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Chapitre 1
Trois ans. Trois ans qu' Amélie Dubois était mariée à Antoine de Valois. Un mariage arrangé, une fusion d' intérêts. Son nom, autrefois synonyme de vignobles prestigieux à Bordeaux, n' était plus qu' une façade croulante. La faillite menaçait, et Antoine, ou plutôt sa famille, avait été la bouée de sauvetage. Une bouée empoisonnée.
Antoine la méprisait. Il ne s' en cachait pas. Ce mariage l' avait arraché à Chloé Girard, son premier amour, disait-il. Amélie n' était qu' un pion, un obstacle. Elle, elle l' aimait. En secret, depuis l' adolescence. Un amour silencieux, obstiné, face à son indifférence glaciale, à sa cruauté calculée.
Leur appartement parisien, luxueux et froid, était le théâtre de leurs affrontements. Ou plutôt, de ses humiliations à lui, et de sa résilience à elle. Une résilience teintée de sarcasme, son unique armure.
Antoine, lui, n' avait aucune retenue. Il voulait qu' elle sache à quel point il la haïssait.
« Tu n' es rien pour moi, Amélie. Juste un nom sur un contrat. »
Elle avait encaissé, comme toujours.
« Et toi, Antoine, tu es la signature en bas de page. Indispensable, mais tout aussi ennuyeuse. »
Sa répartie le surprenait parfois, le rendait furieux. C' était une maigre victoire.
Le jour de leur mariage, au Ritz. Un symbole de leur union forcée. Il avait voulu l' humilier publiquement. Des pigeons, peints de couleurs criardes, lâchés en pleine cérémonie. Un chaos ridicule, une tentative de la salir.
Elle avait souri, un sourire énigmatique.
« Original, Antoine. Presque aussi original que ta tentative de me faire croire que tu as du goût. »
Il l' avait fusillée du regard. L' indifférence qu' elle affichait le déstabilisait plus que des larmes.
Plus tard, il lui avait jeté, la voix pleine de venin :
« Tu regretteras ce jour, Amélie. Chaque jour de ta vie avec moi sera un enfer. »
Trois ans plus tard, la prophétie s' était réalisée. Pas pour elle, du moins pas comme il l' entendait. Elle regrettait la douleur, pas le fait de l' aimer.
Ce soir-là, c' était la quatre-vingt-dix-neuvième fois. L' odeur écœurante de parfum bon marché, différent de celui de la veille, flottait dans la chambre. Elle l' avait surpris, encore. Une autre femme dans leur lit.
Un haut-le-cœur la saisit. La nausée n' était pas que morale. Son corps la trahissait, de plus en plus.
Antoine la vit, debout dans l' encadrement de la porte. Il ne prit même pas la peine de se couvrir, ni de chasser sa conquête d' un soir. Un rictus mauvais étira ses lèvres.
« Un spectacle qui te déplaît, ma chère épouse ? Tu devrais être habituée, pourtant. »
Sa voix était un crachat.
Amélie resta silencieuse un instant, le visage plus pâle que d' habitude. Puis, un calme étrange s' empara d' elle.
« Antoine, je veux divorcer. »
Il la dévisagea, surpris. Lui, qui s' attendait à des cris, des reproches. L' empressement se peignit sur son visage, mêlé d' une méfiance.
« Divorcer ? Enfin une bonne idée qui te traverse l' esprit. »
Elle sortit des documents de son sac. Le contrat de divorce.
« Je ne demande rien. Ni argent, ni l' appartement. Je veux juste que ce soit fini. »
Antoine la regarda, incrédule. Il s' attendait à ce qu' elle se batte, qu' elle s' accroche à son nom, à sa fortune. Sa détermination le déconcerta. Elle n' était pas censée être aussi… détachée.
Il attrapa un stylo, signa avec une hâte presque fiévreuse. Un soulagement immense le parcourait.
Amélie observa sa signature, un trait sec et arrogant, comme lui. Elle ne dit rien.
Il la nargua encore, un dernier coup.
« Alors, tu vas enfin te trouver un autre pigeon à plumer ? Ou tu vas retourner pleurer dans les jupons de ta famille ruinée ? »
Elle le regarda droit dans les yeux, un léger sourire ironique aux lèvres.
« Peut-être. Ou peut-être que je vais juste profiter de la paix. Tu devrais essayer, un jour. »
Sa réponse le laissa perplexe. Elle n' était pas censée être calme. Elle n' était pas censée sourire.
Ce qu' Antoine ignorait, c' est que le délai de réflexion légal pour le divorce, trente jours, coïncidait cruellement avec le temps qu' il restait à Amélie. Trente jours. Le compte à rebours avait commencé. La leucémie, diagnostiquée trop tard, ne lui laissait aucune chance.
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