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Chapitre 1

La voix de Pierre Dubois était dénuée de toute émotion, plate et froide comme la surface d'un lac gelé.

« Je vais l'épouser. »

Monsieur Dubois, son père, leva la tête de ses documents, une lueur de surprise traversant ses yeux calculateurs. Il repoussa ses lunettes sur son nez.

« Qui vas-tu épouser ? De quoi tu parles ? »

« Isabelle Moreau, » répondit Pierre, son regard fixé sur un point vide derrière son père. « La fille de la famille Moreau. L'héritière qui est dans le coma. »

Le silence s'installa dans le bureau luxueux. Monsieur Dubois fixa son fils, cherchant un signe de plaisanterie ou de folie sur son visage. Mais le visage de Pierre était un masque de marbre, impénétrable.

Puis, la surprise sur le visage de son père se transforma en une joie à peine dissimulée. Un sourire avide étira ses lèvres fines.

« C'est une excellente nouvelle, Pierre ! Une excellente nouvelle ! » Il se leva, contourna son bureau en acajou et posa une main sur l'épaule de son fils. La chaleur de sa paume était écœurante. « La famille Moreau est l'une des plus puissantes de la ville. Une alliance avec eux... c'est une opportunité en or. Tu as enfin compris où est ton intérêt. Je suis fier de toi. »

Pierre ne recula pas, mais son corps se raidit imperceptiblement. L'intérêt. C'était le seul mot que son père connaissait.

« J'ai des conditions, » dit-il, sa voix toujours aussi neutre.

Le sourire de Monsieur Dubois se figea un instant. « Des conditions ? »

« Oui. Je veux que Marc quitte la maison. »

Le nom de son demi-frère flotta dans l'air, lourd de sens. Le visage de Monsieur Dubois s'assombrit immédiatement.

« Pierre, ne recommence pas. Marc est ton frère. »

« Il n'est pas mon frère, » coupa Pierre, ses yeux s'animant enfin d'une lueur glaciale. « Il est le fils de ta maîtresse. L'homme qui a pris ma place, qui a eu l'amour que tu ne m'as jamais donné. Je me sacrifie pour cette famille, pour ton honneur. Le minimum que tu puisses faire, c'est de l'éloigner de moi. Je ne veux plus jamais le voir. »

Chaque mot était une accusation, une blessure ancienne qu'il rouvrait sans pitié. Monsieur Dubois recula, le visage contracté. Il regarda son fils, ce fils qu'il n'avait jamais vraiment connu, et vit une détermination qu'il ne lui soupçonnait pas. Il pesa le pour et le contre. D'un côté, son fils préféré, Marc. De l'autre, une alliance inespérée avec les Moreau, une fortune et un statut social consolidés pour des décennies. Le choix était vite fait.

« D'accord, » céda-t-il, la voix rauque. « Marc ira vivre dans l'un de nos appartements en ville. Tu ne le verras plus. D'autres conditions ? »

« Non. C'est tout. »

Pierre se retourna et se dirigea vers la porte, sans un mot de plus.

« Pierre, » l'appela son père. « Et pour Chloé ? »

Le corps de Pierre s'arrêta. Il ne se retourna pas. Le nom de Chloé était comme un poison lent qui se répandait dans ses veines. Chloé. La seule lumière dans ses ténèbres, la femme qu'il aimait depuis trois ans, en silence, avec une dévotion désespérée.

« Ça ne te regarde pas, » dit-il froidement avant de sortir et de refermer la porte derrière lui.

Il traversa les couloirs immenses et froids de la villa familiale, ses pas résonnant sur le marbre poli. Son cœur battait à tout rompre, une douleur sourde et familière lui étreignant la poitrine. Il descendit le grand escalier, et son regard fut attiré par le salon.

Et là, il les vit.

Marc et Chloé.

Marc était assis sur le canapé, et Chloé était penchée vers lui, une expression de tendre inquiétude sur son visage. Elle lui arrangeait une mèche de cheveux rebelle avec une douceur infinie. Marc lui sourit, un sourire charmeur et confiant, et attrapa sa main.

La scène se déroula sous les yeux de Pierre, en silence, comme un film muet. Chaque geste, chaque regard échangé, était une confirmation brutale de ce qu'il avait toujours su, de ce qu'il avait refusé de croire.

Son esprit le ramena trois ans en arrière. Il se souvint du premier jour où il avait vu Chloé. C'était lors d'une réception. Elle portait une robe simple, se tenant à l'écart de la foule bruyante, observant les oiseaux dans le jardin. Il avait été immédiatement captivé par son calme, par la douceur de son regard.

Il avait passé les trois années suivantes à essayer de se rapprocher d'elle. Il lui envoyait des fleurs, des cadeaux, l'invitait à sortir. Il apprenait ses goûts, ses passions. Il faisait tout ce qu'un homme amoureux pouvait faire.

Mais Chloé était toujours restée distante, polie mais froide. Elle acceptait parfois ses invitations, mais il sentait toujours un mur invisible entre eux. Il avait mis ça sur le compte de sa timidité, de sa nature réservée. Il s'était dit qu'avec le temps, il parviendrait à la conquérir.

Quelle ironie.

La vérité était là, cruelle et évidente. Elle n'était pas timide. Elle était simplement amoureuse de quelqu'un d'autre. De son demi-frère.

Pierre repensa à son enfance. À la mort de sa mère, quand il n'avait que dix ans. À l'arrivée de Marc et de sa mère, quelques mois plus tard. Son père avait présenté Marc comme son frère, et avait exigé qu'il le traite comme tel. Mais comment aurait-il pu ? Marc recevait toute l'attention, tous les compliments, tout l'amour de leur père, tandis que Pierre était relégué au second plan, un rappel constant de l'épouse décédée. Marc était le soleil brillant, et lui, l'ombre froide.

Il se souvint d'une conversation qu'il avait surprise quelques jours plus tôt. Il rentrait tard et avait entendu des voix dans le jardin. C'était Marc et Chloé.

« Pourquoi tu es si froid avec Pierre ? » avait demandé Chloé. « Il a l'air de beaucoup t'apprécier. »

La voix de Marc était pleine d'un mépris à peine voilé. « Apprécier ? Il est obsédé, oui. C'est juste un type pathétique et collant. Ne t'inquiète pas pour lui. Il finira par se lasser. »

Pierre avait senti son monde s'effondrer. Pathétique. Collant. C'était donc ce qu'elle pensait de lui, influencée par les mensonges de Marc.

Il secoua la tête, chassant les souvenirs. La douleur était trop vive, trop insupportable. Il remonta les escaliers sans un bruit, retourna dans sa chambre et ferma la porte. Il se dirigea vers son bureau, le visage dur comme la pierre.

Il attrapa son téléphone. Il n'allait pas se laisser détruire. Il allait prendre le contrôle.

Il composa le numéro de son assistant.

« Préparez les papiers pour le mariage. Et contactez la famille Moreau. Dites-leur que j'accepte leur proposition. Le plus tôt sera le mieux. »

Il raccrocha, son regard se perdant dans le vide. Le sacrifice était fait. La vengeance pouvait commencer.

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Liste des chapitres

19 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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