tes valises. Mon assistante te contactera pour les détails. »
Elle a tourné les talons et est partie sans un mot de plus.
J' ai refermé la porte. J' ai regardé le chèque dans ma main. Ce n' était pas de l' argent sale. C' était une compensation. Une première pierre pour construire ma forteresse.
Marc, Chloé, Madame Dubois… ils croyaient m' avoir chassée, m' avoir humiliée. Ils pensaient s' être débarrassés de moi.
Ils ne savaient pas qu' ils venaient de créer leur pire ennemie.
Milan m' attendait. Et cette fois, je n' allais pas coudre dans l' ombre pour les autres. J' allais construire mon propre empire, et je les regarderais tomber de leur piédestal.
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