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Chapitre 2 Chapitre 2

CHAPITRE 2

LE POINT DE VUE DE LINA

Je relevai lentement les yeux vers l'immense bâtiment illuminé qui se dressait devant moi dans la nuit.

L'Hôtel Bellagio.

Même de l'extérieur, l'endroit respirait l'argent avec une arrogance tranquille - des voitures de luxe défilaient sous les lumières dorées pendant que des hommes en costume ouvraient les portières à des clients élégants, et je baissai immédiatement les yeux vers mes propres vêtements, simples et usés, consciente jusqu'à la douleur de ce que je représentais au milieu de tout ça.

Je n'avais rien à faire ici. Pourtant j'étais venue, parce que l'hôpital avait appelé ce matin, parce que l'état de ma mère s'était aggravé, parce que le médecin avait prononcé cette phrase qui me hantait encore depuis des heures : *sans traitement, nous ne pourrons pas faire grand-chose de plus.*

Je serrai nerveusement les doigts autour de mon sac, puis je franchis les portes.

L'air parfumé et frais me donna presque le vertige. Tout brillait autour de moi - le marbre, les lustres gigantesques, les bijoux des femmes présentes - et je me sentis sale au milieu de ce luxe, comme une erreur qui aurait réussi à se glisser dans un endroit où elle n'avait pas sa place. Une réceptionniste impeccablement maquillée leva les yeux vers moi et, avant même que j'ouvre la bouche, elle demanda :

- Mademoiselle Morel ?

Mon cœur rata un battement.

- Oui...

Son sourire devint étrange, comme si elle savait exactement pourquoi j'étais là et que cette connaissance lui appartenait depuis longtemps.

- Veuillez me suivre.

Chaque pas derrière elle augmentait mon envie de fuir - encore maintenant je pouvais partir, courir, disparaître dans la ville et ne jamais regarder en arrière. Mais où irais-je ? Les dettes nous retrouveraient, et eux me retrouveraient avec.

Nous arrivâmes devant un ascenseur privé. La femme appuya sur un bouton puis se tourna vers moi sans un mot, et quand les portes s'ouvrirent je montai seule, les mains tremblantes cachées derrière mon dos.

Lorsque les portes s'ouvrirent à nouveau, deux femmes m'attendaient déjà - magnifiques, froides, professionnelles - et l'une d'elles me tendit une robe noire très courte que je regardai comme si elle était en feu.

- Je ne porterai pas ça.

La femme soupira légèrement.

- Toutes les participantes portent une robe similaire.

*Participantes.* Comme si ce mot pouvait rendre cette situation moins horrible.

- Je veux juste parler à la personne qui m'a contactée.

- Après la préparation.

Je reculai immédiatement.

- Non.

L'autre femme s'approcha doucement, avec dans la voix quelque chose qui ressemblait à de la pitié.

- Écoute... si tu es ici, c'est que tu n'as plus le choix.

Cette phrase me transperça, parce qu'elle avait raison, et que la vérité prononcée à voix haute est toujours plus cruelle qu'on ne l'imagine.

Elles m'emmenèrent finalement dans une immense suite où plusieurs autres filles se préparaient déjà. Certaines semblaient habituées, d'autres avaient l'air aussi terrifiées que moi, et je remarquai immédiatement une blonde assise près du miroir, les yeux rouges, qui devait avoir mon âge. Elle me regarda quelques secondes avant de murmurer :

- Première fois ?

Je hochai lentement la tête.

Un sourire triste traversa son visage.

- Moi aussi.

Mon ventre se noua davantage. Une maquilleuse m'installa devant un miroir malgré mes protestations, et je me regardai pendant qu'elle travaillait sur mon visage sans que personne ne me demande mon avis - comme si Lina disparaissait petit à petit, comme si cette soirée était en train de tuer la dernière partie innocente de moi, la seule qui me restait encore.

Puis la porte de la suite s'ouvrit brusquement et le silence tomba d'un coup, même les maquilleuses s'arrêtèrent.

Un homme entra.

Grand, costume noir parfaitement taillé, regard glacial. Dangereux - très dangereux, d'une façon qui ne devait rien au hasard. Je compris instantanément qu'il n'était pas un simple client : cet homme respirait le pouvoir comme d'autres respirent l'air, avec cette naturalité inquiétante propre à ceux qui ont depuis longtemps cessé de douter de leur place dans le monde. Les autres filles baissèrent immédiatement les yeux.

Lui, en revanche, me regardait directement.

Et plus il me regardait, plus son visage devenait sombre. Mon cœur commença à battre violemment, parce qu'il avait l'air furieux - terriblement furieux - et que ses yeux noirs glissèrent lentement sur ma robe, mes jambes, mon visage maquillé, avant qu'il ne serre la mâchoire.

- Qui a osé la mettre sur cette liste ?

Personne ne répondit. Le silence dans la pièce était tellement lourd que j'entendais presque mon propre cœur battre. L'homme me fixait toujours, comme s'il essayait de comprendre quelque chose, ou de se retenir de tuer quelqu'un. Finalement, une des femmes chargées de la préparation prit la parole avec une prudence calculée :

- Monsieur De Luca... tout est déjà prêt pour la soirée.

*De Luca.* Même sans connaître ce nom, la réaction des autres suffisait à en comprendre le poids - l'atmosphère changeait autour de lui, comme si l'air lui appartenait.

Ses yeux restèrent sur moi encore quelques secondes avant qu'il détourne enfin le regard.

- Sortez.

Sa voix était calme, trop calme, et personne ne discuta. En quelques secondes, tout le monde quitta la pièce, les autres filles furent emmenées ailleurs, et je me retrouvai seule avec lui.

Mon ventre se serra immédiatement. Il s'approcha lentement, très lentement, et instinctivement je reculai jusqu'à heurter le bord de la coiffeuse derrière moi. Il s'arrêta à quelques mètres, ses yeux noirs détaillant mon visage sans aucune douceur.

- Qui t'a envoyée ici ?

- Je... on m'a proposé de venir pour régler une dette...

- Quelle dette ?

- Celle de mon père.

À peine eus-je prononcé ces mots qu'une étrange expression traversa son visage - froide, violente, presque dangereuse - avant qu'il ne reprenne :

- Tu sais au moins ce qu'est cette soirée ?

Je fronçai légèrement les sourcils.

- Une sorte... d'événement privé ?

Même moi, ma réponse me sembla ridicule. Ses yeux se durcirent encore davantage.

- Bordel...

Il passa une main sur son visage, détourna les yeux une seconde, et c'est là que j'eus vraiment peur - parce que cet homme semblait découvrir quelque chose d'horrible, et que les hommes comme lui ne trouvaient presque jamais rien d'horrible.

- Écoute-moi attentivement, dit-il en revenant vers moi. Tu dois partir maintenant.

Mon cœur bondit d'espoir.

- Je peux vraiment partir ?

- Oui. Avant que-

La porte s'ouvrit brusquement. Un homme chauve entra précipitamment, légèrement essoufflé.

- Adriano, les invités sont déjà installés. Vittorio commence dans cinq minutes.

Le regard de De Luca devint meurtrier.

- J'ai dit que cette fille quittait cet endroit.

L'homme hésita - très mauvaise idée.

- C'est impossible maintenant... les enchères ont déjà été annoncées.

Un froid terrible traversa la pièce.

- Répète.

Même moi j'arrêtai de respirer. L'homme déglutit difficilement avant de continuer, comme quelqu'un qui sait qu'il n'a plus vraiment le choix.

- Les acheteurs ont payé pour participer... ils savent déjà qu'il y a une nouvelle vierge ce soir.

Le mot claqua violemment dans mon esprit. *Vierge. Acheteurs. Enchères.* Soudain tout prit sens - la robe, les regards, les autres filles, la scène sur la photo - et mon sang quitta brutalement mon visage.

- Non...

Je reculais déjà.

- Non, ce n'est pas ce qu'on m'avait dit...

Ma respiration devint chaotique, mes mains se mirent à trembler d'une façon que je ne pouvais plus contrôler.

- Vous... vous vendez des femmes ?

Personne ne répondit, parce que le silence était déjà une réponse, et que tout mon corps le comprit avant même que mon esprit l'accepte. Je me dirigeai vers la porte, paniquée, mais l'homme chauve bloqua le passage en levant une main.

- Calmez-vous.

- Laissez-moi passer !

- Ce n'est plus possible maintenant.

Je le regardai, horrifiée, incapable de faire tenir mes mots dans une phrase cohérente.

- Quoi... ?

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  1. Chapitre 1Chapitre 1 Chapitre 1
  2. Chapitre 2Chapitre 2 Chapitre 2
  3. Chapitre 3Chapitre 3 Chapitre 3

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