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Chapitre 3 Chapitre 03
Il revint le lendemain. Et le surlendemain. Et le jour d'après.
Comme promis, Elle l'avait accompagnée pour faire ses cartons chez Josh, et ensemble, elles les avaient rapportés au café. Malgré la suggestion d'Elle d'y aller quand Josh serait chez lui, Jewel ne voulait pas le voir et choisit d'y aller quand il était au travail. Le compromis sur lequel Elle et elle s'étaient mises d'accord était de laisser Elle acheter de la peinture en bombe fluo et d'écrire « CON'NARD » sur sa porte d'entrée, avec un gros cœur juste en dessous.
Jewel avait bien essayé de l'arrêter. En quelque sorte. Si rester plantée là à lui dire où placer le cœur, c'était arrêter, alors elle avait en effet « arrêté » Elle.
Préparant une tasse de café pour toutes les deux, Jewel monta les marches jusqu'à l'appartement d'Elle. Ayant toujours vécu avec quelqu'un, elle se sentait plus qu'un peu effrayée d'être seule. Pour commencer, elle allait devoir apprendre à se tenir debout toute seule et à compter sur elle-même. Bien sûr, elle aurait Elle, mais elle devait commencer à se comporter comme la jeune femme de vingt-cinq ans qu'elle était. Et la première chose serait de trouver un endroit à elle, un petit appartement qu'elle pourrait se payer, et commencer à y construire sa vie.
- Hé, j'ai apporté les cafés, dit-elle en grimpant l'escalier en colimaçon qui menait à son appartement.
Il y avait une petite cuisine et un espace ouvert qui servait à la fois de salon et de salle télé. Elle était affalée devant la télé, à regarder une sitcom.
- Merci, ma belle, fit Elle en se redressant pour prendre la tasse de sa main.
Prenant une gorgée de son café, elle gémit de plaisir.
- Si je n'étais pas attirée par les hommes, c'est avec toi que je sortirais, sans hésiter !
- Au moins, ça fait une personne, dit-elle.
Se tournant vers la télé, elle essaya de comprendre ce qui se passait, mais son esprit était ailleurs. Principalement tourné vers l'homme qui avait pris l'habitude de venir au café exactement à la même heure et de commander exactement la même boisson. Il s'asseyait à la même table et continuait de l'observer de son regard intense. Et plus d'une fois, quand leurs yeux se rencontraient, il lui adressait un sourire diabolique, levait la petite tasse d'expresso, se léchait les lèvres en la reposant. La chaleur lui montait au visage et elle se surprenait à battre en retraite dans la cuisine. Le fait qu'il affiche un sourire entendu quand elle s'était calmée et revenait en salle n'arrangeait rien.
Elle ne savait rien de cet homme, à part ce qu'Elle lui avait dit et ce qu'une rapide recherche de son nom avait donné. Il était une énigme pour les médias. Un avocat à succès venu du Royaume-Uni qui avait secoué le monde des affaires avec ses tactiques impitoyables et sa langue d'argent. Mais les tabloïds adoraient aussi photographier les nombreuses femmes qu'on voyait à son bras. À chaque événement où il allait, il avait une nouvelle femme à son bras, plus ravissante que la précédente. Et les médias se déchaînaient en spéculations et ragots pour savoir si ce serait celle qui dompterait l'avocat roué. Quand on le voyait avec une autre, le magazine disséquait tout ce qui avait cloché avec la précédente. Des interviews des ex de Vincent remplissaient les magazines, et les femmes qu'il avait soi-disant « utilisées et jetées » étaient suivies pendant des jours. Beaucoup profitaient de cette exposition supplémentaire, et Elle avait ajouté qu'elles aimaient probablement avoir les paparazzis à leurs trousses.
- Ohé ! Il y a quelqu'un là-dedans ?
Elle agita la main devant son visage pour attirer son attention.
- Quoi ? Pardon, j'étais perdue dans mes pensées.
Elle lui lança un sourire malicieux et demanda :
- Perdue dans tes pensées ou perdue dans les pensées de quelqu'un ? Mmm ?
Elle savait ce qu'Elle voulait dire, parce que chaque matin, celle-ci la bombardait de questions sur Vincent une fois qu'il avait quitté le café.
- Non, et au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, j'ai renoncé aux hommes pour le reste de ma vie, parce que c'est un sexe stupide et inférieur, déclara Jewel le menton haut.
- Comme tu voudras, mon amour, dit Elle en utilisant le terme affectueux qu'employait Vincent.
Elle lui lança un regard noir. Mais tout ce que cela fit, ce fut de plier Elle en deux de rire à ses dépens.
---
- Et voilà, dit Jewel en posant deux tasses de café sur la petite table devant le jeune couple.
Ils semblaient être au lycée, à en juger par leurs cartables et leurs regards discrets l'un vers l'autre.
- Merci, dit le garçon en souriant à la fille.
Elle rougit, et Jewel se surprit à sourire de leur innocence. Elle se souvenait de l'époque où Josh lui souriait comme ça. Et des fois où il la regardait quand il pensait qu'elle ne le savait pas. La tristesse de la perte de ces bons moments pesa sur ses épaules, et elle adressa un dernier sourire cordial au couple en leur souhaitant de profiter.
- Jewel, j'ai besoin que tu me fasses une faveur, appela Elle depuis le comptoir.
Elle posa le plateau et s'approcha pour la voir porter des sacs et des gobelets de voyage pour un groupe de sept personnes.
- J'ai besoin que tu fasses une livraison, dit-elle en lui adressant un sourire radieux.
- Depuis quand on livre ? demanda Jewel en regardant le sac et le café.
- Depuis ce matin ! Il faut qu'on améliore notre jeu si on veut survivre à ce monopole du café que Mme Jenkins, de l'autre côté de la rue, a lancé ! dit Elle avec de grands yeux.
- Elle vend des glaces, dit Jewel, abasourdie par son raisonnement.
- N'empêche que je la vois qui nous regarde avec ses petits yeux perçants de vieille dame, et je ne vais pas rester les bras croisés à la laisser voler nos clients !
Elle posa ses mains sur ses hanches et regarda par la fenêtre, et voilà que Mme Jenkins la regardait droit dans les yeux.
- Mais pourquoi...
- Tu vas y aller, et moi je vais tenir le fort pendant que toi, mon fidèle destrier...
- Je ne suis pas ton cheval.
- Très bien, sois un chevalier ! Mais prends juste le café et la nourriture, va à cette adresse et dis au réceptionniste principal que tu viens de chez Elle. Allez, vas-y !
Jewel souffla, mais prenant le sac et le café, elle héla un taxi et donna l'adresse au chauffeur. Le trajet dura bien dix minutes, pendant lesquelles elle regarda les bâtiments et les gens défiler depuis la banquette arrière.
- Nous y sommes, mademoiselle, dit le chauffeur en s'arrêtant devant un grand bâtiment de verre.
Lui donnant sa course, elle regarda le panneau de pierre qui portait en grosses lettres métalliques : BLOOD ET PARKER.
Serant les dents, elle se promit de tuer Elle pour avoir commodément oublié de lui dire à qui était destinée la livraison. Et si elle reprenait le nom sur la commande, elle avait le très fort pressentiment que ce nom serait Vincent.
Se ressaisissant, elle arrangea ses cheveux et entra dans l'immeuble. Hommes et femmes en costumes de créateurs circulaient tout autour, et se sentant gênée par ses chaussures confortables et ses vêtements ordinaires, elle souhaita que le sol s'ouvre sous ses pieds et mette fin à son supplice. Quelques têtes se tournèrent pour la regarder tandis qu'elle s'approchait lentement de la réceptionniste. Elle se sentait comme une enfant parmi ces gens, et réaffirma sa promesse de tuer Elle.
- Vous avez rendez-vous ? Une femme, pas plus âgée qu'elle, lui sourit, et se rappelant ce qu'Elle lui avait dit, elle répondit.
- Non, mais je viens de chez Elle, et on m'a dit de le dire au réceptionniste principal.
- Ah oui, dit la femme.
Ouvrant un tiroir, elle en sortit une carte et la lui tendit.
- Voilà, prenez cette carte, passez-la dans l'ascenseur et appuyez sur le vingt-cinquième étage. La secrétaire de M. Blood s'occupera de vous là-haut, dit-elle en ponctuant ses mots d'un autre sourire.
Comme indiqué, Jewel entra dans l'ascenseur et passa la carte. L'ascenseur se mit en mouvement, et sans aucun arrêt, les portes s'ouvrirent à l'étage « 25 ».
Un autre bureau l'accueillit, et alors qu'elle sortait de l'ascenseur, la femme assise derrière le bureau se leva et lui adressa un sourire chaleureux. Elle était beaucoup plus âgée que la femme du bas, avec des cheveux blancs et de fines rides autour des yeux.
- Vous devez être Jewel, dit-elle en s'approchant d'elle. Venez par ici jusqu'à la salle de conférence. Il y a une table prévue pour que vous disposiez les rafraîchissements.
Elle hocha la tête, et serrant le sac contre elle, la femme la mena jusqu'à la pièce. Des murs de verre donnant sur les rues en contrebas lui firent ouvrir la bouche d'émerveillement. Elle n'avait jamais vu un tel endroit auparavant.
- M. Blood va tenir sa réunion dans vingt minutes, alors je vous suggère de tout préparer tout de suite.
La voix de la femme était apaisante, et lui adressant un petit signe de tête, elle commença à disposer le café et les collations. La femme s'attardait près de la porte, et la voyant, elle se releva et lui lança un regard interrogateur.
- C'était un plaisir de vous rencontrer enfin, ma chère, dit-elle, et lui adressant un autre sourire, elle sortit.
Jewel fronça les sourcils à cette remarque étrange, mais retourna à son travail.
Elle posa le sac sur la table et, en l'ouvrant, vit qu'Elle avait déjà disposé les croissants et les biscuits sur un plateau. Il ne restait plus qu'à verser le café. Installant la table et plaçant de petites serviettes, elle recula pour admirer sa petite présentation de croissants et de biscuits. Pas mal pour une première livraison, pensa Jewel.
- Ça a l'air bien. Je me demandais si vous trouveriez l'endroit ou pas.
Se retournant, elle vit Vincent appuyé contre le chambranle de la porte. Il portait un costume bleu ajusté avec de fines lignes blanches qui le faisait paraître plus grand. Sa cravate bleu marine était parfaitement nouée et ses cheveux sombres étaient ramenés en arrière. Il semblait avoir été tiré de la couverture d'un magazine. Elle ne put s'empêcher d'admirer la perfection qu'était l'homme qui se tenait devant elle, et une fois qu'elle croisa son regard, elle se sentit rougir. Il lui souriait d'un air narquois, et la lueur dans ses yeux montrait qu'il savait exactement à quoi elle pensait.
- C'est difficile à manquer, avec l'énorme panneau qui dit Blood et Parker. Vous ne pouviez pas me dire que vous étiez un grand avocat quand on s'est rencontrés ? demanda Jewel, essayant désespérément de cacher le fait qu'elle admirait ouvertement son physique quelques instants plus tôt.
Il se décolla du verre, et mettant ses mains dans ses poches, il marcha lentement vers elle. Quand leurs pieds se touchaient presque, il se pencha et, toujours souriant, dit d'une voix basse :
- Bonjour, je suis Vincent Blood, grand avocat. Et vous ?
Incapable d'arrêter le sourire qui se frayait un chemin sur son visage, elle joua le jeu :
- Jewel Crest, grande barista chez Elle's Coffee Shop.
Il lui prit la main et la porta à ses lèvres, y déposant un doux baiser.
- Ravis de faire votre connaissance.
Elle rougit tandis que ses lèvres s'attardaient sur sa main, ses yeux ne quittant jamais les siens. Ils ne remarquèrent pas les gens qui entraient, mais une voix perça à travers la foule, brisant le moment tendre qu'elle partageait avec Vincent.
- Jewel ?
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