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Chapitre 2
Mireille n'a pas tardé à arriver. Elle portait une robe de soie bleu pâle qui mettait en valeur ses cheveux blonds et ses yeux clairs. Elle était l'image même de la perfection aristocratique, une perfection qu'elle cultivait avec soin.
« Jeanne, ma chère sœur, » a-t-elle dit d'une voix mielleuse. « Antoine m'a dit que tu voulais me voir. Tu as l'air pâle. Est-ce que tout va bien ? »
Sa sollicitude était aussi fausse que les perles à son cou.
J'ai gardé mon expression douce et fragile.
« Je vais bien, Mireille. En fait, je vais merveilleusement bien. Je suis enceinte. »
Son sourire s'est figé une fraction de seconde, une lueur indécelable de jalousie a traversé ses yeux avant d'être remplacée par une joie exubérante.
« Oh, Jeanne ! C'est la meilleure nouvelle que j'aie entendue ! Je suis si heureuse pour toi, pour vous deux ! »
Elle s'est approchée et m'a prise dans ses bras. Son étreinte était froide. Je me suis souvenue de ce même geste dans ma vie passée, et comment j'y avais cru. Maintenant, je sentais la menace qui émanait d'elle.
J'ai fait un pas en arrière et j'ai sonné une petite cloche à côté de mon lit. Une jeune femme de chambre est entrée rapidement. C'était Sylvie. Dans ma vie antérieure, Sylvie avait été ma femme de chambre personnelle, la nièce de la gouvernante, Madame Leclerc. Elle m'avait trahie, rapportant chacun de mes faits et gestes à Mireille en échange de quelques bijoux et de fausses promesses. Sa trahison avait grandement contribué à ma chute.
Sylvie a baissé la tête. « Madame a sonné ? »
J'ai souri. « Sylvie, je vais avoir besoin de beaucoup de repos maintenant. Et Antoine est si occupé par ses affaires... Je me disais qu'il aurait besoin de quelqu'un de confiance pour s'occuper de son bureau. Quelqu'un de discret et d'efficace. »
J'ai tourné mon regard vers Mireille, puis de nouveau vers Sylvie.
« Sylvie, tu sers cette maison depuis longtemps. Je pense que tu serais parfaite pour ce poste. Tu aideras Monsieur Leclerc, tu t'assureras qu'il ne manque de rien. Qu'en penses-tu ? »
Sylvie a levé la tête, ses yeux s'écarquillant de surprise et de cupidité. Servir directement le maître de maison ? C'était une promotion inespérée, une porte ouverte vers plus de pouvoir et d'influence au sein du personnel. J'ai vu l'ambition brûler dans son regard. Elle n'avait pas changé.
Mireille a froncé les sourcils, perplexe.
« Mais Jeanne, Sylvie est ta femme de chambre personnelle. Tu auras besoin d'elle plus que jamais maintenant. »
« Oh, je trouverai quelqu'un d'autre, » ai-je répondu nonchalamment. « La tranquillité d'Antoine est plus importante. S'il est serein, je le serai aussi. C'est mieux pour le bébé. »
C'était l'argument parfait, l'argument que personne ne pouvait contester. Le bien-être de l'héritier.
Antoine est revenu à ce moment-là.
« Alors, tu as annoncé la bonne nouvelle ? » a-t-il demandé, son regard s'attardant sur Mireille.
« Oui, » ai-je dit. « Et je prenais justement des dispositions. Je pense que Sylvie devrait travailler pour toi désormais, dans ton bureau. Pour que tu ne sois pas dérangé. »
Antoine a haussé un sourcil, surpris et un peu flatté par cette attention.
« Me prendre ta meilleure servante ? Jeanne, tu es trop bonne. »
C'était une fausse protestation, je le savais. Il aimait être entouré de jolies jeunes femmes. Sylvie était discrète et tout à fait à son goût.
« J'insiste, » ai-je dit fermement, mais avec un sourire. « C'est ma décision. Sylvie, à partir de demain, tu rapporteras directement à Monsieur Leclerc. »
« Merci, Madame ! Merci infiniment ! » a balbutié Sylvie, s'inclinant si bas que son front touchait presque le sol.
Plus tard dans la journée, la tante de Sylvie, la gouvernante Madame Leclerc, est venue me voir. Elle était une femme sévère et initialement fidèle à Mireille, car c'était la famille de Mireille qui lui avait donné sa position.
« Madame, » a-t-elle commencé, son ton habituellement austère légèrement adouci. « Je vous remercie d'avoir pensé à ma nièce. C'est un grand honneur pour elle. »
Je pouvais voir la satisfaction sur son visage. La promotion de sa nièce renforçait sa propre position dans la maison. Je lui avais offert une opportunité, créant une dette. Lentement mais sûrement, je retournais les allégeances.
« Sylvie est une jeune femme intelligente, Madame Leclerc. Je suis sûre qu'elle fera un excellent travail pour mon mari. Assurez-vous simplement qu'elle reste... concentrée sur ses tâches. »
C'était un avertissement voilé. Elle a compris.
« Bien sûr, Madame. Je veillerai personnellement à ce qu'elle ne vous déçoive pas. »
Le pion était en place. Sylvie, pensant servir ses propres ambitions, allait devenir mes yeux et mes oreilles dans le sanctuaire d'Antoine. Elle rapporterait tout, non pas à Mireille cette fois, mais indirectement à moi, via sa tante qui me serait désormais redevable.
Le soir est tombé. Antoine et Mireille sont allés ensemble annoncer la nouvelle à Madame Dubois. Je les ai regardés partir depuis ma fenêtre, un duo parfait d'hypocrisie et d'opportunisme.
Je me suis caressé le ventre.
« N'aie pas peur, mon enfant. Maman est là. Et cette fois, personne ne nous fera de mal. »
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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