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Chapitre 1
Le médecin venait de partir, son regard plein de pitié gravé dans ma mémoire. La Fleur de Vie, mon unique espoir, n'arriverait jamais. Mon mari, le comte Armand, l'avait interceptée, payant une fortune pour la donner à Céleste, ma sœur adoptive, qui n'avait qu'un simple rhume. Trois jours. C'est le temps que le médecin m'avait donné, trois jours à attendre dans la douleur avant que la mort ne vienne me chercher. Mais je ne pouvais plus attendre. Je ne voulais plus attendre. J'ai attrapé la petite fiole sur la table de chevet, une potion préparée par un apothicaire discret. Elle anesthésierait toute douleur, mais le prix était élevé : une mort certaine par hémorragie et défaillance d'organes d'ici trois jours. Sans hésiter, j'ai bu le liquide au goût amer. Une chaleur étrange s'est répandue dans mon corps, et la douleur qui me rongeait depuis des mois a commencé à s'estomper. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai respiré sans que ma poitrine ne me brûle. Il ne me restait que trois jours à vivre, mais ce seraient trois jours de paix.
Je me suis levée, j'ai enfilé une robe simple et j'ai quitté la chambre sans un regard en arrière. Ma première destination était la maison de mes parents, la maison où j'avais grandi, où Céleste était arrivée comme une petite chose fragile que mes parents avaient immédiatement adorée. Quand je suis entrée dans le salon, ma mère, Madame Dubois, a levé les yeux de sa broderie avec un froncement de sourcils.
« Adèle ? Que fais-tu ici ? Tu ne devrais pas être alitée ? »
Sa voix n'avait aucune chaleur, seulement de la contrariété.
« Je venais vous voir », ai-je dit simplement.
« Nous voir ? Armand ne nous a rien dit. Il nous a dit que tu étais très malade, que tu avais besoin de repos complet », a ajouté mon père, Monsieur Dubois, en baissant son journal.
Juste à ce moment-là, Céleste est descendue de l'étage, un châle délicat sur les épaules. Elle a toussoté légèrement, une toux si faible qu'elle était à peine audible.
« Ma chère sœur, tu es là ! » s'est-elle exclamée d'une voix faussement joyeuse. « Tu n'aurais pas dû te fatiguer. Le médecin a dit que tu devais rester au lit. Regarde-moi, même pour un simple rhume, je suis si prudente. »
Elle a jeté un regard triomphant vers Armand, qui venait d'entrer derrière moi. Il s'est immédiatement approché de Céleste, posant une main inquiète sur son front.
« Tu as encore de la fièvre ? La Fleur de Vie devrait bientôt faire effet. Ne t'inquiète pas. »
Ils parlaient de mon remède, de mon unique chance de survie, comme s'il s'agissait d'un simple sirop pour la toux. La colère que j'aurais dû ressentir avait disparu, remplacée par un vide immense.
« Je ne suis pas venue me disputer », ai-je annoncé d'une voix calme. J'ai sorti des documents de mon sac. « Ce sont les actes de propriété de mes boutiques. Elles sont à toi maintenant, Céleste. »
Un silence stupéfait a rempli la pièce. Céleste m'a regardée, ses yeux grands ouverts d'incrédulité. Mes parents ont échangé un regard surpris.
« Quoi ? » a balbutié Céleste. « Adèle, tu… tu es sûre ? »
« Oui. Je suis fatiguée de me battre. Tu les voulais, elles sont à toi. »
J'ai posé les papiers sur la table basse. Mon père s'est penché pour les regarder, puis a hoché la tête avec un soulagement visible.
« Enfin, Adèle. Tu deviens raisonnable. »
Ma mère a souri, un vrai sourire cette fois, adressé à Céleste. « Céleste saura bien mieux s'en occuper. Elle a un sens des affaires si délicat, pas comme ta manière agressive de tout gérer. »
C'était donc ça. Toute ma vie, tous mes efforts, tout ce que j'avais bâti de mes propres mains, n'était que de l'agressivité à leurs yeux. Et ma capitulation était de la raison. J'ai regardé Armand. Il me fixait, une expression indéchiffrable sur le visage. Pendant des années, je m'étais plainte qu'il ne s'intéressait pas à mes affaires, mais il avait discrètement aidé Céleste à monter un petit commerce de bijoux, utilisant des contacts et des stratégies que je ne lui connaissais pas. Il avait cette capacité, mais il l'avait réservée à Céleste. Pour moi, il n'avait que des reproches sur le temps que je passais loin de la maison.
« Adèle, il faut qu'on parle », a dit Armand soudainement, son ton grave. Il m'a fait signe de le suivre dans le bureau de mon père.
Il n'a pas attendu que je sois assise. Il a sorti une liasse de papiers de sa mallette et les a posés sur le bureau.
« C'est le contrat de divorce. »
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