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Chapitre 1

Ma conscience flottait dans un brouillard épais, un espace froid et vide où le temps n'existait plus. Je sentais mon corps, ou ce qu'il en restait, devenir lourd, très lourd, comme une ancre rouillée tirée vers le fond d'un océan sans lumière. Les bips rythmés et monotones d'une machine à côté de moi étaient la seule chose qui me reliait encore à la vie.

Je suis Alexandre Dubois. Ou du moins, j'étais Alexandre Dubois. Aujourd'hui, je ne suis plus qu'un corps allongé sur un lit d'hôpital, luttant pour chaque respiration, mon existence dépendant des tubes et des fils qui me parcourent.

Tout ça pour quelques verres d'alcool.

Une ironie cruelle. Moi qui avais donné un rein à ma fiancée, Chloé, pour la sauver, je mourais maintenant parce qu'elle m'avait forcé à boire pour son ami d'enfance, Jean-Luc.

La porte de la chambre s'est ouverte doucement. C'était Madame Dubois, la mère de Chloé, ma belle-mère. Son visage, habituellement si digne et composé, était ravagé par le chagrin et l'épuisement. Elle s'est approchée de mon lit, ses mains tremblantes se posant sur mon bras.

"Alexandre... tiens bon, mon garçon. Je t'en supplie, tiens bon."

Sa voix était brisée. Je voulais lui répondre, lui dire de ne pas s'inquiéter, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Mes paupières étaient des pierres.

Puis, Chloé est entrée. Belle, radieuse, comme toujours, mais avec une froideur dans les yeux que je ne lui connaissais pas avant son "accident". Après la greffe, elle avait eu un léger accident de voiture et avait prétendu avoir perdu la mémoire. Elle se souvenait de tout le monde, sauf de moi. L'homme qui l'aimait plus que tout, l'homme qui lui avait donné une partie de lui-même pour qu'elle puisse vivre.

Elle a regardé la scène sans la moindre émotion.

"Maman, qu'est-ce que tu fais ? On dirait qu'il va mourir."

Sa voix était légère, presque ennuyée.

Madame Dubois s'est tournée vers elle, les yeux pleins de larmes et de colère.

"Chloé ! C'est de ta faute ! C'est toi qui l'as forcé à boire au dîner avec Jean-Luc ! Tu sais très bien qu'après le don de rein, son corps est fragile !"

Chloé a haussé les épaules, un geste désinvolte qui m'a transpercé le cœur, même dans mon état de semi-conscience.

"Ce n'était que quelques verres. Jean-Luc avait un client important, il fallait bien que quelqu'un trinque à sa place. S'il ne peut même pas faire ça pour Jean-Luc, à quoi sert cet arriviste ? Il a grimpé l'échelle sociale grâce à notre famille, il doit bien rendre la pareille."

Le mot "arriviste" a résonné dans mon crâne vide. C'était donc ce que j'étais pour elle maintenant. Un outil. Un pion.

Madame Dubois a sorti un papier de son sac, le diagnostic du médecin, et l'a agité sous le nez de sa fille.

"Regarde ! Regarde ça ! Le médecin a dit qu'il a une intoxication alcoolique aiguë et que son seul rein est en train de lâcher ! Si on ne fait pas une opération en urgence, il va mourir ! Il va mourir, tu comprends ?"

Elle pleurait à chaudes larmes, son corps secoué de sanglots.

Chloé a jeté un œil dédaigneux au papier. Un petit rire méprisant s'est échappé de ses lèvres.

"Oh, la mise en scène est très réussie. Il a dû utiliser des moyens aussi sordides pour me forcer à l'épouser à l'époque. Maman, tu es vraiment trop naïve."

Le désespoir a submergé Madame Dubois. Elle a fait quelque chose d'inimaginable. Cette femme, cette ancienne professeure d'université si fière et digne, s'est agenouillée. Elle s'est agenouillée devant sa propre fille, abandonnant toute dignité.

"Chloé, je t'en supplie. Au nom de l'amour que tu avais pour lui, signe les papiers pour l'opération. C'est toi sa fiancée, sa plus proche parente. Sans ta signature, les médecins ne feront rien. S'il te plaît, sauve-le. Je te le demande à genoux."

Le visage de Chloé s'est durci. L'amusement a laissé place à une irritation profonde.

"Arrêtez ces manigances ! Vous me fatiguez toutes les deux ! Vous n'arrêtez pas de me dire que j'étais si amoureuse de lui avant. C'est un mensonge, n'est-ce pas ? Vous me mentez pour que je reste avec lui ! Sinon, pourquoi je ne me souviendrais d'aucun sentiment pour cet homme ? C'est clair, la personne que j'aime, c'est Jean-Luc !"

Elle a attrapé sa mère par le bras et l'a relevée brutalement.

"Sortez ! Allez-vous-en ! Je ne veux plus vous voir."

Elle a poussé Madame Dubois hors de la chambre et a claqué la porte.

Le silence est retombé, lourd et suffoquant.

À travers le brouillard de ma conscience, une dernière pensée a émergé, claire et amère. Chloé... elle pensait que c'était un jeu. Elle pensait que sa simulation d'amnésie était si convaincante que tout serait pardonné une fois qu'elle "retrouverait" la mémoire. Elle s'imaginait qu'après s'être amusée avec Jean-Luc, elle pourrait revenir vers moi et que je l'accueillerais à bras ouverts.

Mais cette fois, c'était différent. Cette fois, ce n'était pas un jeu.

Cette fois, je la quittais vraiment. Pour toujours.

Le son de la machine à côté de moi est devenu plus faible, plus lent. L'obscurité m'avalait, et pour la première fois, je ne luttais plus.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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