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Chapitre 2
Le son des voix est devenu plus clair, comme si on avait tourné le bouton d'une vieille radio.
"Son état se dégrade rapidement. La pression chute. Le rein ne répond plus."
C'était la voix d'une infirmière, calme mais tendue.
"Et la famille ? Toujours pas de signature pour l'opération ?" demanda une autre voix, celle d'un médecin.
"Non, docteur. La fiancée, Mademoiselle Lambert, refuse. Elle prétend que c'est une comédie. La mère est dévastée, mais légalement, c'est la signature de la fiancée qui compte."
"C'est insensé. On le laisse mourir sous nos yeux à cause d'un caprice ? Le temps presse."
J'entendais tout, mais je ne pouvais rien faire. Et puis, une sensation étrange m'a envahi. Une légèreté. Comme si l'ancre qui me retenait au fond de l'océan venait de se briser.
Lentement, je me suis élevé.
J'ai flotté au-dessus de mon propre corps, ce corps inerte et pâle sur le lit d'hôpital. Je voyais les tubes, les machines, mon visage sans vie. C'était une expérience surréaliste, déroutante. J'étais devenu un spectateur de ma propre fin. Mon âme, ou quoi que ce soit, venait de se détacher de sa prison de chair.
Libéré de mes limites physiques, j'ai traversé le mur, attiré par une force invisible. J'ai trouvé Madame Dubois dans le couloir, effondrée sur un banc, le visage entre les mains. Elle ne pleurait plus, elle semblait vidée de toute énergie.
Après un long moment, elle s'est relevée. Son visage a changé. Le désespoir a fait place à une détermination farouche. Elle a sorti son téléphone et a composé un numéro.
"Jean-Luc ? C'est la mère de Chloé. Il faut que je te voie. Tout de suite."
Je l'ai suivie. Mon esprit flottait derrière elle, impuissant. Elle a pris un taxi et s'est rendue dans un quartier luxueux de la ville. Elle est entrée dans un bar chic où Jean-Luc l'attendait, un sourire suffisant aux lèvres. Il était élégamment vêtu, l'air d'un homme à qui tout réussit.
"Madame Dubois, quelle surprise. Chloé va bien ?"
Madame Dubois n'a pas perdu de temps.
"C'est Alexandre. Il est en train de mourir. Il a besoin d'une opération, mais Chloé refuse de signer. Elle est sous ton influence, elle ne m'écoute plus. Je t'en prie, Jean-Luc, parle-lui. Convaincs-la."
Jean-Luc a siroté son whisky, l'air faussement pensif.
"Mourir ? C'est bien dommage. Mais que voulez-vous que j'y fasse ? Chloé est une grande fille. Et puis, entre nous, cet Alexandre n'a jamais été à la hauteur pour elle. C'était un simple peintre sans le sou. Chloé mérite bien mieux."
La rage montait en moi, une rage froide et impuissante. J'étais là, invisible, écoutant cet homme détruire ma vie avec une désinvolture écœurante.
Madame Dubois a serré les poings. Elle a ouvert son sac à main et en a sorti un chéquier.
"Combien ?" a-t-elle demandé, la voix tremblante mais ferme. "Combien veux-tu pour laisser Chloé tranquille et la convaincre de sauver Alexandre ? Je te donnerai tout ce que j'ai. Mes économies, la maison... tout."
Jean-Luc a éclaté de rire. Un rire bruyant et méprisant qui a fait se retourner quelques clients.
"Madame Dubois, vous êtes incroyable. Vous pensez vraiment que votre petite fortune peut m'acheter ? Ma famille possède la moitié des entreprises de cette ville. Votre argent de poche ne m'intéresse pas."
Il s'est penché vers elle, son sourire se transformant en une grimace cruelle.
"Mais je vais vous dire ce que je vais faire. Je vais parler à Chloé. Je vais lui dire que vous avez essayé de me soudoyer pour que j'abandonne mon 'grand amour'. Je vais lui dire que vous êtes une mère manipulatrice et prête à tout pour la marier à votre petit protégé. Qu'en pensez-vous ?"
Il s'est levé, a ajusté sa veste coûteuse et a jeté quelques billets sur la table.
"Payez-vous un verre. Vous en aurez besoin."
Il est parti en la laissant seule, humiliée, au milieu du bar.
J'ai hurlé. J'ai hurlé de toute la force de mon âme éthérée, mais aucun son n'est sorti. Ma rage était un feu silencieux qui me consumait. Je voulais le frapper, le détruire, le faire souffrir comme il faisait souffrir cette femme admirable. Mais je ne pouvais rien faire. Je n'étais qu'un fantôme, un témoin impuissant de la destruction de tout ce que j'avais aimé.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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