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Chapitre 2 I

— Tu es sûre de toujours vouloir y aller ?

*

Ça y est !

C’était le Jour-J. Le grand départ.

Aujourd’hui, j’allais enfin pouvoir m’envoler vers l’Amérique pour y suivre un stage extraordinaire et magique !

Je ne m’en étais toujours pas remise parce que je ne comprenais pas pourquoi c’était moi qui avais été l’heureuse élue. J’étais, certes, très douée dans ce domaine étant donné que c’était une passion pour moi, mais il y en avait bien d’autres qui méritaient ce poste ! Je n’avais pas plus de mérites, à mon sens, qu’un autre.

— Bien sûr ! Quelle question ?

— On ne sait jamais que tu te dégonflerais au dernier moment.

J’étais stressée à l’idée de m’envoler vers une terre inconnue, ce qui était normal après tout quand on soulignait le fait que c’était la première fois que je prenais l’avion, mais jamais je n’aurais renoncé. JAMAIS !

J’allais toujours jusqu’au bout de mes rêves et de ce que je voulais accomplir, qu’importe la difficulté et les sacrifices que ça me demandait. Je ne reculais devant aucun obstacle et je fonçais, tête baissée parfois, vers mon destin…

— C’est mal me connaître. Une opportunité pareille, ça ne peut pas se refuser, tu sais.

Matthew ne semblait pas partager mon opinion. Il n’avait pas l’air très enchanté pour moi, ce qui, je devais l’avouer, me brisait un peu le cœur.

— Pourquoi crois-tu que je regrette mon choix ? demandai-je soudainement.

— Je pensais que tu te rendrais compte que loin de moi, ça allait être compliqué.

Loin de moi ?

C’était tellement égoïste de sa part. Comment pouvait-il se préoccuper autant de lui alors qu’on parlait ici de la chance de ma vie ?

— Sérieusement ? Je t’ai demandé à maintes reprises si tu souhaitais me suivre dans cette aventure, mais ta réponse semblait claire et nette à chaque fois…

— Jillian, ce n’est pas contre toi…

— Je sais. « Le boulot ne saura pas s’en sortir sans toi ».

— Tu me comprends, pas vrai ?

— J’en viens à me demander si ce n’est pas toi qui ne sais pas t’en sortir sans ton boulot.

— Jillian…

— Je dois partir… Mon avion décolle dans deux heures et je ne voudrais pas le louper. Tu m’accompagnes toujours jusqu’à l’aéroport au moins ?

*

Pendant le trajet, un silence de mort dominait le taxi dans lequel nous nous trouvions. Personne ne parlait. Matthew était concentré sur son téléphone pendant que moi, je regardais le paysage, pensive.

Comment quelqu’un qui prétendait vous aimer pouvait-il faire passer son boulot avant vous ? Le fait qu’il ait peur que tout s’écroule, je pouvais encore le concevoir, mais oser me demander si je n’éprouvais pas le moindre remords à partir sans lui ? C’était un peu fort quand même. Il en venait même à me demander si je ne souhaitais pas me désister à la dernière minute… Quel culot ! Il savait à quel point ce stage était important pour moi, car c’était un rêve de gamine ! J’en avais bavé toute ma vie pour être là où j’étais aujourd’hui ! Je m’étais battue pour le décrocher, ce poste. Ma mère me disait toujours de croire en moi et de ne jamais laisser quelqu’un, bien qu’il soit important à mes yeux, briser mes rêves et mettre des barrières sur mon chemin. Je pourrais faire des concessions pour Matthew, mais à quoi bon s’il n’en faisait aucune pour moi ? C’était un cercle vicieux dans lequel nous étions enfermés depuis de longues semaines… Chacun pour soi. Chacun vivait sa vie et ses rêves. Et c’est tout.

— Tu comptes me faire la tête jusqu’au dernier moment ? me demanda Matthew, pour nos dernières minutes ensemble ?

Dois-je te rappeler que c’est toi qui m’as pris la tête juste avant de partir ?

— Je ne sais pas. Tout dépend de toi.

— Arrête, tu sais très bien que si je pouvais prendre un billet d’avion, là maintenant, pour venir avec toi, je le ferais.

— Eh bien, vas-y, qu’est-ce que tu attends ?

— Ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air, tu sais… J’ai des responsabilités et…

— Rien n’a jamais été plus simple, au contraire, le coupai-je.

— Je te promets d’essayer de me libérer le mois prochain pour passer une semaine ou deux avec toi.

— Si tu le dis.

En réalité, je savais très bien qu’il ne viendrait pas.

Matthew était comme ça, égoïste et radin. J’avais, jusque-là, réussi à vivre avec lui pendant plus de cinq ans. Ça paraissait fou, mais que voulez-vous ? C’était l’amour. De toute façon, il ne voulait pas l’avouer, mais notre relation ne faisait que se dégrader depuis un certain temps. Nous avions même envisagé de nous séparer : c’était dire à quel point ça allait loin… En réalité, je ne savais même pas si je restais avec lui pour ne pas être seule ou parce qu’au fond de moi, j’espérais qu’il pouvait changer. J’avais la certitude qu’il réussirait, s’il faisait ne serait-ce qu’un petit effort. Seulement, il ne faisait rien. Matthew était tellement obsédé par son boulot qu’il finissait par oublier qu’il avait une vie à côté de ça, une femme qui l’attendait chaque soir après ses interminables réunions.

« Les passagers du vol 956 à destination de New York sont attendus aux portes d’embarquement N54. »

C’était mon vol.

— Je dois y aller, Matthew. C’est l’heure.

— Tu vas me manquer, tu sais.

— Toi aussi.

Mensonge. On ne dirait même pas que nous sommes encore en couple.

— On se voit très prochainement, c’est promis.

Il me prit dans ses bras afin de m’enlacer une dernière fois et posa ses lèvres sur les miennes pour me prouver à quel point il m’aimait. Je savais très bien que je ne le verrais plus avant de longs mois.

Je pris ma valise dans laquelle j’avais emballé toute ma maison et me dirigeai vers le guichet. Je jetai un dernier coup d’œil rapide vers Matthew qui semblait, au loin, verser une larme. Il me faisait de la peine parce que je l’aimais, malgré tout. Peut-être que nous retrouver loin l’un de l’autre nous ferait prendre conscience qu’on se manquait, au final. Peut-être que tout finirait par s’arranger. Je ne me faisais pas trop d’illusions, mais j’y croyais.

Après tout, l’espoir faisait vivre, non ?

*

Je saluai les hôtesses avant de trouver mon siège et de m’installer bien confortablement dans celui-ci. Un peu de musique dans les oreilles pour m’évader et tout était parfait. Le voyage allait être long tout de même, mais dans moins de dix heures, je serais sur la terre américaine afin de la conquérir en tant que journaliste anglaise.

Cependant, le plus important, au final, était que je pourrais enfin m’exprimer comme je le souhaitais, et que j’allais être désormais libre.

LIBRE !

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Liste des chapitres

42 chapitres au total

  1. Chapitre 1Chapitre 1 Prologue
  2. Chapitre 2Chapitre 2 I
  3. Chapitre 3Chapitre 3 II

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