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Chapitre 2
Le lendemain, Pierre convoqua son père dans son propre bureau, une petite pièce austère qui contrastait avec le luxe du reste de la maison. Monsieur Dubois entra, un air de triomphe sur le visage.
« Alors, mon fils. Le contrat de mariage est en cours de rédaction. Les Moreau sont ravis. »
Pierre ne l'invita pas à s'asseoir. Il resta debout, les mains dans les poches.
« Je veux que tu quittes ce bureau, » dit-il calmement.
Son père le dévisagea, interloqué. « Pardon ? »
« Ce bureau était celui de ma mère. Tu n'as rien à faire ici. Prends tes affaires et va-t-en. »
« Pierre, c'est ridicule ! C'est le bureau principal de la maison ! »
« Et alors ? Je me marie pour sauver ton entreprise et ton honneur. En retour, je veux cet espace. C'est non négociable. »
Monsieur Dubois serra la mâchoire, la colère brillant dans ses yeux. Mais il vit la même détermination froide que la veille. Il savait que Pierre ne bluffait pas. Sacrifier un bureau pour des millions... le calcul était encore une fois simple.
« Très bien, » cracha-t-il. Il fit demi-tour et sortit en claquant la porte.
Pierre resta immobile un long moment, respirant lentement. Il sentait une amère satisfaction. C'était une petite victoire, mais c'était un début. Il commença à vider le bureau de toutes les affaires de son père, les jetant sans ménagement dans des cartons. Il voulait effacer toute trace de lui.
Plus tard dans la journée, il se prépara pour une soirée de charité. C'était un événement incontournable pour l'élite de la ville. Il savait que Marc et Chloé y seraient. Une idée germa dans son esprit, froide et précise. Il avait besoin d'un cavalier.
Il descendit et trouva son père dans le grand salon.
« Je vais à la soirée de la fondation ce soir, » annonça-t-il.
« Très bien. C'est une bonne chose de te montrer. »
« J'ai besoin d'un chauffeur et d'un garde du corps. »
« Bien sûr, je vais appeler... »
« Je veux que ce soit toi, » le coupa Pierre.
Son père le regarda, bouche bée. « Moi ? Tu veux que moi, ton père, je sois ton chauffeur ? »
« Et mon garde du corps, » précisa Pierre d'un ton glacial. « Tu as passé ta vie à me rabaisser, à me traiter comme un moins que rien. Maintenant, tu vas me servir. Tu vas m'ouvrir la porte, tu vas te tenir derrière moi comme un laquais. C'est le prix à payer. »
La rage déformait les traits de Monsieur Dubois. Il était sur le point d'exploser, mais il se retint. Il pensa à l'empire Moreau. Il déglutit, ravalant sa fierté.
« D'accord, » dit-il d'une voix étranglée. « Je le ferai. »
Pierre hocha la tête, sans une once de triomphe. Juste un vide immense. Il se sentait nauséeux. Il quitta la pièce, laissant son père seul avec son humiliation. Il savait qu'il venait de franchir une ligne. Il n'y avait plus de retour en arrière possible. C'était eux ou lui.
En arrivant à la soirée, Pierre sortit de la voiture, son père lui tenant la porte avec une expression meurtrière. Il ignora les regards curieux des autres invités et entra dans la salle de bal somptueuse. Les lustres en cristal scintillaient, la musique classique flottait dans l'air.
Il repéra immédiatement Marc. Il était au centre d'un groupe, riant et charmant tout le monde, comme à son habitude. Il se tenait à côté d'une jeune femme ravissante, mais ce n'était pas Chloé. Pierre fronça les sourcils, cherchant Chloé du regard. Il ne la voyait nulle part.
Marc l'aperçut et s'approcha, un sourire faux aux lèvres.
« Pierre ! Quelle surprise de te voir ici. Et... Père ? Que fais-tu là, derrière lui ? » demanda-t-il avec une fausse innocence.
« Je suis le garde du corps de mon fils, » répondit Monsieur Dubois, les dents serrées.
Marc laissa échapper un petit rire. « Vraiment ? Comme c'est... original. » Il posa une main sur l'épaule de Pierre. « Écoute, frère, je sais qu'on a eu nos différends, mais... »
« Ne me touche pas, » siffla Pierre, se dégageant brusquement. « Et ne m'appelle pas "frère". »
Le sourire de Marc s'effaça. Son regard devint dur. « Comme tu voudras. Mais tu devrais faire attention. Tu te fais des ennemis. »
« Les seuls ennemis que j'ai sont sous ce toit, » rétorqua Pierre.
Leur échange attira l'attention. Les gens commençaient à les regarder. Marc, sentant qu'il perdait la face, changea de tactique. Son visage se décomposa, ses yeux s'emplirent de larmes.
« Je ne comprends pas pourquoi tu me détestes autant, Pierre, » sanglota-t-il. « J'ai toujours essayé d'être un bon frère pour toi. Après tout ce que j'ai fait pour toi... »
Pierre sentit la bile lui monter à la gorge. Il se souvenait de toutes les fois où Marc l'avait saboté, avait volé ses idées, l'avait humilié devant leur père. Voir cette comédie était insupportable.
C'est à ce moment-là qu'une voix s'éleva, claire et froide.
« Que se passe-t-il ici ? »
Pierre se retourna. Chloé se tenait là. Elle était magnifique dans une robe émeraude qui mettait en valeur ses yeux. Mais son regard n'était pas pour lui. Il était fixé sur Marc, plein d'inquiétude.
« Chloé ! » s'exclama Marc, se jetant pratiquement dans ses bras. « Pierre m'insulte devant tout le monde. Il dit que je ne suis pas son frère... »
Chloé lança un regard réprobateur à Pierre. « Pierre, arrête ça. Tu sais à quel point Marc est sensible. »
La douleur frappa Pierre avec la force d'un coup de poing. Sensible ? Marc ? L'homme qui avait orchestré sa misère depuis des années ? Et Chloé, la femme qu'il aimait, le défendait. Elle le croyait.
« Il t'a raconté comment il a pris ma bourse d'études pour l'étranger en falsifiant une lettre de dénonciation ? » demanda Pierre, sa voix tremblante de rage contenue.
Marc pâlit légèrement. Chloé fronça les sourcils.
« De quoi parles-tu ? Marc a eu cette bourse parce qu'il était le meilleur. »
« Le meilleur pour mentir et manipuler, oui, » cracha Pierre. Il sentait les larmes lui monter aux yeux, des larmes de rage et d'impuissance. Il ne pouvait pas continuer. Il ne pouvait pas se battre contre eux deux.
Il tourna les talons et s'éloigna, se frayant un chemin à travers la foule. Il se dirigea vers le bar et commanda un whisky. Il le but d'un trait, le liquide brûlant sa gorge mais n'apaisant pas le feu dans sa poitrine.
L'événement principal de la soirée était une vente aux enchères caritative. Le commissaire-priseur présenta le premier lot : un collier de diamants et de saphirs. Les enchères commencèrent, montant rapidement.
« Cinq cent mille euros ! » lança un homme d'affaires.
« Six cent mille ! » cria une autre voix.
C'était Marc. Il souriait, regardant la femme à côté de lui. Pierre serra son verre. Il savait que Marc faisait ça pour l'impressionner, pour montrer son pouvoir.
« Un million, » dit Pierre, sa voix portant clairement dans le silence qui s'était installé.
Tous les regards se tournèrent vers lui. Marc le dévisagea, stupéfait. Un million d'euros ? D'où sortait-il cet argent ?
« Un million cent mille ! » rétorqua Marc, le visage crispé.
« Deux millions, » dit Pierre sans ciller. Il avait reçu une partie de la dot des Moreau en avance. Un acompte sur son sacrifice.
Marc était blême. Il n'avait pas autant d'argent. Il se tourna vers leur père, cherchant de l'aide, mais Monsieur Dubois secoua la tête, l'air sombre.
« Deux millions une fois... deux millions deux fois... » commença le commissaire-priseur.
Marc était piégé. Il allait être humilié publiquement. Pierre sentit une bouffée de satisfaction cruelle. Il allait le voir ramper.
Soudain, une voix puissante retentit depuis l'entrée.
« La famille Chevalier offre dix millions d'euros pour ce collier, et couvrira toutes les enchères de Monsieur Marc Dubois pour le reste de la soirée. »
Un homme en costume impeccable s'avança, flanqué de deux gardes du corps. Un silence de mort tomba sur l'assemblée. La famille Chevalier. L'une des familles les plus anciennes et les plus riches, non seulement de la ville, mais du pays. Ils étaient connus pour leur discrétion et leur puissance quasi mythique. Que faisaient-ils ici ? Et pourquoi soutenaient-ils Marc ?
Pierre sentit un frisson glacial lui parcourir l'échine. Il ne comprenait pas. C'était impossible. Il avait gagné. Et soudain, tout lui était arraché. Il regarda Marc. La surprise sur son visage s'était transformée en un triomphe extatique. Il regarda Chloé. Elle souriait à Marc, les yeux brillants d'admiration.
Le monde de Pierre venait de basculer à nouveau. Il n'était plus dans une simple querelle familiale. Il faisait face à un ennemi dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Et il était seul. Complètement seul.
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