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Chapitre 2
« On va à l'hôpital central, » a annoncé Marc d'une voix qui se voulait douce, mais qui transpirait le calcul. « C'est le plus médiatisé. Il faut que tout le monde voie que je prends soin de toi, que je ne t'abandonne pas malgré... tout ça. »
Le mot « tout ça » flottait dans l'air, lourd de sous-entendus. Il parlait de son honneur sali, de sa pureté volée. De la tache qu'elle représentait désormais.
Élise est restée silencieuse, son corps rigide. Chaque fibre de son être hurlait. L'homme à côté d'elle, son fiancé, était son bourreau. L'odeur de son eau de Cologne, qu'elle avait autrefois tant aimée, lui donnait maintenant la nausée.
Elle se sentait piégée, sale, non pas à cause de ce que les ravisseurs lui avaient fait, mais à cause de la proximité de celui qui les avait envoyés. C'était une souillure bien plus profonde, une trahison qui s'infiltrait dans ses os.
Elle a fermé les yeux, et des fragments de souvenirs ont défilé derrière ses paupières. Marc, la poursuivant avec acharnement pendant des mois. Elle, une jeune styliste talentueuse issue d'une famille riche, était un bon parti. Mais elle avait toujours senti une sorte de distance en lui, une obsession pour autre chose, ou plutôt, pour quelqu'un d'autre.
Sophie Leclerc.
Elle avait vu la façon dont il la regardait lors des dîners de famille. Un regard affamé, un désir à peine contenu qui n'avait rien à voir avec les liens familiaux. À l'époque, dans sa naïveté, elle avait pensé que c'était juste une vieille amitié.
Quelle idiote.
Elle comprenait maintenant. Il ne voulait pas d'elle, Élise. Il voulait le statut et la fortune de sa famille, et un mariage de convenance qui lui permettrait de rester proche de Sophie, l'inaccessible femme de son propre frère. Pour cela, il devait la briser, la rendre si indésirable que seule sa "générosité" pourrait la sauver.
Une violente crampe lui a tordu l'estomac. Elle s'est penchée en avant, une main sur sa bouche, son corps secoué de spasmes.
« Qu'est-ce qui se passe ? » a demandé Marc, son ton mêlé d'impatience et de fausse inquiétude. Il a arrêté la voiture sur le côté de la route.
Élise a ouvert la portière et a vomi sur l'asphalte. Elle n'avait rien mangé depuis trois jours, seul un liquide bilieux et acide lui brûlait la gorge.
Marc est sorti, a pris une bouteille d'eau dans le coffre et s'est approché d'elle. Il lui a tapoté le dos, un geste qui se voulait réconfortant mais qui lui a donné l'impression d'être touchée par un serpent.
« C'est le choc, mon amour. Ça va aller. On sera bientôt à l'hôpital. »
Elle a repoussé sa main, se redressant avec une dignité qu'elle ne pensait plus posséder. Elle a pris la bouteille d'eau, s'est rincé la bouche et l'a regardé droit dans les yeux. Pour la première fois depuis qu'il l'avait trouvée, il y avait quelque chose dans son regard. Une lueur froide et dure.
Il a été surpris un instant, puis son visage a repris son expression de sollicitude parfaite.
« Allons-y. Il ne faut pas rester ici. »
Il l'a de nouveau installée dans la voiture, comme une poupée précieuse mais endommagée.
Élise a tourné la tête vers la fenêtre, regardant les lumières de la ville défiler. Elle s'est sentie comme un oiseau en cage. Une cage dorée, certes. Ses parents étaient riches, elle n'avait jamais manqué de rien. Marc lui promettait un mariage, une vie de luxe pour la "dédommager".
Mais elle avait perdu sa liberté. Pas seulement sa liberté physique pendant ces trois jours, mais sa liberté d'être, sa réputation, son avenir. Il avait tout pris.
Elle a croisé le regard de l'assistant de Marc dans le rétroviseur. Le jeune homme était assis sur la banquette arrière, silencieux depuis le début. Il a rapidement détourné les yeux, mais pas avant qu'Élise n'ait vu une lueur de pitié et de culpabilité dans son regard.
Il savait.
Il était complice.
Mais il avait encore une conscience. C'était une information. Une minuscule fissure dans l'armure parfaite de Marc.
Élise a serré les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes. La douleur physique était un point d'ancrage dans la tempête de dégoût et de rage qui montait en elle.
Elle ne serait pas sa victime docile. Elle ne serait pas sa poupée brisée.
Le jeu n'était pas terminé. Il ne faisait que commencer.
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